Kultur05. Mai 2026

Hommage à Pe’l Schlechter

Le 105ème anniversaire du pionnier de la création graphique au Luxembourg

de Michel Schroeder

Quel bel âge ! 105 ans, un anniversaire porté avec fierté et enthousiasme, élégance et gentillesse par un homme qui a porté toute sa vie, la culture et la créativité, à bras levé. Il s’appelle Pe’l Schlechter, Il est né à Luxembourg le 20 avril 1921. Il est le papa de Pit Schlechter et l’oncle de Lambert Schlechter.

Certes, les décennies ont marqué son visage, elles ont quelque peu affecté son physique, mais santé et énergie mentale ne lui font pas défaut.

C’est au Konviktsgaart, que le jour de son anniversaire, a été organisée, par le Ville de Luxembourg, ainsi que par les deux musées de la ville de Luxembourg, une fête qui a mis à l’honneur Pe’l Schlechter. C’est également au Konviktsgaart à la Résidence Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte à Luxembourg-Ville qu’a été inaugurée l’exposition consacrée à l’œuvre de Pe’l Schlechter. Cette exposition est visible jusqu’au 20 juin, du lundi au vendredi de 9 à 18 heures.

Pe’l est un pionnier de la bande dessinée luxembourgeoise et une figure incontournable de la création graphique au Luxembourg.

Une vie mouvementée, pas toujours facile…

Graphiste visionnaire, illustrateur, poète et pionnier de la bande dessinée nationale, Pe’l Schlechter a marqué de son empreinte plus de sept décennies de création au service de l’identité visuelle du pays.

Pe’l Schlechter grandit dans une famille profondément ancrée dans la vie culturelle : son père, Demy Schlechter, était dramaturge, et son frère Ger, comédien. Après avoir étudié à l’Athénée de Luxembourg, puis à l’École des Arts et Métiers, il voit son parcours interrompu par la Seconde Guerre mondiale. Enrôlé de force dans le «Reichsarbeitsdienst» puis dans la Wehrmacht. Il a déserté et a trouvé refuge à Rotterdam jusqu’à la Libération.

De retour au pays, il a participé à la reconstruction du Luxembourg aux côtés des architectes Léon Loschetter et Pierre Reuter avant de se consacrer pleinement à sa passion, le dessin et la création visuelle.

Dès la fin des années 1940, Pe’l Schlecter a publié ses premières bandes dessinées, notamment «De Bim» an «De Jopi», puis «De Mäntchel», des chroniques sociales ancrées dans la vie populaire luxembourgeoise. Ces œuvres, teintées d’humour et de tendresse, posent les bases de la bande dessinée luxembourgeoise moderne.

En sa qualité de publiciste et de designer, il a conçu des affiches, des logos, des timbres, des étendards, des médailles. Son travail pour les Foires Internationales de Luxembourg fait aujourd’hui partie du patrimoine du pays.

Un pont entre arts graphiques, satire et poésie

Une fois la retraite arrivée, Pe’l Schlechter s’est tourné vers l’écriture. Son livre De Pol muss an de Krich, récit poignant de sa jeunesse sous l’Occupation, lui a valu le «Lëtzebuerger Buchpräis» en 2023. Dans ce roman, c’est avec lucidité et ironie qu’il parle de la guerre et de l’absurdité des idéologies totalitaires. D’autres ouvrages ont suivi, tous publiés aux Editions Guy Binsfeld. Je voudrais en citer quelques-uns ici : «Wéini kënnt Fréier erëm ?» «Einfach esou» ; «Reimereien» …

Il a également traduit du français vers la langue luxembourgeoise, le livre pour enfants de l’autrice d’origine éthiopienne Hénoké Courte, «D’Anni an d’Geheimnis vun de Raschpëtzer».

Ses œuvres à la fois populaires et raffinées, ont bâti un pont entre arts graphiques, satire et poésie.

L’homme qui refusait le spectaculaire a su par la force tranquille de son crayon, transformer la vie quotidienne en patrimoine.

Comme il l’a dit lui-même et vient de le répéter, «le crayon survit à la main qui le tient». À 105 ans, Pe’l Schlechter en est la vivante démonstration.