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    Clairefontaine : « All you can wish for... »

    Et autant pour les bons voeux de sa directrice Marita Reuter à tous les amateurs d’art et visiteurs de la Galerie Clairefontaine (1), qui nous présente cette fois une petite soixantaine d’oeuvres parfois exceptionnelles de quatorze artistes de tous les horizons. Citons dans l’ordre alphabétique Georg Baselitz, Joseph Beuys, Jörg Immendorff, Anselm Kiefer, Markus Lüpertz, A.R. Penck, Sigmar Polke, Joe Allen, Andrés Lejona, Tung-Wen Margue, Michel Medinger, Max Mertens, Max Neumann et Roland Schauls. Peintres, photographes, graveurs, dessinateurs, sculpteurs et parfois tout cela à la fois, excusez du peu ! Et même si tous les travaux exposés ne suscitent pas mon enthousiasme, l’exposition « All you can wish for... » contient suffisamment de perles pour qu’elle vaille la plongée dans les deux espaces de la galerie. Une telle collection de talents ne me permet pas, bien entendu, de m’arrêter sur chacun d’eux comme il le mériterait, voire, parfois, comme il semble moins le mériter. Tout ce que je puis donc vous offrir dans ce cadre, amis lecteurs, est un bref survol de cet intéressant assortiment de fin d’année.

    Nous commençons notre visite par l’« espace 1 », place Clairefontaine, qui s’ouvre à nous dans la joie et l’humour. C’est tout d’abord Markus Lüpertz qui nous accueille avec ses étranges sculptures hyper-expressionnistes qui me rappellent vaguement, en trois dimensions, en plus dur, mais aussi en plus caricatural, la peinture psychanalytique de Marlis Albrecht. Remarquable : le couple de manchots Mozart–Salieri... Lüpertz les verrait-ils partants de concert pour un concerto de clavecin à deux mains ? Très intéressants également et d’une beauté certaine : les tableaux d’Anselm Kiefer, des techniques mixtes, où l’artiste harmonise peinture, photomontage et collage avec maestria et un goût exquis. Son « A.E.I.O.U… » (ne me demandez pas ce que signifie cet alignement des cinq voyelles) est extraordinaire. Quant à Jörg Immendorff, son humour et son savoir-faire nous font déjà sourire devant son « Fortuna », tout comme sa sculpture « Selbstportrait » et son dessin « Zeichnung Selbstportrait ». Nous le retrouverons d’ailleurs, ainsi que Markus Lüpertz, dans l’« espace 2 ». Suivent les travaux de Georg Baselitz, A.R. Penck, et Max Neumann pas vraiment au mieux de leur forme, ainsi que neuf remarquables portraits historiques de Roland Schauls, bien dans la ligne de son formidable opus « The Portrait Society ». (2)

    Dans l’« espace 2 », rue du St-Esprit revoilà en effet notre vieille connaissance Roland Schauls avec un tableau ou, plutôt, un polyptique de neuf portraits de Francisco Pacheco, le maître et beau-père de Velázquez : une splendeur ! C’est également ici que nous retrouvons Markus Lüpertz et ses statuettes, ainsi que d’autres ouvres d’Immendorff, dont un intéressant imprimé sur toile monochrome (prétendument en 13 couleurs !?), un splendide Max Neumann, qui nous console de l’oeuvre mineure présentée l’« espace 1 » et une gravure pas trop attrayante de Georg Baselitz. Toujours dans l’« espace 2 » nous découvrons une magnifique photographie portrait (frottée avec des plantes des Caraïbes) de Leo Matiz (3) par Andrés Lejona. Autre découverte : une série de travaux photographiques de Sigmar Polke. Tout ne m’emballe pas chez lui, mais j’ai été littéralement bouleversé par sa photographie argentique du vieux violoniste, qui captive un cercle de badauds, de la série « Kölner Bettler » (mendiants de Cologne). Son émouvante dramaturgie est un coup de génie à faire bondir d’admiration Cartier-Bresson lui-même dans sa tombe de Montjustin.

    De nouveau dans le registre de l’humour : une série de photocompositions iconoclastes du genre hyperréaliste pop cher à Michel Medinger, associe la vierge au corned beef, le Christ au caviar, Barbie à Bernadette Soubirous et j’en passe et des meilleures. Mentionnons encore « Dezibal » et « Konsumritter », les deux formidables sculptures en bronze de la surréaliste Csilla Kudor, qui, outre une exécution d’une grande beauté, défendent, elles aussi, leur caractère finement humoristique. La présence de Tung-Wen Margue et Joe Allen, deux par ailleurs remarquables artistes, dont je vous ai déjà parlé par le passé dans ces colonnes, n’apporte cette fois à mon avis pas trop à l’exposition. Mais ce sera à vous de juger. La présence de l’artiste Joseph Beuys est par contre remarquable, grâce à sa sérigraphie « Für Blinky », mais surtout à sa photo « Andy Warhol/Joseph Beuys/Lucio Amelio, Napoli 1980 » (4), où l’artiste (mégalomane ou/et humoriste ?) semble s’être représenté en lion.

    ***
    1) L’exposition « All you can wish for... » peut être visitée jusqu’au 22 janvier 2011 dans l’espace 1, 7 place Clairefontaine, ainsi que dans l’espace 2, 21 rue du St-Esprit, à deux pas de la place Clairefontaine mardi à vendredi de 14,30 à 18,30 h et samedi de 10 à 12 et de 14 à 17 h.

