Cinéma: «Anatomie d’une chute» – Palme d’Or 2023 au Festival de Cannes
La vérité, rien que la vérité?
Dans bien des procès, la vérité, lorsqu’il n’y a pas de preuves à cent pour cents tangibles, devient une question d’interprétation. Les magistrats, ne sont-ils pas dans l’impossibilité de juger à l’aune de la Justice, avec un J majuscule s’il vous plaît, une affaire dont les faits se sont déroulés sans témoins, ainsi qu’une affaire qui manque de clartés dans son déroulement.
Au niveau des jugements, on frôle, dans ces cas précis, bien souvent l’injustice de la Justice. On suppose que, on pense que, mais on ne sait rien de trop précis. On juge quand-même, parfois sans mettre de gants, ceci dépendant toujours de l’état d’esprit de la magistrature!
Revenons à nos moutons, le film «Anatomie d’une chute», de Justine Triet que nous avons vu pour vous, en salle, tout récemment. Ce film, dont le sens du suspense rappelle les meilleurs films d’Hitchcock, a remporté la Palme d’Or, la troisième décernée à une femme, à Cannes, après Jane Campion et Julia Ducournau.
Le scénario du film est de Justine Triet et d’Arthur Harari. Le casting est composé comme suit: Sandra Hüller, dans le rôle de Sandra Voyter, Swann Arlaud, dans celui de Maître Vincent Renzi, Milo Machado Graner, dans celui de Daniel, Milo Machado, dans celui de l’Avocat Général (Procureur au Luxembourg, lors d’un procès), Samuel Theis, dans celui de Samuel Maleski, Jehnny Beth, dans celui de Marge Berger, Saadia Bentaïeb, dans celui de Maître Nour Boudaoud, Camille Rutherford, dans celui de Zoé Solidor, Anne Rotger, dans celui de la Présidente du Tribunal (au Luxembourg, il y a un Président et deux Juges qui siègent les séances, alors qu’en France lors de procès d’Assises – chez nous la Chambre Criminelle – il y a dix jurés public), Sophie Fillières, Monica... ainsi qu’une pléiade d’autres actrices et acteurs.
Le résumé du film en quelques lignes: Sandra, Samuel et leur fils malvoyant de 11 ans, vivent depuis une année environ, loin de tout, à la montagne. Puis, survient un drame: Samuel est retrouvé mort au pied du chalet qu’ils occupent. Une enquête pour mort suspecte est ouverte.
Dans une affaire criminelle ou correctionnelle, peu importe, il arrive assez régulièrement que les témoignages des uns s’emmêlent, que la mémoire des autres flanche!
Samuel est-il mort par accident, s’est-il suicidé ou a-t-il été victime d’un homicide? Malgré un immense doute qui plane, Sandra est inculpée. Une année plus tard le procès a lieu, Daniel assiste au procès, mais aussi à la dissection du couple que sa mère formait avec son père.
Chaque revirement ou rebondissement agit comme le tranchant d’un scalpel ou d’une machette. Les certitudes des spectatrices et spectateurs qui assistent à la projection du film, vacillent également.
Minutieux et précis, le film de Justine Triet, modernise le film de procès pour peindre un couple qui se délite à travers le portrait d’une femme moderne, complexe, à la marge de la société des bien-pensants, loin des codes. Finalement on veut juger Sandra pour ce qu’elle représente.
L’Avocat Général sort ses griffes pour un oui ou un non et surtout il tente de manipuler le procès, restant assis sur ses certitudes, ainsi que sur ses convictions, ou encore sur cette réalité qu’il s’invente et qu’il tente d’imposer. Mais, évidemment, lui, non plus, ne le sait pas et d’ailleurs ne peut pas savoir ce qui est réellement survenu le soir du drame.
Tout comme dans ses films précédents, «La Bataille de Solférino» et «Victoria et Sybil», Justine Triet dresse un nouveau portrait de femme forte, très sûre d’elle. Du moins en apparence, car cette femme que quasiment tout accuse, est fragile.
Si on se place du côté de cette femme soupçonnée d’un crime qu’elle n’a peut-être pas commis, rien ne prouve qu’elle ne l’a pas commis justement, tout comme rien ne prouve qu’elle l’a commis! Tout le monde, spectatrices et spectateurs comme l’Avocat Général, les jurés, la presse, le public dans la salle, guettent ses réactions, agaçantes ou désarmantes, dès que surgit un nouvel indice de sa possible culpabilité.
Ce qu’il s’est réellement passé, on ne le saura probablement jamais, en tout cas de la bouche des protagonistes. Ils sont nombreux à brouiller les pistes pour que la fiction finisse par détruire le réel.
Je propose à nos lectrices, ainsi qu’à nos lecteurs, de se poser la question cruciale au sujet de la vérité, car il y a une vérité, une seule et unique vérité.

