Kultur

Clairefontaine : « All you can wish for... »

Et autant pour les bons voeux de sa directrice Marita Reuter à tous les amateurs d’art et visiteurs de la Galerie Clairefontaine (1), qui nous présente cette fois une petite soixantaine d’oeuvres parfois exceptionnelles de quatorze artistes de tous les horizons. Citons dans l’ordre alphabétique Georg Baselitz, Joseph Beuys, Jörg Immendorff, Anselm Kiefer, Markus Lüpertz, A.R. Penck, Sigmar Polke, Joe Allen, Andrés Lejona, Tung-Wen Margue, Michel Medinger, Max Mertens, Max Neumann et Roland Schauls. Peintres, photographes, graveurs, dessinateurs, sculpteurs et parfois tout cela à la fois, excusez du peu ! Et même si tous les travaux exposés ne suscitent pas mon enthousiasme, l’exposition « All you can wish for... » contient suffisamment de perles pour qu’elle vaille la plongée dans les deux espaces de la galerie. Une telle collection de talents ne me permet pas, bien entendu, de m’arrêter sur chacun d’eux comme il le mériterait, voire, parfois, comme il semble moins le mériter. Tout ce que je puis donc vous offrir dans ce cadre, amis lecteurs, est un bref survol de cet intéressant assortiment de fin d’année.

Nous commençons notre visite par l’« espace 1 », place Clairefontaine, qui s’ouvre à nous dans la joie et l’humour. C’est tout d’abord Markus Lüpertz qui nous accueille avec ses étranges sculptures hyper-expressionnistes qui me rappellent vaguement, en trois dimensions, en plus dur, mais aussi en plus caricatural, la peinture psychanalytique de Marlis Albrecht. Remarquable : le couple de manchots Mozart–Salieri... Lüpertz les verrait-ils partants de concert pour un concerto de clavecin à deux mains ? Très intéressants également et d’une beauté certaine : les tableaux d’Anselm Kiefer, des techniques mixtes, où l’artiste harmonise peinture, photomontage et collage avec maestria et un goût exquis. Son « A.E.I.O.U… » (ne me demandez pas ce que signifie cet alignement des cinq voyelles) est extraordinaire. Quant à Jörg Immendorff, son humour et son savoir-faire nous font déjà sourire devant son « Fortuna », tout comme sa sculpture « Selbstportrait » et son dessin « Zeichnung Selbstportrait ». Nous le retrouverons d’ailleurs, ainsi que Markus Lüpertz, dans l’« espace 2 ». Suivent les travaux de Georg Baselitz, A.R. Penck, et Max Neumann pas vraiment au mieux de leur forme, ainsi que neuf remarquables portraits historiques de Roland Schauls, bien dans la ligne de son formidable opus « The Portrait Society ». (2)

Dans l’« espace 2 », rue du St-Esprit revoilà en effet notre vieille connaissance Roland Schauls avec un tableau ou, plutôt, un polyptique de neuf portraits de Francisco Pacheco, le maître et beau-père de Velázquez : une splendeur ! C’est également ici que nous retrouvons Markus Lüpertz et ses statuettes, ainsi que d’autres ouvres d’Immendorff, dont un intéressant imprimé sur toile monochrome (prétendument en 13 couleurs !?), un splendide Max Neumann, qui nous console de l’oeuvre mineure présentée l’« espace 1 » et une gravure pas trop attrayante de Georg Baselitz. Toujours dans l’« espace 2 » nous découvrons une magnifique photographie portrait (frottée avec des plantes des Caraïbes) de Leo Matiz (3) par Andrés Lejona. Autre découverte : une série de travaux photographiques de Sigmar Polke. Tout ne m’emballe pas chez lui, mais j’ai été littéralement bouleversé par sa photographie argentique du vieux violoniste, qui captive un cercle de badauds, de la série « Kölner Bettler » (mendiants de Cologne). Son émouvante dramaturgie est un coup de génie à faire bondir d’admiration Cartier-Bresson lui-même dans sa tombe de Montjustin.

De nouveau dans le registre de l’humour : une série de photocompositions iconoclastes du genre hyperréaliste pop cher à Michel Medinger, associe la vierge au corned beef, le Christ au caviar, Barbie à Bernadette Soubirous et j’en passe et des meilleures. Mentionnons encore « Dezibal » et « Konsumritter », les deux formidables sculptures en bronze de la surréaliste Csilla Kudor, qui, outre une exécution d’une grande beauté, défendent, elles aussi, leur caractère finement humoristique. La présence de Tung-Wen Margue et Joe Allen, deux par ailleurs remarquables artistes, dont je vous ai déjà parlé par le passé dans ces colonnes, n’apporte cette fois à mon avis pas trop à l’exposition. Mais ce sera à vous de juger. La présence de l’artiste Joseph Beuys est par contre remarquable, grâce à sa sérigraphie « Für Blinky », mais surtout à sa photo « Andy Warhol/Joseph Beuys/Lucio Amelio, Napoli 1980 » (4), où l’artiste (mégalomane ou/et humoriste ?) semble s’être représenté en lion.

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1) L’exposition « All you can wish for... » peut être visitée jusqu’au 22 janvier 2011 dans l’espace 1, 7 place Clairefontaine, ainsi que dans l’espace 2, 21 rue du St-Esprit, à deux pas de la place Clairefontaine mardi à vendredi de 14,30 à 18,30 h et samedi de 10 à 12 et de 14 à 17 h.

2) Présentation de ce chef-d’œuvre sur www.galerie-clairefontaine.lu/.../index3. htm dont je parle aussi dans mon article du 8.10.2010, « Roland Schauls : Pet Shop chez Clairefontaine » dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek, en ligne sur www.zlv. lu/spip/spip.php ?article3621

3) Leo Matiz : Très grand artiste photographe colombien (1917-1998)

4) Lucio Amelio : fondateur de la Modern Art Agency de Naples, décédé en 1994

Giulio-Enrico Pisani