    2) Présentation de ce chef-d’œuvre sur www.galerie-clairefontaine.lu/.../index3. htm dont je parle aussi dans mon article du 8.10.2010, « Roland Schauls : Pet Shop chez Clairefontaine » dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, en ligne sur www.zlv. lu/spip/spip.php ?article3621

    3) Leo Matiz : Très grand artiste photographe colombien (1917-1998)

    4) Lucio Amelio : fondateur de la Modern Art Agency de Naples, décédé en 1994

    Giulio-Enrico Pisani

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    D’inoubliables découvertes grâce à des ouvrages magnifiques

    Le superbe ouvrage Textiles du Monde Islamique (320 pages, 700 illustrations couleur, format 30,8 X 24 cm – 75,00 €) de John Gillow est un véritable tour du monde des textiles islamiques. L’auteur est un éminent spécialiste des textiles. Il a parcouru le monde dans le but de les découvrir, de les collectionner, de tenir des conférences à leur sujet.
    Dans son livre, publié aux Editions Citadelle & Mazenod (www.citadelles-mazenod.com) vous découvrirez des tapis de prière brodés de Turquie, des manteaux anatoliens en ikat, des bourses de tricot ottomanes, des chaussettes ornées de perles des Balkans, des voiles berbères, des robes syriennes à motifs en réserve, des calottes au crochet iraquiennes, des tentures saoudiennes à décor appliqué, des robes indigo du Yémen, des sacs en soie rayée du Caucase, des sarongs en batik d’Indonésie, des étroits cousus en bord à bord en Afrique de l’Ouest. Le livre est bâti par région. Chaque région bénéficie d’un aperçu historique, ainsi que d’une explication des traditions textiles. Les techniques de fabrication des tissus sont expliquées en détail, complétées par des informations captivantes sur les différents métiers à tisser, les matières premières, les teintures, les types de décors et les spécialités locales.

    Après des études en sylviculture, agronomie, pédagogie, horticulture et une formation de guide-nature, Philippe Moës travaille au Département de la Nature et des Forêts, en Wallonie. Depuis plus de 20 ans, sa passion pour la photo et ses talents d’autodidacte l’ont conduit à devenir un des meilleurs photographes naturalistes du moment. Les photographies de Philippe Moës (www.photos-moes.be) sont diffusées dans une centaine de pays du monde par Wildlife Pictures. C’est aux Editions du Perron (www.perrron.be) que vient d’être publié le livre De perles et de feu de Philippe Moës. Cet ouvrage propose un florilège d’images magnifiques, des instants précieux. Dans les brumes de l’aube, le photographe attend patiemment que les rayons du soleil percent l’obscurité. Discret, de ses yeux attentifs, il cherche à observer le lever des oiseaux aquatiques, les ébats du sanglier, la promenade du chat sauvage… En communion avec cette faune qu’il respecte, il vole au temps qui fuit des moments inoubliables. Philippe Moës nous entraîne à sa suite dans son univers favori, fait de lumières éphémères, de forêts et d’eau. Les photos de ce livre nous éveillent à la fragile beauté du patrimoine humain. Chez le même Editeur, nous avons apprécié : Liège, une principauté, une nation, une ville, des origines au XXIème siècle de Lily Portugaels et Charles Mahaux ; Estuaires du plat pays, oiseaux migrateurs, amours et nids de Philippe Woot ; Histoire des luminaires, histoire des hommes de Philippe Deitz ; Regards de cerfs de Gérard Jadoul ; Au pays des oiseaux, l’album d’un photographe de Franck Renard.

    Janet Wheatcroft a atteint une notoriété internationale en créant le « Craigieburn Garden de Moffat », dans la campagne écossaise. Aujourd’hui elle se consacre à la conception de livres sur les jardins. Janet Wheatcroft vient de publier un splendide ouvrage aux Editions Citadelle & Mazenod (www.citadelles-mazenod.com) sous le titre Jardins Chinois. (260 pages, 300 illustrations couleur). L’art de concevoir des jardins pour le plaisir des sens et la relaxation de l’esprit remonte à l’aube de l’histoire chinoise. Marco Polo et les Occidentaux qui ont découvert à sa suite les jardins chinois nous ont vanté leur dessin subtil et intriqué, leur architecture raffinée, leur utilisation habile de la végétation, de l’eau et des matériaux naturels. Pourtant, l’Occident a longtemps peiné à les comprendre et à s’approprier les concepts et le savoir-faire qui les sous-tendent. Cette magistrale publication dévoile la splendeur des grands jardins chinois à travers de magnifiques photographies originales et de riches descriptions, tout en éclairant par des termes simples leur contenu idéologique et technique. Sa lecture permettra à tous les jardiniers, architectes et paysagistes d’appréhender ce patrimoine inestimable, et d’insuffler une part de son esprit à leurs propres créations. Immersion totale dans l’art fascinant des jardins chinois, cet ouvrage saisit en images l’essence même de chacun d’eux. Il permet de mieux comprendre comment fonctionnent les jardins chinois.

    Depuis les années 1970, l’œuvre du peintre Gérôme a été largement reconsidérée, après être tombée en disgrâce, suite aux farouches hostilités de l’artiste envers les impressionnistes. Le peintre et sculpteur Jean-Léon Gérôme (1824-1904) est considéré aujourd’hui comme l’un des grands créateurs d’images du XIXème siècle. Des images qui se situent entre exploration du réel et évasion exotique, à la fois savantes et populaires. Laurence Des Cars, Conservateur en chef du patrimoine, directrice scientifique de l’Agence France Muséums, publie chez Découvertes Gallimard (www.decouvertes-gallimard.fr / www.gallimard.fr / www.folio-lesite.fr) un livre particulièrement réussi, Gérôme de la peinture à l’image. La publication est organisée en huit modules dépliants, permettant d’aborder les principaux enjeux de son œuvre : sa réelle et profonde vocation d’artiste, son rapport complexe à l’exotisme et au modèle antique, son colorisme implacable, sa conception théâtralisée de la peinture d’histoire, ou encore l’importance de son rôle dans la vie artistique parisienne du XIXème siècle et l’immense engouement qu’il suscita auprès du public et des collectionneurs. Chez le même Editeur, dans la même collection, nous avons découvert : Monet, un œil…mais bon Dieu, quel œil de Sylvie Gache-Patin ; Le trésor des Médicis de Maria Sframeli ; Versailles et les sciences de Catherine Arminjon ; Histoire de la photographie de Quentin Bajac ; Giono, le roman, un divertissement de roi d’Henri Godart ; L’opéra comique de Maryvonne de Saint Pulgent.

