Un symbole de la capitulation des politiciens face aux forces de l'argent
Les groupes sidérurgiques tels qu'ArcelorMittal et, auparavant, ARBED, ne sont pas tenus de servir les intérêts nationaux ni ceux des sidérurgistes, mais uniquement ceux de leurs propriétaires. Leur seul objectif : créer la plus grande valeur ajoutée possible pour les actionnaires. Toutes les autres considérations sont secondaires.
En conséquence, seuls les investissements promettant le plus grand profit possible à court terme pour les actionnaires ont été réalisés. Des secteurs de production entiers ont été délocalisés sans ménagement vers des pays où l'on espérait des taux de profit plus élevés, et grâce à l'exportation de capitaux, de nouvelles aciéries ont été créées dans des pays où les matières premières étaient moins chères et les salaires plus bas.
Le Luxembourg est un bon exemple des conséquences de cette évolution dans le secteur sidérurgique. Alors que l'ARBED a massivement encouragé l'exportation de capitaux dans les années 1960 et 1970, sans que cela soit interdit par la loi, comme le réclamaient les communistes, le groupe sidérurgique a négligé d'investir suffisamment dans les hauts fourneaux, les aciéries et les laminoirs locaux, ainsi que dans les entreprises de transformation de l'acier.
Cela a eu pour conséquence la fermeture de nombreux départements de production. En 1977, c'est même toute une usine sidérurgique – Terre Rouge à Esch-sur-Alzette – qui a été fermée. Plus de 20 000 emplois ont été supprimés par étapes, ce que l'État luxembourgeois et les partis CSV (chrétien-social), DP (libéral) et LSAP (social-démocrate) qui se disent »piliers de l’Etat«, ont accompagné de centaines de millions d'euros provenant des impôts.
L'alternative qui aurait pu empêcher le démantèlement des aciéries aurait été la nationalisation de l'ARBED, proposée par le KPL et soutenue par des milliers de sidérurgistes, mais rejetée par tous les autres partis politiques et les dirigeants syndicaux de l'époque.
Le démantèlement s'est poursuivi avec la mauvaise décision stratégique imposée par les spéculateurs financiers à la tête de l'ARBED d'abandonner la technologie des hauts fourneaux au profit des aciéries électriques, ainsi qu'avec le rachat des sites sidérurgiques par le négociant en acier indien Mittal, qui a fermé l'usine de Schifflange parce qu'elle ne rapportait « pas assez » de profits. Cette casse est loin d'être terminée, comme le montre clairement l'intention du groupe de délocaliser une partie des 3 200 emplois restants vers des pays à bas salaires.
Cela ne concerne d’ailleurs pas seulement le Luxembourg, mais aussi d'autres pays européens, dont la France. Afin de mettre un terme à l'hémorragie qui touche depuis longtemps la sidérurgie, les partis de gauche ont récemment inscrit à leur ordre du jour la nationalisation d'ArcelorMittal.
Selon la sénatrice communiste Cécile Cukierman, des millions d'euros ont été versés dans les poches des actionnaires au lieu d'être utilisés pour empêcher la désindustrialisation, et la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a averti que « sans la nationalisation d'ArcelorMittal, il n'y aura plus d'acier français ni européen ».
Sophie Binot a qualifié le refus du gouvernement français et des partis de droite de faire passer les intérêts du pays et des sidérurgistes avant ceux des capitalistes de « symbole de la démission des responsables politiques face aux forces de l'argent ».
Cela ne vaut pas seulement pour la France.

