La Belgique après les élections communales :
La NV-A grimpe, mais...
La croissance de la N-VA qui, aujourd’hui, annonce déjà qu’elle va s’atteler dès 2014 au démantèlement de la Belgique, suscite l’inquiétude. Le bon résultat du PTB+ est, par contre, une excellente nouvelle pour les travailleurs et pour la lutte syndicale.
La N-VA devient le premier parti dans 48 des 259 communes où elle participait aux élections. A Anvers, bien sûr, mais aussi à Geel, Alost, Turnhout, Lierre, Saint-Nicolas-Waes, Izegem, Halle... La N-VA dispose aujourd’hui de plus de 1 600 conseillers communaux. Ce gain s’est surtout réalisé au détriment du Vlaams Belang.
Les autres partis traditionnels encaissent eux aussi des camouflets. Au conseil provincial, le sp.a recule de 3 % par rapport aux élections parlementaires de 2010. Le cartel rouge-vert l’emporte à Gand. Le parti se maintient à Bruges, Ostende, Vilvorde et Louvain.
Groen récolte 75 sièges et obtient le maïorat dans deux communes (Zwijndrecht et Kruibeke).
La N-VA n’accèdera pas au pouvoir partout où elle gagne. Il existe aujourd’hui des accords de coalition qui évincent ce parti.
En Wallonie, en dehors du PTB, il n’y a pas vraiment de gagnant. Le MR perd et le PS gagne par rapport à son score extrêmement faible de 2006, la période des scandales. C’est surtout à Charleroi (avec le ministre Magnette comme tête de liste) et à Mons (avec le Premier ministre Di Rupo en tête) que le parti progresse. Mais, par rapport à 2010, le parti est en baisse à Charleroi, passant de 50 à 48 %. À Liège, le PS reste à 37,6 %.
Une mauvaise nouvelle
La victoire de la N-VA est une mauvaise nouvelle. Mais analysons d’abord la méthode utilisée par De Wever pour présenter ses désirs comme des réalités incontournables. Daniël Termont (sp.a), maïeur de Gand, voit à juste titre dans le discours de victoire de Bart De Wever bon nombre de caractéristiques de l’extrême droite. Ainsi, il déclarait dans une interview à la radio hollandaise : « Le président de parti de la N-VA a parlé de “notre Flandre” et de “notre ville”, une langage qu’on a également entendu dans les années trente », a déclaré Termont.
Et c’est vrai. La N-VA engrange une victoire (bien trop grande), mais les résultats sont environ les mêmes que lors des élections parlementaires de 2010. L’idéologue maison de la N-VA, Bart Maddens, écrit dans la page d’opinion de la VRT : « Les élections provinciales présentent une image assez exacte des rapports de force politiques. Avec 28,6 %, la N-VA fait encore 1 % de plus (par rapport à 2010). En 2014, ce serait un score décevant. Car, de la sorte, la N-VA ne sera pas incontournable en Flandre. »
Et ce résultat ne donne certainement pas le droit à De Wever de parler déjà du « Flamand » qui a « opté pour la force du changement ». Et certainement pas non plus du fait que « le Flamand » réclame une « réforme confédérale ». Il est impossible de chiffrer le nombre d’électeurs de la N-VA qui ont effectivement voté pour une scission du pays. Mais la plupart des Flamands ne veulent pas voir ce pays plongé une fois de plus dans une crise communautaire. Et bien des électeurs de la N-VA non plus. Là, De Wever pourrait se tromper.
La force de De Wever consiste en ce qu’il sait récupérer au profit de son discours nationaliste le mécontentement de la population à propos de la politique du gouvernement fédéral et des partis traditionnels. La politique du gouvernement est une politique qui fait mal aux travailleurs, mais aussi aux chômeurs, tout en laissant les vrais riches hors d’atteinte.
De Wever attaque ce « gouvernement des impôts ». OK. Mais il dirige sa colère contre le socialiste francophone Di Rupo, contre les partis flamands qui collaborent avec lui, et contre la Belgique. Bien des Flamands sont toujours sensibles vis-à-vis de ce qu’il reste d’arrogance francophone (refuser d’apprendre le néerlandais à Bruxelles et dans la périphérie, par exemple) et c’est ainsi qu’ils perdent de vue que De Wever entend bien aller plus loin encore dans cette voie : démantèlement de l’index, maintien des intérêts notionnels, travailler plus longtemps encore… Le soutien ouvert de nombreux patrons flamands à sa lutte contre le gouvernement « marxiste » des impôts est plus éloquent qu’une bibliothèque entière. Ils ont choisi. Pour eux, la N-VA est le nouveau parti des patrons en Flandre. Les libéraux ont fait leur temps.
La première victoire du PTB
Heureusement, la consolidation du Parti du travail de Belgique rend également plus visible l’opposition sociale au gouvernement fédéral. Avec ces élections, l’opposition est passée plus à gauche. Nous ne pouvons qu’espérer qu’après les élections, Groen conservera ses accents sociaux du temps de la campagne. Toutefois, le fait qu’à Anvers, le président de Groen, Wouter Van Besien, n’exclut pas une coalition avec la N-VA, n’est pas vraiment ce qu’il y a de mieux comme début.
Du côté des partis gouvernementaux, leur politique ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de De Wever, qui – comme annoncé – mène déjà aujourd’hui campagne pour les élections de 2014, où il veut réaliser la percée du confédéralisme (lisez : la scission et le chaos communautaire). Les partis flamands du gouvernement fédéral réagissent avec la promesse que « le gouvernement fédéral mènera une politique qui comblera les souhaits de l’électeur flamand » (la politique néolibérale de De Wever, donc). Cela va surcharger le gouvernement Di Rupo et forcer les socialistes à une politique encore plus à droite, sans quoi on va droit à une crise gouvernementale.
Le bon résultat du PTB+ du côté francophone peut constituer pour les travailleurs, même en Flandre, et pour la lutte syndicale un coup de pouce bienvenu. Au lendemain des élections, Laurette Onkelinx a admis à la RTBF que la crise dans le bassin sidérurgique liégeois avait poussé les travailleurs vers le PTB. Le PS s’est fait connaître comme un parti qui, une année durant, a tenu les sidérurgistes en haleine pour déclarer finalement que la fermeture était inévitable. Certains membres du PS craignent déjà aujourd’hui que l’actuel courant libéral du PS n’aille encore renforcer davantage le PTB.
Au soir des élections, le bourgmestre sortant de Molenbeek, Philippe Moureaux, a déclaré à Télé Bruxelles : « Il y a à Molenbeek un élu du PTB+, mais ce n’est pas un phénomène local. Certains au PS feraient mieux d’y réfléchir. » Si le renforcement du PTB pousse déjà certains membres du PS vers la gauche, ne serait-ce que par peur d’un plus grand progrès encore du parti, alors, les nombreux électeurs du parti ont déjà raison. Et ceci constitue la bonne nouvelle dans la perspective de la lutte à venir contre le gouvernement des restrictions.
Herwig Lerouge