    Lapita : au cœur du Pacifique, ce nom insolite et méconnu est celui d’une civilisation établie depuis près de 3 000 ans. En moins de quatre siècles, cette culture, sa langue et ses traditions se sont disséminées sur 4.500 km, dont la Nouvelle-Calédonie et le Vanuatu sont le cœur. La culture Lapita est caractérisée par deux éléments marquants : l’introduction par les colons dans cette région du globe des langues austronésiennes, ainsi qu’une tradition céramique très spécifique. D’une homogénéité exceptionnelle, les poteries Lapita sont ornées de décors mêlant motifs géométriques et formes humaines. Les scientifiques travaillant dans cette zone Pacifique ont identifié 200 sites dont chacun a révélé des traces de la culture Lapita. L’ouvrage collectif Lapita, ancêtres océaniens, publié chez Somogy Editions d’Art (www.somogy.net), à l’occasion de l’exposition qui se tient au Musée du Quai Branly, permet de comprendre l’une des plus anciennes cultures du Pacifique. Il s’agit du premier ouvrage de référence sur les aspects scientifiques et artistiques relatifs au Lapita. D’autres joyaux chez le même Editeur : Le Service encyclopédique d’Anne Dion-Tenebaum ; Lady Macbeth marchant dans son sommeil de Johann Heinrich Füssli ; Musée de Pont-Aven de Catherine Puget et Estelle Guille des Buttes-Fresneau.

    Avec Marco Paoluzzo, je vous invite à plonger dans un univers fascinant : celui des espaces rudes et purs, primitifs et intenses, minéraux et liquides. Celui des Terres Boréales. Groenland, Norvège, Islande, Îles Shetland et Îles Féroé constituent les Terres Boréales. Marco Paoluzzo parcourt ces terres sublimes depuis près de vingt ans. Avec son ouvrage Terra Borealis, publié aux Editions Favre (www.editionsfavre.com), il restitue la beauté nue et éblouissante de ces Terres Boréales. Un voyage hypnotique. Marco Paoluzzo est également l’auteur des livres suivants, publiés chez le même Editeur : Les Îles Féroé ; Pékin ; Islande, d’ombre et de lumière ; Lumières d’Ethiopie. Dans sa collection « Albums », les Editions Favre ont publié d’autres merveilleuses nouveautés (des albums abondamment illustrés) : Saris de soie, reflets du temps de Benoît Lange ; Paleo, la magie de l’éphémère ; Le grand Lausanne vu du ciel d’André Locher ; Château et forêt de Fontainebleau de Monique Berger et Jean-Claude Polton.

    Associer respect de l’environnement et développement durable à un style résolument contemporain est l’une des tâches les plus exaltantes des bâtisseurs d’aujourd’hui. Et les architectes relèvent le défi avec des concepts créatifs révolutionnaires, qui ont d’ores et déjà fait de l’innovation écologique une partie intégrante de l’acte de construire. Chris Van Uffelen est historien de l’art. Il vient de publier aux Editions Citadelle & Mazenod (www.citadelles-mazenod.com) son livre Architecture écologique. (260 pages, 440 illustrations couleur). La sélection de constructions et d’ouvrages architecturaux présentée dans cette admirable publication nous fait découvrir des conceptions spectaculaires. L’association d’un design original et d’une mise en œuvre visionnaire des technologies de conservation et de l’énergie de préservation de l’environnement fait de ces réalisations les éclaireurs de l’architecture contemporaine.

    En 350 photos saisissantes, le très beau livre Le Tour du mondé équitable, des femmes et hommes qui sèment l’espoir d’Eric St-Pierre, publié aux Editions de l’Homme (www.editions-homme.com), transporte le lecteur aux quatre coins de la planète, au cœur de la vie de femmes et d’hommes, artisans, paysans, travailleurs, qui produisent des denrées faisant partie du quotidien. Ces personnes ont soif de justice et de reconnaissance. A travers des paysages lumineux et colorés ainsi que des portraits intimes et touchants, ce tour du monde, réalisé dans 15 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, présente 14 filières du commerce équitable, des plus communes comme l’artisanat, le café et le cacao, aux moins connues, comme le karité, le quinoa et le guarana. Cette publication est la plus complète jamais publiée sur le commerce équitable. Il permet de partir à la rencontre des producteurs, de comprendre la chaîne de transformation de chaque produit, les avantages et les défis de cette alternative solidaire et de découvrir le véritable visage du commerce équitable : des femmes et des hommes qui bâtissent un monde plus juste. L’auteur et photographe, Eric St-Pierre est un grand reporter canadien. Au rayon du même Editeur : Zik et BD, la chanson québécoise en bande dessinée d’Olivier Benoit ; Magie, le cours complet de Joshua Jay ; Thé, histoire, terroirs, saveurs de la Maison Camellia Sinensis ; La carte des desserts de Patrice Demers ; Cupcakes de Julien Guillegault.

    Les Editions Alternatives (www.editionsalternatives.com) viennent de publier un document qui m’a marqué, profondément marqué : Mines d’ordure de Paul-Antoine Pichard, préfacé par Bernard Giraudeau. Paul-Antoine Pichard a voyagé sur tous les continents à la rencontre des plus pauvres d’entre les pauvres, ceux qui survivent sur les restes du gâchis économique et écologique d’un système dont ils sont exclus. La force des photos de Pichard pénètre nos consciences d’une façon plus directe et plus brutale que tout discours. Des centaines de milliers d’humains, hommes, femmes et enfants, vivent des déchets des autres et, ces damnés, vivent dans des conditions inhumaines, sur les décharges, là où s’entassent les ordures. Ce livre choc nous emmène à Bangkok, au Caire, à Dakar, à Mexico, à Bombay, à Manille. Aux mêmes Editions, nous avons apprécié : Le meilleur de la tarte au citron de Jacques Génin ; Recettes et collages d’Alain Passard ; Descente interdite, graffiti dans le métro parisien de Karim Boukercha ; Artivisme, art militant et activisme artistique depuis les années 60 de Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi ; La cuisine de Théophile Gautier d’Alain Montandon.

