Kultur21. April 2026

Cinéma: «I swear»

Entre rires et larmes pour le récit d’un handicap

de Michel Schroeder

Le film écossais «I swear» a été primé aux Bafta, l’équivalent des Oscars en Grande-Bretagne, lors desquels il a remporté deux prix, celui du meilleur acteur dans un rôle principal pour Robert Aramayo. Il a été présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto.

Inspiré d’une émouvante histoire vraie, ce film dramatique biographique britannique, réalisé, écrit et produit par Kirk Jones, est basé sur l’histoire vraie de John Davidson, un Ecossais atteint d’un syndrome de Tourette sévère. Davidson a fait l’objet d’un film documentaire télévisé, voici quelques années.

L’une des spécificités du cinéma britannique n’est-elle pas, justement de traiter de sujets sociaux, souvent graves!

Le film met en vedette Robert Aramayo dans le rôle de Davidson, aux côtés de Maxime Peake, Shirley Henderson et Peter Mullan dans les rôles secondaires.

Le film se concentre sur la façon dont le patient atteint du syndrome de Gilles de la Tourette a lutté, durant les années 1980, contre l’incompréhension et la discrimination, avant de devenir un défenseur qui a contribué à faire évoluer la perception de la société de ce handicap. Son engagement lui a valu d’être décoré de l’Ordre de l’Empire britannique par la Reine.

L’histoire se déroule dans une petite ville d’Ecosse. À 15 ans, John commence soudainement à présenter divers tics incontrôlables, émet des bruits étranges et a des comportements compulsifs. Le syndrome le plus frappant est l’émission involontaire de mots grossiers. À l’époque, cette maladie presque inconnue fait de lui une sorte de monstre aux yeux de ses camarades de classe. Les enseignants tentent de le corriger par des punitions corporelles, tandis que sa famille se retrouve un temps désemparé. Il perd ses amis, abandonne son rêve de devenir footballeur et frôle même le suicide. Le film dépeint, avec une authenticité sobre et retenue, la souffrance qu’il endure dans l’isolement, les moqueries et l’étiquetage dont il est victime.

La seconde partie du film met l’accent sur la transformation de John. Il choisit de s’exprimer en public, se rend dans les écoles et les lieux publics pour expliquer qu’il ne s’agit pas d’un problème d’intelligence ni de compréhension volontaire, mais d’un trouble neurologique. Avec honnêteté et courage, il transforme sa honte personnelle en une force de changement social. Le film ne réduit pas le protagoniste à un simple rôle de victime ou à un symbole. À l’aide d’un abondant humour noir et à de nombreux détails du quotidien, il montre ses luttes et son évolution de manière authentique.

Tout en montrant la cruauté de la maladie, le film «I swear» transmet chaleur et espoir. Il souligne l’importance de l’amour, de l’empathie et du soutien communautaire pour les personnes neurodivergentes. A une époque où les questions liées à l’autisme et au syndrome de Gilles de la Tourette suscitent de plus en plus d’attention, ce film est considéré comme un véritable cours d’éducation publique vivant. Il rappelle à la société de ne pas coller trop facilement d’étiquettes aux autres.

Le syndrome de Gilles de la Tourette est un trouble neurodéveloppemental caractérisé principalement par des tics moteurs et vocaux récurrents et involontaires. Le syndrome le plus connu, mais relativement rare, est la coprolalie, c’est-à-dire l’émission involontaire de mots grossiers ou de paroles inappropriées. La prévalence mondiale chez les enfants est estimée entre 0,6% et 1%. Les causes impliquent des facteurs génétiques, un déséquilibre des neurotransmetteurs comme la dopamine dans le cerveau, ainsi que des facteurs environnementaux. Les symptômes ont souvent tendance à s’atténuer après l’adolescence, mais le stress, la fatigue ou l’anxiété peuvent les aggraver.

L’histoire de John dans le film reflète fidèlement ce que de nombreux patients ont vécu à une époque où la maladie était mal comprise. Aujourd’hui, grâce à une meilleure connaissance du public, un diagnostic précoce, les thérapies comportementales et le soutien familial permettent à de nombreux patients de mener une vie plus digne.

Ce film, profondément humain et authentique, avec ses nombreuses touches d’humour, vous fera rire, vous serrera le cœur, mais laissera surtout, en vous, une profonde force.