La voix permanente d’un poète
Raymond Schaack (1936 – 2025), passeur de mots, passeur de traditions …
Il aimait accueillir et il savait recevoir chaleureusement. Dans son jardin, il a cultivé toutes sortes de légumes rares, des dizaines de sortes de carottes, de tomates et d’autres légumes, dont certains oublié depuis longtemps, des légumes qui ne sont plus guère cultivés et encore moins proposés à la vente. Nous nous souviendrons de ces goûteux repas qu’il nous a préparés, avec à la base, toujours des légumes dont il était à même de dire les bienfaits, de décrire les saveurs, d’expliquer leur lente disparition des marchés. De nos jours on ne cultive plus que ce qui rapporte, le reste n’intéresse plus grand monde, aimait-il à préciser. Il en va de même de la poésie, on la lit peu, beaucoup trop peu, on écoule quelques dizaines d’exemplaires, les autres on les offre.
La poésie, mes amis, est un partage, bien plus qu’une vanité économique, disait-il. Il a été un homme érudit, généreux, dans bien des sens du terme. Son savoir était encyclopédique et il a toujours aimé le partager, avec ses amies et amis, avec ses élèves, à travers nombre de ses écrits.
Il a été professeur d’Histoire et de langue française au Lycée de Garçons d’Esch-sur-Alzette, ainsi qu’au Lycée de Garçons de Luxembourg. Ayant consacré son mémoire pédagogique à l’échec, c’est bien naturellement qu’il s’est également fortement impliqué dans l’enseignement du soir, destiné aux adultes.
Lorsqu’il a été président de l’Association des Professeurs de l’Enseignement secondaire et supérieur, il a organisé la première grève de fonctionnaires luxembourgeois contre l’état luxembourgeois.
On connait son amour profond du prochain. A maintes reprises, au cours de son existence, il est venu en aide financièrement à des personnes en difficulté. Il n’a jamais considéré cela comme un devoir, mais plutôt comme un acte naturel auquel chaque individu qui en a les moyens devrait contribuer.
Membre de la section des Arts et des Lettres de l’Institut grand-ducal. Il a publié dans de nombreuses revues et magazines.
De nombreux de ses recueils de poèmes ont été publié en langue française et allemande. Plusieurs volumes de ses « Kriminalgeschichten » (histoires criminelles), écrits avec son fils Luc Schaack, ont vu le jour. Avec son ami Pierre Schumacher il a publié un fort bel ouvrage sous le titre Voyage dans l’imaginaire. Il a également publié une trilogie autobiographique : « Eislécker Erënnerungen » ; « Stater Stëbs » ; « Studente, Spunten a Stagiären ».
Raymond Schaack possédait une impressionnante collection de près d’un millier de masques africains. Il connaissait l’histoire de chacun, l’histoire d’innombrables peuples et tribus de ce vaste continent.
Braises hivernales
On ressent, très vite, à la lecture d’un recueil de poèmes, si l’auteur est touché par la grâce, celle de pouvoir ébranler chez le lecteur l’émerveillement ou, plus simplement, une certaine communion d’expériences vécues ! Il faut pour cela un don pour l’expression poétique, c’est certain, mais, plus encore, une pensée pouvant mener à ce plaisir du texte, comme disait Roland Barthès.
Notre pays dispose, depuis quelques années, d’une collection de « pocket books » en fait de poésie qui a de quoi séduire presque infailliblement. Ce sont les Editions Phi (www.editionsphi.lu) qui publient cette magique collection qui a publié déjà 126 titres, parmi lesquels des écrivains du Luxembourg, tels que José Ensch ou Anise Koltz, mais aussi de la large francophonie, de France, du Canada, de Suisse et j’en passe.
Raymond Schaack partage avec son ami de toujours, Pierre Schumacher, la paternité de nombreux ouvrages dans sa spécialité, l’histoire, mais aussi la philosophie et les contes, par exemple.
C’est chez PHI, dans la collection Graphiti que vient d’être publié Braises hivernales, poèmes de Raymond, illustrations de Pierre Schumacher. Les thèmes abordés dans ce volume, touchent à la célébration des choses vécues, sans plus, mais élevées ici à un rare degré de contemplation quotidienne. Redisons encore à quel point les honneurs sont rendus, dans un langage simple, quelquefois érudit, mais dévoilant surtout ce goût intense de la vie, celui d’un bon vivant éclectique, dont l’optimisme est depuis longtemps une conquête de chaque jour.
L’an passé, a eu lieu au Centre National de Littérature de Mersch, une soirée sous le titre « 75 ans d’amitié, Raymond Schaack et Pierre Schumacher. Lors de cette soirée, guidée par une réflexion philosophique sur la vie, animée par Nathalie Jacoby, directrice du CNL, ont été évoqués les thèmes de l’amitié, du temps du lycée, de la mémoire. Celles et ceux qui ont assisté à cette soirée en ont gardé un grand moment de pur bonheur.
L’art et la poésie ont fait partie de leurs affinités communes et aujourd’hui c’est un réel plaisir de retrouver les derniers poèmes de l’un et les vibrantes illustrations de l’autre, réunies dans Braises hivernales.