    Rêver, partir, rouler, dîner, dormir, arriver et….découvrir ! Ne sont-ce pas là les termes qui s’associent le mieux à un voyage en train. Grâce au livre de Thierry Favre, spécialiste de l’histoire du chemin de fer par les affiches, publié aux Editions Citadelle & Mazenod (www.citadelles-mazenod.com) sous le titre Affiches du Chemin de Fer (180 pages, 200 affiches couleurs reproduites) le spectateur part en voyage et vit de grandes aventures, animées par les affiches de compagnies ferroviaires européennes et américaines. Le graphisme inventif de certains affichistes talentueux permet de découvrir, dans ce livre, toutes les facettes de ces trains qui ne nous incitent pas seulement au voyage ; ils nous invitent aussi à la rêverie nostalgique d’enfants devenus adultes, se remémorant avec amusement la fascination qu’exerçaient alors les somptueux trains électriques exposés dans les vitrines des magasins de jouets.

    Dans le livre extraordinaire Rome, la fin de l’art antique, publié aux Editons Gallimard (www.gallimard.fr / www.decouvertes-gallimard.fr / www.folio-lesite.fr) Ranuccio Bianchi Bandinelli aborde les IIIème et IVème siècle, de la mort de Commode à la fin du règne de Théodose 1er, période au cours de laquelle le monde romain se métamorphose, à travers les troubles politiques et militaires du IIIème siècle et la refondation de l’Empire que représentent la Tétrarchie et le règne de Constantin, en un Empire chrétien prêt à engendrer le Moyen Âge occidental d’un côté et le monde byzantin de l’autre. Cette période longtemps considérée comme un temps de décadence confuse est ici présentée comme un moment de transformation majeure.

    Michel Schroeder

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    Hilly Kessler : « Viva la Diva » chez Miltgen

    Étrange titre, que ce « Vive la Star » dont Hilly Kessler, l’une de nos plus brillantes découvertes artistiques de l’année passée, intitule sa nouvelle exposition toute féminine à la Galerie d’art Michel Miltgen.(1) En effet, ce n’est pas les femmes aux allures fatales ou séduisantes, bas-bleu ou séductrices, qui y manquent cette année, avec leurs multiples visages, caractères, facettes, expressions et coups d’oeil charmeurs, froids, doux, en coulisse ou ironiques et j’en passe. Si toutes sont cependant aussi superbes que superbement peintes, toutes ne sont pas des dive ou des stars. Ce sont des vraies femmes ; pourraient à la limite être, malgré leur dissemblance, une seule et même femme, saisie par l’artiste à différents moments, « flashées » dans différentes situations, peintes sous différents angles. Et si la diva, la star montante, celle de la peinture luxembourgeoise, n’était autre qu’Hilly Kessler elle-même ?

    Certes, j’avais déjà beaucoup apprécié son talent l’année passée, lorsqu’elle présenta son expo « Rotkäppchen », « Petit chaperon rouge », que je recensai dans mon article du 18.11.2009 dans notre bonne vieille Zeitung. Cependant, le sujet quelque peu uniforme de l’exposition – des femmes en bonnet (de bain) rouge – où les différences se mesuraient peut-être davantage dans le corporel, le mouvement et la mise en scène que dans la palette des caractères, m’avait fait craindre quelque tendance à la spécialisation. Eh bien non ! Cette fois le charme de tableaux exposés m’a saisi dès le premier regard. Emporté, devrais-je ajouter. La diversité, la finesse et le mystère qui rayonne de ces corps, de ces visages, de ces postures le plus souvent nonchalantes et subtilement souveraines m’a séduit sans réserve. Et il ne fait pour moi aucun doute, qu’il en ira de même pour vous, amis lecteurs.

    Et qui serait mieux placé pour connaître les femmes, que le docteur Hilly Kessler, gynécologue et obstétricienne de son état, mais aussi peintre depuis... J’allais dire toujours, mais ce n’est pas tout à fait exact ; car si la muse de la peinture se tint sans doute près d’elle quasiment ab ovo, jusqu’aux pommes le chemin fut encore long et, pour le moins, atypique. Et ce parcours, je vous le rappelle en quelques mots, puisque nombre d’entre vous n’a sans doute pas lu mon précédent article, ou, l’ayant lu, ne se souvient pas nécessairement que, née en 1959 à Würzburg, Hilly Kessler est portée dès son plus jeune âge vers le dessin et la représentation imagée. Elle eût pu certes se livrer d’emblée à sa passion de l’art pictural, mais voulant sans doute concilier ce qui au départ n’était qu’inclination avec sa sécurité future, elle commence d’abord par suivre une formation de dessinatrice en génie mécanique.

    Diplômée en 1979 (Fachabitur für Technik mit Facharbeiterbrief zur technischen Zeichnerin für Maschinenbau), la voilà rassurée quant au beurre de ses épinards. Mais sans doute pas vraiment comblée ; et la raison raisonnable une fois satisfaite, elle décide de se tourner vers ses deux grands amours : l’art et.... la médecine. Elle passe donc son baccalauréat au Graf (Friedrich) Spee Kolleg de Neuss et imprime à son existence un tournant binômique décisif. Et ce surprenant changement de route consistera à entreprendre en 1989 des études de médecine à Aix-la-Chapelle, spécialisation en gynécologie et obstétrique. Suit jusqu’à en 1997 une période de quasi-bohème, où elle continue à peindre et à vendre ses toiles (dans une caravane, me confie Michel Miltgen) pour payer sa médecine. À aucun moment elle ne songe en effet à renoncer à la peinture et poursuit sa formation artistique à côté de ses études, notamment dans le nu, auprès de diverses académies en Allemagne, en Italie (influence évidente) et au Luxembourg, où elle s’établit à la fin de ses études en 1997.

    D’abord employée à la maternité du Centre Hospitalier de Luxembourg, elle possède aujourd’hui depuis onze ans son propre cabinet et, si la gynécologie a pris de plus en plus d’importance dans sa vie et a dépassé le stade de la profession pour devenir un véritable engagement, dessin et peinture ne se laissent pas oublier pour autant. Sans compter que sa formation mécanique initiale et son don pour le travail manuel lui facilitent la vie aussi bien dans son cabinet médical que dans son atelier, où elle fabrique et assemble quasiment tout elle-même.

