Kultur11. September 2026

24e Festival International d'orgue

Dudelange se pare déjà des couleurs d'automne

de Pierre Gerges

On ne rappellera jamais assez à quel point la ville de Dudelange a raison de se dire fière d'héberger un instrument de dimension et de qualité largement au-delà des besoins d'embellissement du culte. Et ces qualités musicales extraordinaires inspirent annuellement, au printemps et en automne, une série de concerts susceptibles de répondre à deux exigences majeures, celle d'une qualité artistique sans faille ainsi que, au-delà du récital classique, celle de l'ouverture à l'innovation sans oublier la modernité expérimentale.

Précisons que les objections régulièrement adressées à la «grande» musique, à savoir le coût, la connaissance spécifique ou le «rituel» des sorties classiques, n'ont pas lieu d'être: il suffit, en effet, de gravir les quelques marches qui mènent à l'église Saint Martin, de s'acquitter de la modique somme de 20 euros (15 pour les membres, 10 pour les jeunes ou 60 pour les cinq concerts!) et... de se laisser surprendre par ce que vos oreilles vous transmettront. La musique en effet n'est pas une langue abstraite, elle est un discours d'abord sensuel, ensuite seulement spirituel.

22 septembre: l'organiste belge BENOÎT MERNIER donnera le coup d'envoi en ciblant, cela ne surprendra personne, l'oeuvre de Bach, plus exactement, en sondant les répercussions de cette figure tutélaire sur la composition jusqu'à César Franck. Attendez-vous donc à un aller-retour incessant entre Bach et d'autres auteurs plus ou moins redevables de Bach, parfois très consciemment. Dans ce va et vient, Benoît Mernier se dit davantage préoccupé de fluidité que de caractéristique. On peut dès lors supposer que les époques se confondront dans un geste destiné à faire ressortir l'essence musicale commune plutôt que les particularités propres. Dessein bien louable face à pas moins de treize pièces à fédérer organiquement!

6 octobre: PAUL KAYSER ratissera beaucoup moins large mais non moins en profondeur, on a quelque raison de le supposer! À son tour, il pivotera autour de l'axe Bach mais d'une manière plus littérale, à savoir à partir des quatre lettres du nom qui forment, d'après la notation anglo-saxonne, un thème (si bémol-la-do-si naturel) si caractéristique, auquel des dizaines de compositeurs se sont frottés. Paul Kayser a choisi les plus entortillés, les plus acrobatiques aussi à extraire des claviers: Liszt et Reger. Deux paroxysmes en un seul concert et, pour faire bonne mesure, une improvisation de son cru!

11 octobre: un peu hors festival, les Suisses STEFAN RUSCONI (orgue) et TOBIAS PREISIG (violon) proposeront une «Lévitation» au-dessus de la banalité familière, aux confins des certitudes, entre légèreté et apesanteur, entre présent et passé, entre sonorité «musicale» et «bruits», ceux émanant de sa mécanique, de sa respiration, de sa vie de machine en somme. Une expérience, nous promet-on, qui investit autant dans le silence, dans la faculté de l'écoute que dans la prise de parole de l'artiste «omniscient».

20 octobre: la douce CINDY CASTILLO n'aura pas froid aux yeux pour affronter l'immixtion électronique de Pierre Slinckx ni l'épouvante grimaçante que Claude Lenners a prêtée au héros hugolien de Quasimodo, figure emblématique de la fusion du sublime et du grotesque. À côté de Franck et de Joseph Jongen pour conserver l'accent belge et... retrouver un peu de sérénité.

3 novembre: SONGYEON IM fera valoir son droit au concert, selon la convention établie à Dudelange, pour avoir décroché un Premier Prix dans le cadre du concours de l'année passée. Le programme fera pencher la balance du côté de la musique française, en y intégrant des auteurs longtemps considérés comme insolubles dans la sonorité de l'orgue: Debussy et Ravel! Faisons confiance à cette jeune louve aux doigts et aux talents acérés pour réveiller les démons endormis!

17 novembre: le point d'orgue du festival reviendra à un organiste parisien parmi les plus en vue, VINCENT DUBOIS. Là encore, attendez-vous à de la haute cuisine française, autant par ses ingrédients (Franck, Saint-Saëns, Vierne, Ravel...) que par une virtuosité épicée et des saveurs de très haut vol. À déguster sans modération!

Toutes les rencontres bénéficieront de la retransmission vidéo sur écran... pour permettre au public d'assister en temps réel à ce côté artisanal inséparable de toute «production» musicale.