Kultur

Ils sont entrés dans la petite et/ou la grande Histoire

Robert Merle est né en 1908 à Tébessa en Algérie. Il fait ses études secondaires et supérieures à Paris. Licencié en philosophie, agrégé d’anglais, docteur ès lettres, il sera professeur dans les facultés de Lettres de Rennes, Toulouse, Rouen, Caen, Alger et Paris-Nanterre. En 1939, Robert Merle a été promu agent de liaison, en contact permanent avec l’armée anglaise. Après avoir parcouru, dans le cadre de ses missions, la France, il accomplira un long voyage à travers le pays de l’envahisseur et fera la découverte effrayante des camps de transit. La destination finale est le stalag, un des cœurs de l’économie de guerre nazie : le soldat vaincu est transformé en ouvrier dans les usines allemandes. Tandis que paraît chez De Fallois le récit inédit de Robert Merle Dernier été à Primerol, dans lequel il raconte sa captivité, chez le même éditeur a été publiée la biographie que Pierre Merle, sociologue et professeur d’université, a consacrée à son père, sous le titre, Robert Merle, une vie de passions.

Gérard Gengembre vient de publier chez Perrin (www.editions-perrin.fr) un livre magistral sous le titre Balzac, le forçat des lettres. Une vie d’écrivain, autrement dit l’histoire d’un homme, l’histoire d’une carrière, l’histoire d’une écriture. Comment devient-on Balzac ? Quelles options s’offrent à vous quand vous voulez vous faire un nom en littérature et que vos parents préféreraient vous voir devenir notaire ? Dans quoi vous engagez-vous ? A quoi ressemble le milieu qui produit et diffuse cet étrange objet du désir, le livre ? Si la vie d’Honoré de Balzac est passionnante, la situation du romancier dans le contexte littéraire, éditorial et culturel de son temps l’est encore plus. Ecrire « La Comédie humaine », ce n’est pas seulement se faire une place au soleil de la littérature, c’est s’affronter au XIXème siècle, l’embrasser, le comprendre, le mettre à nu par les voies de la fiction. C’est aussi bâtir un monument sans précédent ni égal, créer une société où 2.500 personnages condensent la France issue de la Révolution et de l’Empire. Ce livre se veut récit d’une épopée et fresque d’une époque décisive pour la littérature française.

Rod Stewart est né à Londres en 1945. Membre du Panthéon du Rock and Roll Hall of Fame, légende vivante des Grammies qui récompensent les meilleurs artistes, puis fait Commandant de l’Ordre de l’Empire britannique en 2007, il est l’un des rockers les plus charismatiques et aimés au monde. Chez Michel Lafon (www.michel-lafon.com) vient d’être publié un livre tout à fait exceptionnel sous le titre L’autobiographie, Rod Stewart. Avec sa voix éraillée, ses compositions uniques et ses performances live totalement habitées, Rod Stewart a l’une des carrières musicales les plus emblématiques et réussies de tous les temps. En 1974, il commence une carrière d’artiste solo marquée par des tubes internationaux tels que « Maggie May », « Sailing », « Baby Jane ». Aujourd’hui, après plus de cinq décennies sous les feux de la rampe, Rod Stewart nous livre un récit sans concession de sa vie sur scène et hors scène. De ses origines modestes au cœur de l’Angleterre ravagée par la guerre à ses tournées pétaradantes autour du monde, sans oublier sa vie amoureuse mouvementée, mais aussi les épreuves terribles qu’il a dû surmonter, comme l’enfer de la drogue et son cancer, Rod nous entraîne avec brio dans son parcours, l’un des plus fascinants du rock’n’roll.

Né à Basse-Pointe, dans le nord de la Martinique, Aimé Césaire, fils d’un inspecteur des impôts et d’une couturière, et petit-fils du premier enseignant noir de la Martinique, grandit dans une famille nombreuse et modeste, où sa grand-mère, une des rares femmes lettrées de sa génération, lui apprend à lire et à écrire. Combattant les clichés sur les Antilles et l’aliénation culturelle imposée par la France métropolitaine, Aimé Césaire, avec son épouse et d’autres intellectuels martiniquais tels René Ménil, Georges Gratiant et Aristide Maugée, fondent en 1941 la revue Tropiques, qui devient le lieu d’expression de la négritude et du sentiment national martiniquais, mais aussi de l’anticolonialisme et de l’anti-assimilationnisme. Parallèlement à son œuvre littéraire, Aimé Césaire mène une carrière politique de premier plan. Élu député en 1945 sous la bannière du Parti communiste (PCF) - il conserve son siège pendant 48 ans - il devient la même année maire de Fort-de-France (pendant 56 ans). En 1946, en tant que député, il est le rapporteur de la loi qui transforme en départements les colonies de Martinique (dont il devient conseiller général en 1956), Guadeloupe, Guyane et Réunion. Avec la Seconde Guerre mondiale et le régime de Vichy, les autorités françaises en Martinique se font répressives, s’opposent particulièrement aux élus noirs, qu’ils remplacent par des Békés (blancs), et pratiquent la censure, s’attaquant notamment à la revue d’Aimé Césaire. Eric Fassin, sociologue et Louis-Georges Tin, enseignant de Littérature, viennent de publier Actualité d’Aimé Césaire à La Découverte (www.editionsladecouverte. fr). A travers cet essai, les auteurs proposent de lire l’œuvre et l’action d’Aimé Césaire, non pas au passé, mais au présent.