    Sa peinture – acrylique, huile, pastel, gouache et craie, souvent mélangés – Hilly Kessler ne l’applique pas que sur des toiles « conventionnelles », mais aussi sur toutes sortes d’autres supports, comme le carton, de vieux draps ou du bois. Et si elle présente parfois ses oeuvres à l’état, disons, brut, d’autres fois, elle les encadre elle-même, très sobrement ou dans de beaux cadres anciens qu’elle restaure artistement. C’est que cette artiste peintre surdouée ne pratique pas son hobby en dilettante, mais avec une application toute professionnelle : violon d’Ingres certes, mais dans la cour des grands… solistes.

    J’écrivis dans mon précédent article que tout en ondoyant de manière très personnelle entre romantisme et expressionnisme, la peinture de Hilly Kessler possédait à la fois l’épaisseur chromatique de Joseph Kutter ou d’Edward Munch et les envolées poétiques d’un Modigliani. Mais aussi que sa peinture était parfaitement atypique, puisant son inspiration autant dans l’observation de l’éternel féminin, que dans les tréfonds de la nature subconsciente de l’artiste. Je n’avais toutefois pas encore été frappé – c’est bien plus apparent dans cette exposition – par une influence, non dominante, mais certaine, de la Renaissance italienne sur ses portraits. Femme de deux grandes passions, Hilly les cultive, tout comme l’acquis des maîtres, en joue, mais ne s’y soumet pas. Les passions ont-elles tendance à dominer ceux dont elles s’emparent ? Souvent, oui, mais pas notre médecin peintre, qui, pour en revenir au titre de cette exposition, électrise, Diva souriante et sereine, la salle, ses modèles et ses spectateurs des mille facettes découvertes et projetées par sa propre sensibilité féminine.

    ***

    1) Galerie d’Art Michel Miltgen, 32 rue Beaumont, Luxembourg centre, Tel :(+352) 2626 2020. Ouvert lundi 14-18 h / mardi-vendredi 10-12,30 h & 14-18 h / samedi 9,30-12,30 h & 14-18 h.- Expo Hilly Kessler, jusqu’au 24 décembre.

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    La Galerie présente Nathalie Zlatnik

    ou... la géniale nonchalance

    Née le 15 mai 1958 à Munich, Nathalie Zlatnik vit et travaille comme artiste indépendante à Luxembourg et... ailleurs. Elle a étudié à l’Ecole des Arts et Métiers de Paris, ainsi qu’à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Vienne, dont elle est diplômée en 1987 (Magister Artium). Mais elle commence à exposer bien plus tôt et on la voit déjà à partir de 1976 à la Biennale des Jeunes Artistes de Longwy : Eglise de Mont St.Martin ; puis à Paris : l’ARC, Musée d’Art Moderne ; à Aix/Provence : Maison des Jeunes, à Vienne : Wiener Festwochen, Galerie WUK, Feminale et Galerie Trabant ; à Innsbruck : Innrain 17, à Stuttgart : Galerie Am Turm, à Bruxelles : Galerie Philomène, à Chicago : Reverse Angels. Tout cela n’empêche pas qu’on la retrouve souvent tout près de chez nous. Près de chez vous donc, à Luxembourg, au Cercle Municipal, à la Rotonde, à la Villa Vauban, à la Maison Raville, au Centre Culturel Français, au Théâtre des Capucins, au Konschthaus « beim Engel » avec le CAL (Cercle Artistique Luxembourgeois), au Plateau du St Esprit (ascenseur), etc., etc. et enfin, aujourd’hui, à Luxembourg gare.
    En effet, si vous passez à Luxembourg, place de la gare, en ce dixième mois de décembre du troisième millénaire, n’oubliez pas de célébrer l’historicité du moment en empruntant le passage qui côtoie l’hôtel Alfa et conduit à La Galerie(1), où vous attend Nathalie Zlatnik. Et même si vous ne l’y trouvez pas en chair et en os, sa représentation sous forme d’autoportrait vous accueillera tout aussi mystérieusement depuis la vitrine, d’où elle vous invitera sans aucun doute à aller apprécier ses autres travaux dans la salle d’exposition. L’expression énigmatique de la jeune femme du tableau dans la devanture rend d’ailleurs l’invitation de cette artiste passablement rebelle – litote – d’autant plus précieuse, qu’elle vous rajeunit du même coup de quelques lustres. Et cette impression de jouvence vous saisira davantage encore en pénétrant dans La Galerie, où vous découvrirez des toiles dessinées, gribouillées ou peintes (ou tout cela ensemble) avec une incroyable jeunesse d’esprit et ce, tout à la fois avec fureur et nonchalance.

    La nonchalance de Nathalie Zlatnik tient sans doute de l’artiste chevronnée qui a tout connu, tout essayé, en a vu de toutes les couleurs et qui ne prend pas grand-chose excessivement au sérieux, à commencer par elle-même... du moins en apparence. Car d’autres autoportraits vous attendent à l’intérieur de la galerie, auxquels s’ajoute cette fureur, mentionnée plus haut, d’une artiste qui, n’étant encore parvenue à se déchiffrer entièrement elle-même, n’arrive pas à vraiment s’aimer. « Je n’aime pas ce que je ne connais pas », confia-t-elle en effet lors d’une interview à Paca Rimbau Hernández de l’hebdomadaire WOXX.(2) Oh combien est-il difficile de bien se connaître, quand on se met en porte-à-faux par rapport aux conventions, peint tout de même du conventionnel, mais sans y mettre toute sa conviction ! Savoir ce que l’on voudrait, ne signifie pas nécessairement faire ce que l’on veut, ni moins encore savoir qui l’on est. J’ai dès lors comme l’impression que, à côté de sa rage contre elle-même et sous sa désinvolture (ou légèreté) d’exécution, Nathalie Zlatnik boude, voire râle, de ne pouvoir se lâcher comme elle le voudrait.

