Kultur

Hilly Kessler : « Viva la Diva » chez Miltgen

Étrange titre, que ce « Vive la Star » dont Hilly Kessler, l’une de nos plus brillantes découvertes artistiques de l’année passée, intitule sa nouvelle exposition toute féminine à la Galerie d’art Michel Miltgen.(1) En effet, ce n’est pas les femmes aux allures fatales ou séduisantes, bas-bleu ou séductrices, qui y manquent cette année, avec leurs multiples visages, caractères, facettes, expressions et coups d’oeil charmeurs, froids, doux, en coulisse ou ironiques et j’en passe. Si toutes sont cependant aussi superbes que superbement peintes, toutes ne sont pas des dive ou des stars. Ce sont des vraies femmes ; pourraient à la limite être, malgré leur dissemblance, une seule et même femme, saisie par l’artiste à différents moments, « flashées » dans différentes situations, peintes sous différents angles. Et si la diva, la star montante, celle de la peinture luxembourgeoise, n’était autre qu’Hilly Kessler elle-même ?

Certes, j’avais déjà beaucoup apprécié son talent l’année passée, lorsqu’elle présenta son expo « Rotkäppchen », « Petit chaperon rouge », que je recensai dans mon article du 18.11.2009 dans notre bonne vieille Zeitung. Cependant, le sujet quelque peu uniforme de l’exposition – des femmes en bonnet (de bain) rouge – où les différences se mesuraient peut-être davantage dans le corporel, le mouvement et la mise en scène que dans la palette des caractères, m’avait fait craindre quelque tendance à la spécialisation. Eh bien non ! Cette fois le charme de tableaux exposés m’a saisi dès le premier regard. Emporté, devrais-je ajouter. La diversité, la finesse et le mystère qui rayonne de ces corps, de ces visages, de ces postures le plus souvent nonchalantes et subtilement souveraines m’a séduit sans réserve. Et il ne fait pour moi aucun doute, qu’il en ira de même pour vous, amis lecteurs.

Et qui serait mieux placé pour connaître les femmes, que le docteur Hilly Kessler, gynécologue et obstétricienne de son état, mais aussi peintre depuis... J’allais dire toujours, mais ce n’est pas tout à fait exact ; car si la muse de la peinture se tint sans doute près d’elle quasiment ab ovo, jusqu’aux pommes le chemin fut encore long et, pour le moins, atypique. Et ce parcours, je vous le rappelle en quelques mots, puisque nombre d’entre vous n’a sans doute pas lu mon précédent article, ou, l’ayant lu, ne se souvient pas nécessairement que, née en 1959 à Würzburg, Hilly Kessler est portée dès son plus jeune âge vers le dessin et la représentation imagée. Elle eût pu certes se livrer d’emblée à sa passion de l’art pictural, mais voulant sans doute concilier ce qui au départ n’était qu’inclination avec sa sécurité future, elle commence d’abord par suivre une formation de dessinatrice en génie mécanique.

Diplômée en 1979 (Fachabitur für Technik mit Facharbeiterbrief zur technischen Zeichnerin für Maschinenbau), la voilà rassurée quant au beurre de ses épinards. Mais sans doute pas vraiment comblée ; et la raison raisonnable une fois satisfaite, elle décide de se tourner vers ses deux grands amours : l’art et.... la médecine. Elle passe donc son baccalauréat au Graf (Friedrich) Spee Kolleg de Neuss et imprime à son existence un tournant binômique décisif. Et ce surprenant changement de route consistera à entreprendre en 1989 des études de médecine à Aix-la-Chapelle, spécialisation en gynécologie et obstétrique. Suit jusqu’à en 1997 une période de quasi-bohème, où elle continue à peindre et à vendre ses toiles (dans une caravane, me confie Michel Miltgen) pour payer sa médecine. À aucun moment elle ne songe en effet à renoncer à la peinture et poursuit sa formation artistique à côté de ses études, notamment dans le nu, auprès de diverses académies en Allemagne, en Italie (influence évidente) et au Luxembourg, où elle s’établit à la fin de ses études en 1997.

D’abord employée à la maternité du Centre Hospitalier de Luxembourg, elle possède aujourd’hui depuis onze ans son propre cabinet et, si la gynécologie a pris de plus en plus d’importance dans sa vie et a dépassé le stade de la profession pour devenir un véritable engagement, dessin et peinture ne se laissent pas oublier pour autant. Sans compter que sa formation mécanique initiale et son don pour le travail manuel lui facilitent la vie aussi bien dans son cabinet médical que dans son atelier, où elle fabrique et assemble quasiment tout elle-même.

Sa peinture – acrylique, huile, pastel, gouache et craie, souvent mélangés – Hilly Kessler ne l’applique pas que sur des toiles « conventionnelles », mais aussi sur toutes sortes d’autres supports, comme le carton, de vieux draps ou du bois. Et si elle présente parfois ses oeuvres à l’état, disons, brut, d’autres fois, elle les encadre elle-même, très sobrement ou dans de beaux cadres anciens qu’elle restaure artistement. C’est que cette artiste peintre surdouée ne pratique pas son hobby en dilettante, mais avec une application toute professionnelle : violon d’Ingres certes, mais dans la cour des grands… solistes.

J’écrivis dans mon précédent article que tout en ondoyant de manière très personnelle entre romantisme et expressionnisme, la peinture de Hilly Kessler possédait à la fois l’épaisseur chromatique de Joseph Kutter ou d’Edward Munch et les envolées poétiques d’un Modigliani. Mais aussi que sa peinture était parfaitement atypique, puisant son inspiration autant dans l’observation de l’éternel féminin, que dans les tréfonds de la nature subconsciente de l’artiste. Je n’avais toutefois pas encore été frappé – c’est bien plus apparent dans cette exposition – par une influence, non dominante, mais certaine, de la Renaissance italienne sur ses portraits. Femme de deux grandes passions, Hilly les cultive, tout comme l’acquis des maîtres, en joue, mais ne s’y soumet pas. Les passions ont-elles tendance à dominer ceux dont elles s’emparent ? Souvent, oui, mais pas notre médecin peintre, qui, pour en revenir au titre de cette exposition, électrise, Diva souriante et sereine, la salle, ses modèles et ses spectateurs des mille facettes découvertes et projetées par sa propre sensibilité féminine.

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1) Galerie d’Art Michel Miltgen, 32 rue Beaumont, Luxembourg centre, Tel :(+352) 2626 2020. Ouvert lundi 14-18 h / mardi-vendredi 10-12,30 h & 14-18 h / samedi 9,30-12,30 h & 14-18 h.- Expo Hilly Kessler, jusqu’au 24 décembre.