Kultur

La Galerie présente Nathalie Zlatnik

ou... la géniale nonchalance

Née le 15 mai 1958 à Munich, Nathalie Zlatnik vit et travaille comme artiste indépendante à Luxembourg et... ailleurs. Elle a étudié à l’Ecole des Arts et Métiers de Paris, ainsi qu’à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Vienne, dont elle est diplômée en 1987 (Magister Artium). Mais elle commence à exposer bien plus tôt et on la voit déjà à partir de 1976 à la Biennale des Jeunes Artistes de Longwy : Eglise de Mont St.Martin ; puis à Paris : l’ARC, Musée d’Art Moderne ; à Aix/Provence : Maison des Jeunes, à Vienne : Wiener Festwochen, Galerie WUK, Feminale et Galerie Trabant ; à Innsbruck : Innrain 17, à Stuttgart : Galerie Am Turm, à Bruxelles : Galerie Philomène, à Chicago : Reverse Angels. Tout cela n’empêche pas qu’on la retrouve souvent tout près de chez nous. Près de chez vous donc, à Luxembourg, au Cercle Municipal, à la Rotonde, à la Villa Vauban, à la Maison Raville, au Centre Culturel Français, au Théâtre des Capucins, au Konschthaus « beim Engel » avec le CAL (Cercle Artistique Luxembourgeois), au Plateau du St Esprit (ascenseur), etc., etc. et enfin, aujourd’hui, à Luxembourg gare.
En effet, si vous passez à Luxembourg, place de la gare, en ce dixième mois de décembre du troisième millénaire, n’oubliez pas de célébrer l’historicité du moment en empruntant le passage qui côtoie l’hôtel Alfa et conduit à La Galerie(1), où vous attend Nathalie Zlatnik. Et même si vous ne l’y trouvez pas en chair et en os, sa représentation sous forme d’autoportrait vous accueillera tout aussi mystérieusement depuis la vitrine, d’où elle vous invitera sans aucun doute à aller apprécier ses autres travaux dans la salle d’exposition. L’expression énigmatique de la jeune femme du tableau dans la devanture rend d’ailleurs l’invitation de cette artiste passablement rebelle – litote – d’autant plus précieuse, qu’elle vous rajeunit du même coup de quelques lustres. Et cette impression de jouvence vous saisira davantage encore en pénétrant dans La Galerie, où vous découvrirez des toiles dessinées, gribouillées ou peintes (ou tout cela ensemble) avec une incroyable jeunesse d’esprit et ce, tout à la fois avec fureur et nonchalance.

La nonchalance de Nathalie Zlatnik tient sans doute de l’artiste chevronnée qui a tout connu, tout essayé, en a vu de toutes les couleurs et qui ne prend pas grand-chose excessivement au sérieux, à commencer par elle-même... du moins en apparence. Car d’autres autoportraits vous attendent à l’intérieur de la galerie, auxquels s’ajoute cette fureur, mentionnée plus haut, d’une artiste qui, n’étant encore parvenue à se déchiffrer entièrement elle-même, n’arrive pas à vraiment s’aimer. « Je n’aime pas ce que je ne connais pas », confia-t-elle en effet lors d’une interview à Paca Rimbau Hernández de l’hebdomadaire WOXX.(2) Oh combien est-il difficile de bien se connaître, quand on se met en porte-à-faux par rapport aux conventions, peint tout de même du conventionnel, mais sans y mettre toute sa conviction ! Savoir ce que l’on voudrait, ne signifie pas nécessairement faire ce que l’on veut, ni moins encore savoir qui l’on est. J’ai dès lors comme l’impression que, à côté de sa rage contre elle-même et sous sa désinvolture (ou légèreté) d’exécution, Nathalie Zlatnik boude, voire râle, de ne pouvoir se lâcher comme elle le voudrait.

Ne nous écartons toutefois pas trop et revenons-en à la présentation de l’expo elle-même. Ce qui frappe d’emblée, c’est son style extrêmement dépouillé et des couleurs qui, sollicitées ci et là à divers degrés, restent cependant dominées par le dessin ou, plutôt, le croquis. « Si elle le pouvait, » nous donne à lire Claude Truchi, le directeur de La Galerie, dans sa présentation, « elle nous livrerait des toiles blanches, tant sa volonté est de nous faire réfléchir sur la nature profonde de nos émotions. « Toiles blanches » ? N’est-ce pas là une idée à la limite de la ligne ? » Un peu comme certain tableau de Cy Twombly ? Quitte à risquer que les visiteuses de passage y impriment leurs lèvres à la manière de Rindy Sam ?(3)

Mais non, elles sont bien figuratives et loin d’être tout à fait blanches, les toiles de Nathalie, pas plus d’ailleurs que la plupart des abstractions de Twombly. Outre les quatre excellentes toiles – « Autoportrait » (en vitrine), « Andy Warhol », « Lady Gaga » et « My Favorit » – on découvre une exquise sérigraphie, “Tamara de Lempicka“, inspirée d’un célèbre autoportrait de cette artiste.(4) Mais si les autres toiles n’éveillent pas chez moi un enthousiasme particulier, ce n’est pas pour cela qu’elles ne peuvent pas vous enchanter, vous, amis lecteurs. Aussi, ne puis que répéter ici, ce que j’affirme souvent : c’est que des goûts et des couleurs, chacun possède sa propre palette et que l’existence serait bien terne si on voulait tout uniformiser. Il est par ailleurs important de noter que, afin de ne pas surcharger l’espace d’exposition, tous les tableaux de Nathalie n’ont pas rejoint leurs cimaises. N’hésitez donc pas à demander à Claude Truchi de vous montrer également les toiles qui ne sont pas suspendues et parmi lesquelles vous pourriez bien découvrir l’un ou l’autre petit trésor.

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1) La Galerie, 10-16 place de la Gare, L-1616 Luxembourg, tel 269 570 70, (Passage Alfa, en face de la gare), expo Nathalie Zlatnik jusqu’au 30 décembre – lundi à vendredi 14-18,30 h, samedi 14-18 h.

2) WOXX Nr 645 – 14.6.2002.

3) Liberté « artistique ? » qui risque de coûter très cher. Voir notamment sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Cy_Twombly

4) Tamara de Lempicka, Varsovie 1898, - Cuernavaca (Mexique) 1980, la plus célèbre peintre polonaise de la période Art déco. (Wikipedia).

Giulio-Enrico Pisani