    Ne nous écartons toutefois pas trop et revenons-en à la présentation de l’expo elle-même. Ce qui frappe d’emblée, c’est son style extrêmement dépouillé et des couleurs qui, sollicitées ci et là à divers degrés, restent cependant dominées par le dessin ou, plutôt, le croquis. « Si elle le pouvait, » nous donne à lire Claude Truchi, le directeur de La Galerie, dans sa présentation, « elle nous livrerait des toiles blanches, tant sa volonté est de nous faire réfléchir sur la nature profonde de nos émotions. « Toiles blanches » ? N’est-ce pas là une idée à la limite de la ligne ? » Un peu comme certain tableau de Cy Twombly ? Quitte à risquer que les visiteuses de passage y impriment leurs lèvres à la manière de Rindy Sam ?(3)

    Mais non, elles sont bien figuratives et loin d’être tout à fait blanches, les toiles de Nathalie, pas plus d’ailleurs que la plupart des abstractions de Twombly. Outre les quatre excellentes toiles – « Autoportrait » (en vitrine), « Andy Warhol », « Lady Gaga » et « My Favorit » – on découvre une exquise sérigraphie, “Tamara de Lempicka“, inspirée d’un célèbre autoportrait de cette artiste.(4) Mais si les autres toiles n’éveillent pas chez moi un enthousiasme particulier, ce n’est pas pour cela qu’elles ne peuvent pas vous enchanter, vous, amis lecteurs. Aussi, ne puis que répéter ici, ce que j’affirme souvent : c’est que des goûts et des couleurs, chacun possède sa propre palette et que l’existence serait bien terne si on voulait tout uniformiser. Il est par ailleurs important de noter que, afin de ne pas surcharger l’espace d’exposition, tous les tableaux de Nathalie n’ont pas rejoint leurs cimaises. N’hésitez donc pas à demander à Claude Truchi de vous montrer également les toiles qui ne sont pas suspendues et parmi lesquelles vous pourriez bien découvrir l’un ou l’autre petit trésor.

    ***
    1) La Galerie, 10-16 place de la Gare, L-1616 Luxembourg, tel 269 570 70, (Passage Alfa, en face de la gare), expo Nathalie Zlatnik jusqu’au 30 décembre – lundi à vendredi 14-18,30 h, samedi 14-18 h.

    2) WOXX Nr 645 – 14.6.2002.

    3) Liberté « artistique ? » qui risque de coûter très cher. Voir notamment sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Cy_Twombly

    4) Tamara de Lempicka, Varsovie 1898, - Cuernavaca (Mexique) 1980, la plus célèbre peintre polonaise de la période Art déco. (Wikipedia).

    Giulio-Enrico Pisani

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    Linda Graf : Passeuse de mots, porteuse de sensibilités romanesques

    Linda Graf : Date de naissance : 15/02/1967. Lieu de naissance : Dudelange. Linda a été élève à l’école primaire de Kayl, étudiante au Lycée Hubert-Clément d’Esch-sur-Alzette, puis elle a accompli des études pédagogiques. Aujourd’ hui, elle est institutrice à Weiler-la-Tour.
    Linda Graf explore les mots, les sentiments, irrigue nos sensibilités de textes d’une grande et puissante beauté. Elle émaille nos sens de sensualité, d’émotions, de vertiges aussi.

    Beaucoup de philosophie dans ses livres. Celle du quotidien de nos contemporains.

    Elle voue un culte de prédilection à la Grèce, pays qui apparaît et transparaît majoritairement dans son œuvre.

    Je vous invite à explorer l’œuvre littéraire de Linda Graf, une œuvre déjà majeure au bout de quatre livre, une œuvre qui en tout cas mérite déjà que nous consacrions en nos pages, un portrait d’auteur à Linda.

    Ecrire est pour la jeune femme une seconde peau, une passion. Sans elle, elle sombrerait dans dieu sait quels dédales de l’âme humaine, de l’excentrique.

    Linda Graf exprime, dit, le vivre bien, le vivre mal, le vivre dans la folie du temps, aux limites des expériences existentielles dans son recueil de nouvelles publié aux Editions Op Der Lay (www.opderlay@pt.lu/opderlay@pt.lu) sous le titre Besoffen von der Einfachkeit. On déguste les textes de Linda Graf, tout comme on apprécie la douceur du vent, le suc d’un vin parfait, le calme d’une île sous les tropiques. On rit des larmes de bonheur et on pleure des éclats de rire, cheminant à la découverte des mondes qu’elle crée, microcosmes majeurs, parfois gigantesques univers du dedans et du dehors, de ses personnages. Elle dit les relations sexuelles, comme d’autres diraient un repas dans une brasserie sur la lune, elle dit l’immensité des sentiments, leurs couleurs, comme d’autres diraient les nuages bas qui planent sur une cité engourdie. Pipino est un petit vieillard de soixante-quinze ans, mais son appétit pour les jolies filles n’a en rien diminué… Ainsi, de texte en texte, nous sommes transportés dans l’univers « Linda­gra­fien » : la Grèce, lents glissements de mondes réalistes vers des mondes fantastiques. Linda Graf écrit sur l’humain, des îles bercées par un soleil idyllique, l’amour, des hasards inhabituels. Dès son premier livre, elle a trouvé un style bien à elle, dégagé, sensuel…..Ce recueil contient 6 nouvelles : Besoffen von der Einfachkeit ; Der ermordete Spiegel ; Leos Geistesblitz ; Oscars Hexe ; Die Hunde sind weg ; Die Begegnung.

    C’est à un fabuleux voyage dans le « Jardin des Sens » que nous convie Linda Graf avec son second livre, un roman, publié sous le titre Maximilians Schlaf aux Editions Phi (http://www.phi.lu). Lecture vivifiante s’il en est, invitant le lecteur à la découverte d’une femme particulière, ou peut-être pas si particulière que çà, Kim, Kim la tendre, Kim la sensuelle, Kim la sexuelle, Kim magique, Kim échappée, le temps d’un roman de 127 pages, de l’imagination sans limites de Linda Graf. Maximilian et Kim, un mariage qui prend date, vingt ans, sans enfants, parce que ce fut là leur souhait, consommer une vie de couple pour le couple, sans progéniture aucune. Quel est le sens véritable d’une telle vie, est-il idyllique, ou maudit, est-il supportable ou au contraire misérable ? Le couple vit dans un village, perdu au milieu de prairies, d’exploitations agricoles. Est-il possible de parvenir à un sein équilibre, à une vie pleine, dans une telle situation ? Puis, un jour, ce sera, Maximilian et Kim, la nuit, puis en parallèle, Kim et Justin, le jour. Justin, un portugais, âme qui a perdu femme et enfant, lors de l’effondrement d’un pont, au Portugal. Dans cette relation, Kim trouvera des satisfactions intellectuelles et culturelles inconnues jusque-là, pour elle. Si l’on me demandait de résumer en deux mots ce très beau roman, je reprendrai le texte de la quatrième de couverture : « Je suis deux femmes, une femme de jour et une femme de nuit. La nuit je ne pense pas au jour, mais pendant la journée je pense à mes nuits ». Sulfureux, oui, non, oui, bref je vous laisse juger. A lire sans plus tarder.

