Ausland08. April 2026

Cuba entre adversité et espoir

Un projet de prise en charge intégrale de l’autisme en des temps complexes

de Marta de Medina-Rosales, Secrétaire de Solidarité Luxembourg-Cuba

Au mois de novembre dernier, lors de mon voyage à Cuba dans le cadre d’une visite d’évaluation et de suivi des projets que l’ONG Solidarité Luxembourg–Cuba développe actuellement sur l’île, j’ai pu constater que Cuba traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire récente. Aux conséquences accumulées du blocus économique imposé par les États-Unis depuis plus de soixante ans – qui a provoqué une crise énergétique dévastatrice, une pénurie de denrées alimentaires et de médicaments, ainsi qu’un exode constant de personnel qualifié – s’ajoute un contexte régional de plus en plus tendu. La récente agression des États-Unis contre le Venezuela a accru la pression géopolitique sur la région des Caraïbes, affectant indirectement l’île tant sur le plan économique que stratégique. Cette situation renforce la vulnérabilité d’un pays qui lutte déjà pour maintenir des services de base essentiels, parmi lesquels la santé publique, l’un des piliers historiques du système cubain.

Dans ce contexte difficile, les initiatives qui parviennent, malgré des ressources limitées, à maintenir et à améliorer la prise en charge des populations les plus vulnérables revêtent une importance toute particulière. C’est le cas du projet de prise en charge des troubles du spectre de l’autisme et d’autres troubles du neurodéveloppement (TND), financé grâce à un effort conjoint et à la collaboration entre Solidarité Luxembourg-Cuba et mediCuba Suisse.

Lors de la visite des centres concernés par le projet, j’ai pu observer le travail réalisé par les équipes pluridisciplinaires – composées notamment de généticiens, de logopédistes, de psychiatres, de psychologues, de physiothérapeutes, entre autres – des hôpitaux qui font partie du projet, ainsi que l’attention portée aux patientes lors des thérapies. Les professionnelles mettent en œuvre des interventions adaptées et des techniques avancées, malgré le manque des ressources dont ils et elles disposent. Un aspect clé du projet réside dans le travail émotionnel mené avec les familles, en particulier avec les mères, dont beaucoup se sentent responsables du comportement de leurs enfants. Les équipes insistent sur la nécessité de les déculpabiliser et leur offrent une orientation pratique pour le travail quotidien à domicile, en impliquant chaque membre de la famille dans l’accompagnement des patientes. Cette approche participative renforce les liens familiaux et améliore l’efficacité des interventions.

Le projet constitue une priorité politique pour le pays, ainsi l’hôpital pédiatrique Borrás-Marfán de La Havane, où le projet a vu le jour, est reconnu depuis peu comme Centre national de référence. Il bénéficie de la confiance du ministère de la Santé publique (MINSAP) et d’une reconnaissance au plus haut niveau politique, y compris de la part du président Miguel Díaz-Canel. Toutefois, la pénurie de ressources matérielles freine son développement, ce qui souligne l’importance du soutien extérieur. Parmi les principaux acquis figurent la sensibilisation sociale à l’autisme, la création d’équipes interdisciplinaires permettant des diagnostics plus rapides, ainsi que le passage d’un modèle centré exclusivement sur l’enfant à un modèle intégrant l’ensemble de la famille, favorisant la mise en place de réseaux de soutien communautaires.

Le projet a également introduit une collaboration intersectorielle entre la santé et l’éducation, des techniques innovantes telles que l’hydrothérapie et les thérapies en milieu naturel, et a renforcé l’importance du diagnostic précoce. La phase actuelle du projet a permis de décentraliser la prise en charge vers sept hôpitaux du pays, bien que des inégalités persistent entre les centres en raison de difficultés de transport, de coupures d’électricité et de la perte de personnel formé.

En conclusion, ce projet démontre que, même dans un contexte d’extrême précarité et de fortes tensions internationales, Cuba continue de défendre une santé publique inclusive et humaine. La principale difficulté demeure l’exode du personnel spécialisé, difficile à remplacer dans les conditions actuelles du pays. Malgré cela, la coopération, les synergies entre les centres et l’engagement des équipes permettent d’obtenir des résultats tangibles et de maintenir l’espoir.