Je voudrais présenter ici le poète et dramaturge syrien Mohamed al-Maghout, né en 1934, décédé en 2006, tellement dans son pays et au-delà de ses frontières, il est rapidement entré dans l’histoire des lettres. Dès son premier recueil de poèmes, il a retenu toute l’attention de la critique. Après Tristesse au clair de lune, Mohamed al-Maghout a consacré une large partie de ses écrits à la dramaturgie. Il est aujourd’hui considéré, par essence, comme le poète imprécateur, qui, comme il l’a si bien écrit « ne trouve dans tout cet Orient / nul promontoire / où planter le drapeau de ma soumission ». Poésie de combat, comme le fut celle d’un d’Aubigné, d’un Majrouh, l’œuvre d’al-Maghout crie le refus de l’avilissement en un temps où l’errance s’érige en loi, refuge. C’est à La Différence (www.ladifference.fr) que vient d’être publié le recueil La joie n’est pas mon métier, de Mohamed al-Maghout, dans une traduction et une présentation de Abdellatif Laâbi.
Chez Gallimard (www. gallimard.fr) vient d’être publié le livre de Jacques Gelin L’Affaire Jean Moulin : trahison ou complot ? Dans la nuit du 4 au 5 février 1983, Klaus Barbie, l’ancien chef de la Gestapo de Lyon, est extradé vers la France depuis la Bolivie. Son arrivée réveille quelques spectres, et parmi eux l’affaire Jean Moulin. Depuis l’arrestation du résistant à Caluire, le 21 juin 1943, la plaie est restée ouverte : l’unificateur de la Résistance a-t-il été victime d’une imprudence, d’une trahison ou d’un complot ? Au terme d’une enquête étalée sur plus de vingt ans, Jacques Gelin apporte des réponses concluantes sur la culpabilité de Hardy et de ses mobiles possibles au niveau des accusations contre Jean Moulin. Moulin était soupçonné d’être un crytocommuniste. Le sacrifice de Moulin a-t-il été la conséquence d’une ultime conjonction ? Telle est l’ultime question que se pose cet ouvrage.

Comme universitaire, comme politicien, ou comme auteur de best-sellers, Jean Ziegler a suscité partout en Suisse les plus vives controverses. Ses affirmations, sa manière d’être ne laissent personne indifférent. Si un grand nombre de personnes lui vouent une haine farouche, mais il ne manque pas de gens, pour peu qu’ils aient quelque sens civique, pour accorder à Ziegler leur sympathie. Ils admirent le courage avec lequel il dénonce les injustices en appelant un chat un chat. A l’étranger, Jean Ziegler jouit d’une large estime dans les milieux académiques et politiques. Ziegler déclame des opinions cinglantes contre le capitalisme prédateur. Lorsque Ziegler, à la télévision hurle que dans l’hémisphère sud un enfant de moins de dix ans meurt de faim toutes les trois secondes, il n’invente rien, n’exagère pas. Il ne fait que rappeler la triste réalité. Ziegler affirme qu’il s’agit là d’assassinat pur et simple, que nous sommes tous, quelque part, responsables de telles situations. Il a mille fois raisons, mais de telles affirmations sont mal supportées par bon nombre. De ses rencontres avec l’abbé Pierre ou Jean-Paul Sartre, Ziegler a gardé des influences déterminantes. Ses amitiés avec certains grands de ce monde comme Hugo Chàvez, Che Guevara et Elie Wiesel l’ont également marqué et ont influencé ses combats. Jürg Wegelin est l’auteur du livre Jean Ziegler, la vie d’un rebelle, publié chez Favre (www.editionsfavre. com).

Alain Vircondelet, universitaire et écrivain, a consacré un ouvrage très intéressant à dix couples de légendes : Antoine de Saint-Exupéry et Consuelo Suncin, Marguerite Duras et Yann Andréa, Amadeo Modigliani et Jeanne Hébuterne, Pablo Picasso et Dora Maar, Man Ray et Lee Miller, Oskar Kokoschka et Alma Mahler, Edward Munch et Tulla Larsen, Salvador Dali et Gala, Balthus et Setsuko Ideta, Claude Monet et Camille Doncieux. On apprend que ces amours-là ont été des entraves ou des tremplins à la création, des temps d’épreuves, de malheur ou de bonheur, des aventures extrêmes. Pour son livre Des amours de légende, dix couples mythiques du XXème siècle, publié chez Plon (www.plon.fr) Alain Vircondelet a choisi des figures emblématiques dont on croyait tout connaître. Les révélations sont inédites, savoureuses.