    Linda Graf a fini par me conquérir de façon définitive, une fois que j’ai eu terminé la lecture de son troisième livre, un roman, publié aux Editions Saint-Paul (www.editions.lu) sous le titre Nach dem Regen. Dans ce superbe roman elle dit le couple, le quotidien, un quotidien avec ses côtés roses et ses facettes obscures. Des facettes tristes qu’il est toujours possible de contourner, d’éviter. Dans Nach dem Regen, l’auteur met en scène trois couples. Sommes-nous projetés dans la vie telle qu’elle est, ou Linda Graf projet-t-elle dans notre subconscient, des êtres qui n’ont de la chair et du sang que l’apparence. La vérité se situe entre les deux, car l’auteur possède ce don extraordinaire de se « faufiler » dans le magma des relations humaines, fussent-elles fusionnelles ou destructrices. Ainsi va la vie, ainsi vont les couples, ainsi va le liminaire des humaines relations. Ce troisième livre de l’auteur est d’une grande maturité littéraire, plein de finesses, d’analyses quasiment rituelles des personnages, de leurs sentiments, de leurs dérives, de leurs frustrations, de leurs joies, de leur exubérance. Linda Graf ciselle les phrases, comme elle ciselle ses personnages, leur donnant vie.

    Si vous prenez la décision de ne lire qu’un seul livre de Linda Graf, par manque de temps, alors je vous invite à vous plonger dans la lecture de son tout nouveau roman, publié aux Editions Saint-Paul (www.editions.lu) sous le titre Drei Pinien Motel. Un roman qui possède toute la magie de l’ailleurs, des grands espaces d’un pays envoûtant, des grands espaces des sentiments et de l’âme humaine. Liz vous séduira, vous deviendrez sa complice, vous jubilerez avec elle, vous souffrirez avec elle. Lillooet, Canada, plus précisément situé en Colombie Britannique. L’auteur a séjourné elle-même au « Drei Pinien Motel », elle s’est imprégnée de la magie de cette superbe région. Au passage, je vous confie que Linda Graf est mariée à un Canadien. Dans ce roman vous ferez la connaissance de Liz, une luxembourgeoise qui tente d’oublier, dans ce coin reculé du Canada, une relation qui vient se s’éteindre ou plutôt de se briser. La communion nature-émotions sera-t-elle rédemptrice ? En tout cas, voici un road-movie insulaire, parce que l’amour est un « continent d’îles ».

    Linda Graf est possédée par l’écriture, laissons nous posséder par ses livres et lisons-les sans plus tarder.

    Avant de nous quitter, je vous invite à découvrir la dimension romanesque chez nos Editeurs luxembourgeois :
    Aux Editions Saint Paul (www.editions.lu) : Dem Honoré M. säin trauregt Lous de Emil Angel ; Gartenzwerge küsst man nicht de Monique Philippart ; Von Queen Victoria zu Karl May de Emil Angel ; Pleurs sur Dubrovnik de Georges Goedert ; Die Männer im Schatten de Marc Graas ; Die heiligen Ratten von Deshnok de Georges Hausemer ; Tal der Tränen d’Edmond Schmitt ; Die Frau aus dem Flugzeug d’Edmond Schmitt ; Auf Winters Schneide d’André Link.

    Aux Editions Guy Binsfeld (www.editionsguybinsfeld.lu) : Aacht Deeg an der Woch de Jhemp Hoscheit ; Iwwer Bierg an Dall, Lëtzebuerger Auteuren op der Rees (textes en allemand, luxembourgeois et français) ; Iwwer Grenzen, Geschichten aus der Groussregioun, (textes en allemand, luxembourgeois et français) ; Der Duschenkriger, eine transsibirische Reise de Susanne Jaspers ; Servais de Margret Steckel.

    Michel Schroeder

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    Séquelles du désamour ordinaire

    Anne Calife : «  Meurs la faim  »

    Elles sont destructrices, ces séquelles, sont plus fréquentes qu’on ne le pense et – il n’y a pas vraiment de quoi pavoiser – pas toujours létales ; du moins pas ici. Mais Ici où ? Ici quoi ? Dans ce roman ? Est-ce seulement un roman, ce bouquin que m’ont envoyé les éditions «  The Menthol House  », ou bien une biographie, ou plutôt une autobiographie romancée ? Réponse de l’auteure dès la fin du livre : «  Maud et tous les personnages de ce roman ont existé, parlé, hurlé, crié. Ou n’ont rien dit (...) Rien n’est pire que le silence (...) Maud a guéri... en parlant  ». Ouf, il était temps. Mais la réponse d’Anne Calife tient-elle la route ? Comment savoir avec Anne Calife, cette virtuose de l’analyse psychologique romanesque, qui nous présente avec «  Meurs la faim  »(1) un nouvel échantillon d’un savoir-faire que j’avais déjà pu apprécier (et vous aussi peut-être) en lisant «  Et, le mail s’envole comme un oiseau  », son dernier roman ?(2)

    Et c’est aussi en souvenir de cette pétillante, pétulante, brillante et prenante performance qui à l’époque me tint en haleine trois heures durant, que je surmontai mes idées reçues. Sur quoi ? Sur «  Meurs la faim  », bien sûr, ce titre sibyllin, mais évocateur de maints lieux communs... Il est vrai qu’on en a un peu ras le bol de ces sempiternelles masturbations pseudopsychologiques de prétendues écrivaines qui envahissent les étals des librairies avec leur bla-bla tour de taille, volume, minceur, sous- et surpoids, vergetures, cellulite, régimes, boulimie, anorexie et j’en passe. Alors, en attendant d’avoir mené à bien une autre critique de livre et trois présentations d’expos, je prêtai le bouquin à ma femme, qui m’aide plus qu’à son tour à comprendre la «  littérature  » dite féminine. Eh bien, c’est à croire qu’elle mourait de faim, tant elle l’a dévoré d‘une traite – en moins de deux heures – ce «  Meurs la faim  ». Généreuse, elle m’en a laissé un bon bout... le tout en fait, avec le sourire entendu de celle qui me connaît : «  Tu aimeras  ».

