Minorités, psychanalyses, esthétisme… : livres
Pourquoi les minorités réclament-elles des mémoires et non de l’histoire ? Est-ce parce que les mémoires cimentent les groupes, les minorités, et que l’histoire les universalise et les dissout ? Qu’elle risque d’effacer l’identité minoritaire elle-même et par là même de la plonger dans un oubli irrévocable ? Les mémoires tissées de souffrance sont vivaces et actives. Toutes les minorités ont-elles droit à la même portion d’histoire ? Sont-elles vouées à ne bénéficier que d’une histoire marginale ? Et si la marginalité, justement, réconfortait les identités de groupe et par la même occasion les replis sur ce que le groupe imagine intransmissible par l’histoire ?
A travers une approche critique des Sciences Humaines, l’ouvrage L’histoire des minorités est-elle une histoire marginale ? publié sous la direction de Stéphanie Laithier et Vincent Vilmain, aux Presses de l’Université de Paris Sorbonne ( PUPS, Maison de la Recherche Université Paris-Sorbonne pups@paris-sorbonne.fr / www.presses-sorbonne.info ), pose les enjeux épistémologiques et méthodologiques des études consacrées au fait minoritaire. Parmi les contributions publiées dans ce livre, citons : Non réconciliées, Mémoire et Histoire d’Andrea Brazzoduro ; Définitions et méthodes d’approche des minorités sexuelles d’Erez Levon ; Notables juifs et noblesse urbaine chrétienne à Marseille au XIVème siècle de Juliette Sibon ; Juifs rapatriés d’Algérie, une minorité dans une minorité ? de Jacques Magen ; L’histoire des femmes, une histoire marginale de Glenda Gambus ; Etude comparative sur l’intégration des populations d’origine turque en France et en Australie d’Ekin Sentay ; Récits minoritaires et enseignement de l’histoire de l’esclavage de Sebastien Ledoux ; Sociohistoire contemporaine des musulmans des sociétés occidentales, mémoires, frontières, identités plurielles et communes de Rachid Id Yassine.
Le Manuel de l’intervention sociale et éducative au Grand-Duché de Luxembourg, publié par les Editions Saint Paul ( www.editions.lu ) apporte une vue d’ensemble sur les multiples champs d’action du secteur social, sur les conceptions, théories et méthodes qui sous-tendent en général et de façon spécifique le travail socio-éducatif dans les domaines majeurs et divers de l’intervention au Luxembourg, ainsi que les sur influences internationales qui s’y manifestent. Cette publication comporte des contributions en langue française, ainsi qu’en langue allemande.
Les psychanalystes ont toujours été soucieux de comprendre les ressorts inconscients de la réalité sociale et politique. Pour les premiers disciples de Freud, les névroses résultaient d’une société répressive dont il fallait modifier autant la morale que le système économique. Cette démarche obéissait, du temps de Freud, à un souci prophylactique. Il importait de transformer le monde et non plus de l’interpréter. Une telle conviction les a conduits, pour certains, à militer au sein d’organisations sociales ou politiques. Après l’avoir déserté, les psychanalystes réinvestissent aujourd’hui ce domaine dans le souci non pas de modifier les aspects du champ social considérés comme responsables du malaise psychique, mais de militer pour une conception du monde dont Freud avait pris soin de préciser que la psychanalyse devait se tenir éloignée. Le livre La psychanalyse française captive de la politique de Jacquy Chemouni a été publié dans la collection « Prétentaine » chez Beauchesne Editeur. (www.editions-beauchesne.com). Chez le même Editeur ont été publiés récemment : Faust, homme Renaissance de Jacques Le Rider et Bernard Pouderon ; Gabrielle Bossis, portrait, documents et témoignages de Lucia Barocchi ; Les châteaux du social de Samuel Boussion et Mathias Gardet ; Filles de Justice de Françoise Tetard et Claire Dumas.
« Il n’y a pas de sujets. Il n’y a qu’un sujet : celui qui écrit », disait Léon-Paul Fargue. Cette ambiguïté fonde, bien au-delà de la littérature, l’idée d’une « expérience esthétique ». Elle ouvre toutes les questions relatives au sujet (et aux sujets) de l’art. Envisagées tant du point de vue de l’œuvre que du point de vue de l’artiste, ces questions nous rejettent aux limites de la pensée esthétique, sur ces marges où se font et se défont aussi bien la stabilité de l’œuvre que l’individuation du créateur. Or il est remarquable que ces marges soient les lieux qu’explorent par prédilection les artistes. C’est dans la collection « Esthétiques hors cadre », dirigée par Christian Doumet, Michèle Lagny et Pierre Sorlin, que vient d’être publié l’ouvrage L’art sans sujet aux Presses Universitaires de Vincennes (www.puv-univ-paris8.fr). Les contributions publiées dans cet ouvrage sont : L’œuvre a-t-elle un sujet ? de Pierre Sorlin ; L’art, l’esthétique, la manière de Gérard Dessons ; L’œuf et la poule. Remarques sur le supposé hypokeimenon de l’expérience esthétique de Thierry de Duve ; Proust aux limites de la philosophie de Mauro Carbone ; Le sujet de l’art chez Deleuze de Réda Bensmaïa ; Un sujet sans images ? de Michel Costantini ; Précarité du sujet poétique de Jérôme Game ; Hors sujet ou, d’un objet enfin sans sujet de Marie-Claire Ropars. Chez le même Editeur : Déesses et paillassons, les grands nus de Picasso de Jacques Terrasa ; Baroque cinématographique, essai sur le cinéma de Raoul Ruiz de Richard Bégin ; Le temps d’une pensée, du montage à l’esthétique plurielle de Marie-Claire Ropars ; Des images dans l’Histoire de Marie-France Auzépy et Joël Cornette.
Michel Schroeder

