Du Grand Art au Grand Palais à Arlon jusqu’au 13 septembre
Renaud Matgen, Didier de Radiguès, Gilliane Warzée
Trois artistes, trois sensibilités, trois manières de regarder le monde : Renaud Matgen, Didier de Radiguès et Gilliane Warzée. Ils exposent leurs travaux jusqu’au 13 septembre au Grand Palais d’Arlon au 2, Place Léopold à Arlon.
Cette exposition fait dialoguer la sculpture, la photographie et la peinture dans une rencontre placée sous le signe de la diversité. Une exposition à découvrir comme on feuillette un livre dont chaque page changerait de langage.
Le titre de l’exposition résume admirablement son esprit: «3 univers, 3 regards, 1 rencontre». Car ce qui frappe d’abord les visiteurs, c’est précisément cette confrontation de trois écritures artistiques. Ici, la pierre et la matière prennent forme, là, la photographie transforme le réel en vision, ailleurs la couleur et le geste donnent aux visages une étonnante profondeur émotionnelle.
Dans un monde où les images se multiplient à une vitesse vertigineuse, cette exposition rappelle opportunément que regarder une œuvre d’art demande du temps. Il faut s’arrêter, observer, revenir en arrière, laisser une forme ou une couleur nous atteindre. L’art commence peut-être précisément au moment où l’on cesse de simplement voir.
Renaud Matgen: les visages qui surgissent de la matière
Chez Renaud Matgen, le visage est devenu au fil des années une véritable signature artistique. L’artiste, originaire de la région d’Arlon, s’est notamment fait connaître par ses sculptures réalisées à partir d’ardoise, cette matière profondément liée au patrimoine de l’Ardenne et du Luxembourg. Ses œuvres donnent à la pierre une présence presque humaine.
Il y a quelque chose de fascinant dans ces visages qui semblent surgir de la matière comme s’ils y avaient été emprisonnés avant que la main de l’artiste ne vienne les libérer. L’ardoise, habituellement associée à la construction, au toit, au mur ou au paysage ardennais, devient sous ses doigts une matière sensible. Elle ne protège plus une maison : elle devient un être.
Place Léopold, à Arlon, a été inaugurée le jour du vernissage de l’exposition, une imposante sculpture de cinq mètres de haut réalisée par l’artiste. Il s’agit d’une commande de la Ville d’Arlon.
Didier de Radiguès: photographier autrement le monde
Avec Didier de Radiguès, le visiteur change complètement de langage. La photographie n’est pas ici une simple reproduction du réel: elle devient création.
Le parcours de l’artiste est lui-même singulier. Après avoir commencé sa carrière de photographe artistique à New York, il a développé son travail à Singapour, Hong Kong, Paris et Bruxelles. Il revendique d’ailleurs une conception très personnelle de la photographie : celle d’un créateur qui ne se contente pas d’enregistrer ce qu’il voit, mais qui invente son propre univers.
Son travail joue avec les points de vue, les compositions et les apparences. Dans sa série «People Portrait», notamment, les êtres humains observés depuis les airs peuvent devenir de véritables compositions graphiques. Le corps, le paysage et l’espace se mélangent alors pour produire des images qui surprennent le regard.
Dans les années 1980, Didier de Radiguès s'est illustré dans les Grands Prix mondiaux de vitesse moto. En 1983, il a remporté le Grand Prix de Belgique en 250 cm³, ainsi que les 24 Heures de Spa-Francorchamps. Il a ensuite poursuivi sa carrière dans le sport automobile.
Gilliane Warzée: quand les yeux racontent l’intérieur
La première fois que nous avons rédigé un reportage sur l’artiste Gilliane Warzée, ce fut lorsqu’elle exposa à la Galerie Subtile située au 21 A, avenue Gaston Diderich, Subtile (www.subtile.style info@subtile.style. Tél. 621 30 18 44).
Au Grand Palais, les visages reviennent avec les tableaux de Gilliane. Mais cette fois, ils ne sont plus sculptés dans l’ardoise ni observés à travers l'objectif photographique: ils sont peints, travaillés, construits par la couleur et la matière. Le portrait constitue le cœur de la démarche de l’artiste, qui a étudié la peinture à l’Institut des Beaux-Arts d’Arlon. Ses personnages semblent toujours porter en eux une histoire que le visiteur est invité à deviner.
Gilliane Warzée travaille à l’huile et au couteau. Ce choix donne à ses toiles une matérialité particulière: la peinture n'est pas simplement déposée sur la toile, elle semble la sculpter. Les couleurs, les reliefs, les contrastes et surtout les regards participent à cette impression de présence.
Chez cette artiste, le visage n’est donc jamais seulement un visage. Il devient le lieu où se rencontrent les émotions. Un regard peut exprimer la joie, la souffrance, l’attente, la force ou la fragilité. L’artiste cherche ainsi à atteindre ce qui se trouve derrière les traits physiques: cette part intérieure que chacun porte en soi et que l’art tente parfois de révéler.