    Bon, je m’y mets, pénètre en douceur dans une famille d’intellectuels libres-penseurs «  progressistes  » perclus de tradition républicaine. Un père «  Fachidiot  »(3) au pire sens du terme, mathématicien de haut vol et amateur de voile, une mère prof, plutôt littéraire, elle, mais aussi maman, ménagère, cuisinière résignée et enfin Maud, une petite fille frustrée de tout ce qui réjouit une gosse, mais à laquelle ne manque rien d’essentiel. Rien d’essentiel ? C’est à voir. L’affection, la tendresse, la couleur, les petites attentions, tout cela est-il négligeable ? Naît encore Isabelle, la petite soeur, dont Maud craint tout d’abord qu’elle lui volera une partie des miettes d’amour qui tombent quasiment par hasard ci et là de la table maternelle. Maud se trompe. Personnage secondaire du livre, Isabelle ne lui enlève rien et pourrait même – moins sensible qu’elle, tranquille et fidèle omniprésence – l’avoir inconsciemment soutenue dans sa traversée du désert de solitude, de blancheur, de silence et de leurs dou­loureuses conséquences.

    Idem au collège : «  Dans la cour, je suis souvent seule  », écrit Anne Calife pour Maud et «  C’est fini la période où je m’entendais rire  ». Car outre le fait de se sentir mal-aimée par un père qui ne parle qu’à sa femme et pour qui les enfants (parce que filles ?) sont un corollaire socio-familial nécessaire, mais sans intérêt, Maud est éduquée et habillée autrement. C’est-à-dire fort modestement attifée par une mère aimante, mais faible et grippe-sou, car – étrange pour une prétendue féministe – dominée par un mari qui préfère dépenser dans la navigation de plaisance qu’en alimentation convenable et vêtements décents. Ainsi, d’isolation en rejet subis, de frustration en morosité, Maud en arrive à se détester. «  Je suis du vide avec de la peau autour  », s’écrie-t-elle, désespérée. Puis surviennent les premières règles, manifestations, qu’elle ressent comme sales, gluantes, perturbantes, d’une sexualité qu’elle refuse, tout comme elle se rejette elle-même. Elle se déteste de plus en plus, se réfugie dans la gourmandise, la gloutonnerie, la boulimie ; parfaitement lucide, elle s’abhorre. Autre variante de Dorian Gray : «  En face de la glace, la créature pleure maintenant. Elle a découvert à quel point on pouvait ne plus s’aimer  ».

    Commence la descente aux enfers, indescriptible, ou, plutôt, brillamment décrite par l’auteure, guère néophyte, comme démontré dans «  Conte d’Asphalte  », cette étude es déchéance humaine. Photo souvenir : à Marseille, rue d’Aubagne, une jeune fille de bonne famille : «  Maud, regarde-toi, qu’est-ce que tu fais là, sur le trottoir, avec ces volatiles et ce clochard (qui cuve son vin) à côté de toi ? Oh, après tout il n’y a guère de différence entre lui et moi  ». Soit dit entre nous : en écrivant ces mots, l’auteure eut sans doute une pensée pour Marion.(4) Maud se résigne ; la descente se poursuit. Jusqu’où ? Tu parles d’une «  littérature  » dite féminine ! Bien sûr, si on y range Phèdre, La Dame aux camélias ou la Reine Margot, ces chef-d’oeuvres tragiques, d’accord. Mais on est à des lieues du roman rose genre Julia Quinn ou autres Elizabeth Hoyt.

    Quant à l’histoire même de Maud, notre héroïne, il n’est pas question que je vous dévoile ici, amis lecteurs, la suite des évènements, péripéties et rebondissements qui vous attentent dans ce «  roman  ». Sans recourir à une véritable action, donc seulement par la magie des mots, du style, la fraîcheur de l’écriture et son rythme trépidant, Anne Calife nous décoiffe ; nous offre un véritable «  suspense  ». Et c’est après une brève entrée en matière tranquille, descriptive et faussement inoffensive, qu’elle nous entraîne en un crescendo dramatique infernal dans les tréfonds de l’âme d’une fillette puis jeune fille dont les vicissitudes et contradictions du corps et de l’esprit forment une trame digne des plus grand(e)s. Virginia Woolf et Amélie Nothomb n’ont qu’à bien se tenir ! Quant aux frères Goncourt, ils se retournent sans doute dans leur tombe de ne pas encore vu goncourabiliser Anne Calife.

    *****

    1) Anne Calife : «  Meurs la faim  » (réédition en version intégrale), éditions The Menthol house, 293 p., 19,- € en librarie

    2) Présenté le 4.11.2008 dans ces colonnes. Outre Et, le mail s’envole comme un oiseau, (The Menthol house, 2008), Anne Calife, née en 1966 et vivant en Lorraine, a également publié Paul et le Chat, (Mercure de France, 2004), Conte d’asphalte (Albin Michel 2007), ainsi que, sous son véritable nom d’Anne Colmerauer, Meurs la faim (1ère édition, Gallimard, 1999) et La Déferlante, (Balland, 2003).

    3) Fachidiot : Terme allemand intraduisible, qui signifie +/- «  spécialiste compétent, mais renfermé dans son domaine et ne s’intéressant pratiquement à rien d’autre  ».

    4) Personnage de «  Conte d’Asphalte  »

    Giulio-Enrico Pisani

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