Kultur14. April 2023

A voir jusqu’au 22 avril à la Galerie Schlassgoart, Esch-sur-Alzette

Bettina Scholl-Sabbatini, une artiste pleine de profondeur

de Michel Schroeder

Jusqu’au 22 avril, nous vous donnons rendez-vous pour visiter l’exposition d’une Grande Dame des sculptures en bronze, en céramique et en bois et bronze, Bettina Scholl-Sabbatini. Cette adorable artiste octogénaire a depuis toujours bercé dans une inspiration pleine de profondeurs. C’est sous le titre « Regards rétrospectifs » que se déroule une exposition qui trace ses œuvres, réalisées entre 1960 et 2023, jusqu’au 22 avril à la Galerie Schlassgoart (Pavillon du Centenaire / Arcelor Mittal boulevard Grande-Duchesse Charlotte) à Esch-sur-Alzette.

Bettina Scholl-Sabbatini est née le 19 décembre 1942 à Esch-sur-Alzette. Elle est la fille du sculpteur Aurelio Sabbattini. Elle a étudié la sculpture et la céramique, de 1963 à 1967, à l’Istituto d’arte de Sesto Florentino, puis la peinture et le dessin à l’Académie de la Grande Chaumière, Paris. Bettina Scholl-Sabbatini a également séjourné à la Cité des Arts, Paris.

Le papa de Bettina, Aurelio (1909-1987) a été un sculpteur et statuaire d’une exceptionnelle maîtrise technique. Cet artiste a bénéficié d’une renommée extraordinaire. Il a laissé nombre de ses traces dans les espaces publics. En 1948, le Cercle Artistique Luxembourg lui a attribué le Prix Grand-Duc Adolphe.

Parmi les réalisations les plus connues d’Aurélio Sabbatini, il est indispensable de citer ses incontournables : les reliefs de la façade de l’Hôtel de Ville d’Esch-sur-Alzette, réalisés en 1937, en collaboration avec les sculpteurs Claus Cito, Hary Frères, Albert Kratzenberg et Wenzel Profant. En 1952, Aurélio Sabbatini a réalisé la Vierge de Fatima de Wiltz, puis en 1954 le Monument Patton à Ettelbrück, puis les blasons du Pont-Adolphe en 1962.

Souvent on peut voir les œuvres de céramique, de pierre et de bronze, de la fille d’Aurélio, dans les églises de notre pays, tout comme ce fût le cas pour les travaux de son père Aurelio. Bettina, dès son plus jeune âge, a bénéficié de véritables bains de sculptures, car elle aimait jouer dans l’atelier de papa.

En sa qualité de vice-présidente de l’association Soroptimist, elle a voyagé en Afrique, continent sur lequel elle a été impressionnée par l’art traditionnel. L’animisme l’a conquise ! Elle se sent alors en contact avec les esprits surnaturels, que l’on retrouve dans l’art africain. A cette période de sa créativité, elle a réalisé des totems, des masques, ainsi que des chaises de chefs de tribus.

En 1976, l’artiste a reçu le 1er prix de la sculpture de la Ville d’Esch-sur-Alzette, en 1987 le Prix spécial du Fonds Culturel National Luxembourg et en 2016 le Prix du Mérite Culturel de la Ville d’Esch-sur-Alzette.

Mythe et féerie

Bettina a longtemps vécu dans le quartier du Brill à Esch. Elle s’est rendu compte, puis cela est devenu pour elle une évidence, que la céramique, sous ses doigts, pourrait devenir une expression artistique majeure et à part entière.

Dans ses œuvres, l’artiste a transmis beaucoup de sensualité, de la sexualité de l’universel féminin.

Dans les années 80, Bettina a décidé de travailler la pierre, ainsi que le bronze à la cire perdue. Grâce à son imaginaire absolument flamboyant, elle a réalisé, entre autres, le baptistère dans l’église Sacré-Cœur à Esch-sur-Alzette, les chemins de croix pour les églises de Bascharage, Lintgen, ainsi que de Bertrange.

Plus tard, elle introduira des déchets de notre civilisation dans ses œuvres.

A travers ses travaux, Bettina apprécie nous raconter des histoires. Comme celle de Mélusine, qu’elle libère et fait tourbillonner dans les airs. Sa «Mère Mélusine – Mélusina Mather», d’une hauteur de 5,20 mètres et d’un poids d’une tonne, ne veille-t-elle pas devant la maternité du Centre Hospitalier de Luxembourg ?

Et puis, il y a aussi son hibou, que l’on peut admirer à proximité du Centre Moscardo, à Rodange.

Toutes ces réalisations, si elles rejoignent des mythes, sont également féériques.

Une sculptrice au parcours très réussi

Dans l’espace public, il vous sera possible d’admirer des travaux de Bettina Scholl-Sabbatini à : aux Thermes de Strassen, à la Gare d’Arlon, à Metzingen, Allemagne, rue de l’Alzette à Esch-sur-Alzette, à Mont Saint-Martin en hommage à Louise Michel, à la Maison de retraite d’Echter­nach, la sculpture-fontaine à Bigonville, le monument commémoratif à Perlé, à la Clinique pédiatrique de Luxembourg, à la Chambre des métiers de Luxembourg, au Butzenhaus à Bertrange, au Centre hospitalier de Luxembourg, à Rodange.

Parmi ses très nombreuses expositions individuelles, je voudrais citer : Galerie Municipale d’Esch-sur-Alzette, Galerie Wild à Weinheim et à Francfort, Galerie Castan à Esch-sur-Alzette, Eglise Romane de Mont-Saint-Martin (France), Galerie Simoncini, Château de Bourglinster, Maison Communale de Metzingen (Allemagne), San Marino, Biennale d’Architecture à Venise, Torre Saracena di Bellarie (Italie), « Museo della Città » de Rimini (Italie), Academia Belgica à Rome, Palace Borghese, Sienne (Italie), Site Alstrom (Nancy), Casino de Thionville.

Ses œuvres ont été exposées lors d’expositions de groupes à Osaka, Japon, à Coblence, au Musée Sonderberg, Danemark, à Dakar, Sénégal, à Anvers dans le cadre de l’Année européenne de la Culture, à Trèves, à Modène, Italie, à Cologne, à Rome, au Centre de Documentation sur les Migrations Humaines à Dudelange, à Arlon, à Marche-en-Famenne, à Libramont, à Stuttgart, à Lübeck …

Originalité et audace

Cette artiste possède la culture des racines, de toutes les racines, ainsi que de ses racines. Bettina a été de tout temps une artiste extrêmement prolifique, une femme libre et engagée. On a dit d’elle, qu’elle représentait l’incarnation de la sonorité. Durant de nombreuses années, Bettina Scholl-Sabbatini a marqué l’art de notre pays et aujourd’hui elle le marque encore. Elle possède une fraîcheur, une originalité, ainsi qu’une audace qui lui sont personnelles.

Créer, pour elle, réaliser des sculptures, pour elle, a toujours été synonyme de respirer, vivre et vibrer. La grande dame à l’éternelle tresse sur le côté, malgré les problèmes de vue, auxquels elle est confrontée, possède encore et toujours une énergie vitale hors du commun.