Kultur24. Oktober 2026

Jusqu’au 30 octobre au Wallis Paragon, Luxembourg

Thomas Iser ouvre des fenêtres sur l’espoir

de Michel Schroeder

Ce jeune artiste franco-luxembourgeois, issu du «street art» s’est taillé une très belle renommée. Pour preuve, l’espace d’exposition Wallis Paragon était trop petit pour accueillir le nombreux public qui s’était déplacé à l’occasion du vernissage de son exposition. Les uns et les unes, les unes et les uns attendaient que d’autres invités quittent la salle d’exposition, pour avoir la possibilité de s’y rendre.

Et je vous donne dans le mille, les ventes des œuvres de l’artiste ont dépassé toutes ses espérances : des points rouges et encore des points rouges. Les collectionneurs des travaux de Thomas Iser sont très nombreux et … il le mérite.

Le Wallis Paragon, situé au 6-12, rue du Fort Wallis à Luxembourg dont s’occupent Marc Modert et Marius est devenu, à la fois espace d’exposition et espace où se côtoient les collectionneurs. L’actuelle exposition est ouverte du lundi au vendredi, de 16 heures à 18 heures, ainsi que sur rendez-vous (tél. 621 25 44 98.

Une fenêtre ouverte sur l’espoir

De la rue aux galeries, Thomas Iser transforme les blessures en lumière et fait de l’art un formidable trait d’union entre les êtres.

Né à Metz en 1987, d’un père français et d’une mère luxembourgeoise, Thomas Iser est un artiste autodidacte dont le parcours personnel a profondément façonné la démarche artistique. Peinture, photographie, graffiti et performances constituent les multiples facettes d’un univers singulier, nourri par une même conviction : derrière les différences apparentes, nous partageons tous une humanité commune.

Son adolescence, marquée par des épreuves familiales, l’amène très tôt à trouver dans le graffiti et le skateboard des moyens d’expression, d’évasion et de reconstruction. Pour lui, l’art n’est pas simplement un métier ou une vocation esthétique. Il représente une nécessité, une manière de transformer les difficultés traversées en une énergie créatrice. Une philosophie qui rappelle le skateboard : tomber, se relever et continuer à avancer.

Au Luxembourg, sa signature visuelle est devenue reconnaissable : une fenêtre laissant apparaître un ciel bleu, quelques nuages blancs et des oiseaux stylisés. Apposé sur des murs et des bâtiments, ce motif semble ouvrir une brèche dans le quotidien. Il symbolise la liberté, l’évasion et l’espoir, mais aussi la possibilité de regarder au-delà des apparences. Une invitation à imaginer un ailleurs, même lorsque la réalité paraît enfermante.

Autre source d’inspiration essentielle, le kintsugi, art japonais consistant à réparer les céramiques brisées en soulignant leurs fissures avec de l’or. Thomas Iser y trouve une métaphore de l’existence : nos blessures ne doivent pas nécessairement nous diminuer ; elles peuvent devenir une partie précieuse de ce que nous sommes. Dans ses performances, les lignes dorées qui parcourent son corps évoquent ainsi la fragilité, la réparation et la transformation intérieure.

L’art, une expérience à partager

Loin de se limiter à la photographie et au «street art», Thomas Iser explore également les projets participatifs, convaincu que la création peut rapprocher les générations et donner une place à ceux que l’on oublie trop souvent. Ses collaborations avec des publics fragilisés témoignent de cette volonté de faire de l’art une expérience partagée, plutôt qu’un objet réservé aux seuls initiés.

Derrière ses fenêtres ouvertes sur le ciel, ses portraits et ses lignes d’or se dessine finalement une même aspiration : offrir un instant de respiration dans un monde souvent traversé par les tensions, les divisions et les souffrances.

Thomas Iser ne prétend pas détenir toutes les réponses. Il préfère poser des questions, recueillir des regards et faire circuler la lumière. Son œuvre nous rappelle que les différences ne sont pas nécessairement des barrières et que nos fragilités peuvent devenir le point de départ d’une rencontre. Une fenêtre, un visage, un rêve : parfois, il suffit de peu pour entrouvrir le monde.

Jusqu’où peut-on créer librement sans être puni ?

Pour avoir peint sur la vitre du Centre des Congrès de Miami, aux Etats-Unis, avec sa petite fille, Thomas Iser a été arrêté et emprisonné pendant une nuit.

En pleine création artistique avec son enfant, Thomas a vu rapidement débarquer la police qui l’a arrêté et conduit vers une prison de Miami.

Ce fut un véritable passage en enfer. Même si on y passe que 24 heures, a expliqué l’artiste, la violence psychologique du système carcéral américain est bien réelle : froid, manque de sommeil, conditions insalubres, manque total d’humanité.

Cette performance a au moins servi à quelque chose : la dénonciation du «street art» domestiqué, dans lequel on désigne des murs autorisés.

Dès lors une question se pose : «Jusqu’où peut-on créer librement sans être puni ?».