Paris, 1911. Paul Grappe et Louise Landy s’aiment et se marient. Survient la guerre. Paul déserte, se travestit en femme pour ne pas être arrêté et, pendant dix ans, aux yeux de tous, vit avec Louise sous l’identité de Suzanne Landgard. Il acquiert une petite notoriété en étant l’une des premières femmes à sauter en parachute. En 1925, avec l’amnistie, Suzanne redevient Paul. Pour le couple, les choses commencent alors à se gâter. À partir d’archives étonnantes, Fabrice Virgili et Danièle Vodman racontent la très curieuse et tragique histoire de Paul et Louise, une histoire qui brasse les questions des traumatismes de guerre, du travestissement, de l’homosexualité, des troubles dans le genre, de la virilité. Cette histoire fascinante vient d’être publiée chez Payot (www.payot-rivages.fr) sous le titre La Garçonne et l’Assassin, histoire de Louise et Paul, déserteur et travesti, dans le Paris des années folles.

Pour la première fois, un collectif d’auteurs spécialistes a été réuni autour de 38 affaires criminelles qui ont marqué l’histoire de France. Avocats, professeurs et historiens nous révèlent dans l’ouvrage Les grandes affaires criminelles en France, publié chez Nouveau Monde (www.nouveau-monde.net), la face cachée des enquêtes menées alors : le cas Landru, la bande à Bonnot, l’affaire Stavisky, le clan Dominici, Spaggiari, l’assassinat de Mesrine dans les rues de Paris. Parfois la démence, une autre fois la passion amoureuse, une autre fois la cupidité et le chantage expliquent les agissements des criminels devenus, le temps d’un procès ou d’une enquête, des vedettes médiatiques de grandes affaires criminelles. Ce livre a été placé sous la direction d’Eric Alary, docteur en Histoire de Sciences Po, agrégé, professeur.

Né en 1855 près de Metz, Théodore Gosselin Lenotre, historien dramaturge, spécialiste de Versailles, des guerres de Vendée et surtout de l’histoire de Paris, compte de nombreux admirateurs qui se sont attachés en particulier aux six volumes de « Vieilles maisons, vieux papiers ». Théodore Gosselin Lenotre a écrit et publié plus d’une centaine de livres. Son érudition, son talent inné pour faire revivre sous sa plume les grands et petits épisodes et personnages de l’histoire, sa bonhomie, son humour, sa physionomie même, lui confèrent une place particulière au Panthéon des conteurs. Il fait partie de ces merveilleux passeurs auxquels nombre d’entre nous doivent d’avoir aimé l’histoire. En hommage à ce maître affectionné, dix auteurs ont choisi et commenté avec passion un texte tiré de l’un de ses livres. Dans l’ouvrage collectif G. Lenotre publié chez Lattès (www.editions-jclattes.fr) de jeunes historiens d’aujourd’hui rendent un hommage à leur maître G. Lenotre.

Arrivé à Paris en 1945, Driss Chraïbi suit des études de médecine et de chimie, pour finalement se consacrer, après l’obtention de ses diplômes, à l’écriture. Ses premiers ouvrages évoquent principalement le déracinement et l’exploitation dont sont victimes les travailleurs ou les jeunes intellectuels maghrébins émigrés en France durant les années 1950, ou bien encore l’opposition des jeunes générations à la tradition musulmane. Esprit fort et audacieux, Driss Chraïbi a bravé sa vie durant, les tabous et la répression. Devancier génial et déroutant, il n’a pas cessé de déranger et d’innover en matière de thèmes et de genres littéraires. Son anticonformisme a valu et vaut encore à l’écrivain et à ses écrits attaques, louanges, polémiques parfois violentes, notoriété mythique et méconnaissance de son œuvre. Le livre de El Mostafa Zohir, Hommages à Driss Chraïbi a été publié à l’Harmattan (www.librairieharmattan. com).

Riche de plus de 250 lettres, la correspondance entre Auguste Rodin (1840-1929) et Antoine Bourdelle (1861-1929) couvre près de vingt années. Vingt années de création et d’amitié qui voient les deux artistes échanger autour de l’art et de la vie. De la prose du quotidien à la poésie de l’éternel, ces lettres effleurent la condition humaine, celles de deux grands créateurs à liquider les affaires courantes et à régénérer leur siècle. Entre les lignes et au pied de la lettre, c’est l’histoire de l’art qui se lit et s’écrit, c’est l’histoire, enfin, de deux hommes décidés à s’aider et à collaborer, coûte que coûte. Dans la Collection Arts et Artistes vient d’être publié chez Gallimard (www.gallimard.fr) l’ouvrage Rodin/Bourdelle, correspondance. Sculpteur, peintre et décorateur, Antoine Bourdelle a travaillé comme praticien pour Auguste Rodin, l’un des plus importants sculpteurs français de la seconde moitié du XIXème siècle.

Michel Schroeder