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    »REDONDO«

    Albert Edon, Lino Galvão, Adriana Woll et ...

    Oui, c’est bien chez l’Ange, donc beim Engel(1), dans vieille ville de Luxembourg, au n°1 rue de la Loge, que j’ai découvert ces trois artistes, qui ont en commun d’habiter « ailleurs » que dans leur patrie et de s’être accordés sur le titre de l’exposition : »redondo« , déjà annoncée (en allemand) dans notre Zeitung du 3 février.
    Mais au vu de la qualité exceptionnelle des trois créateurs et de leurs contributions, cet évènement mérite mieux qu’un communiqué de presse... à commencer par les dames... donc, par

    Adriana Woll.

    Née en 1972 à Sao Paulo au Brésil, Adriana vit aujourd’hui à Sarrebruck. Son style de peinture, le »re-tropicalismo« , se réfère autant au mouvement artistique (tout d’abord musical) des années 60, le »tropicalismo« , qu’à son évolution vers et à l’aube du 21e siècle.(2) Le matériau – toile, carton, papier ou plexiglas – est pour elle aussi important que les couleurs »psychédéliques« et les formes abstraites où domine l’arrondi et l’onirique. Magique ! Mais ce n’est pas tout. Contrairement à la majorité des artistes contemporains qui n’accordent guère d’importance aux titres, Adriana considère leurs brefs textes comme faisant partie de l’oeuvre. Allez donc découvrir sur son site www.adrianawoll.cjb.net, amis lecteurs, sa stupéfiante sarabande de chants polychromes et de paroles chantantes !

    Je pense à »Dor no corpo, dor na alma« (peine au corps, peine dans l’âme), ou »Cuidado, eles sao perigosos e estao armados« (prends garde, ils sont dangereux et armés), ou »Salve a Amazonia, nao coma churrasco hoje !« (Sauvez l’Amazonie, ne mangez pas de viande au barbecue aujourd’hui). En prise avec la vie, notre artiste, avec la vie trépidante des grandes villes et des petites gens, l’âme des favelas, des gratte-ciels et des forêts, l’âme des femmes et des hommes, grands et petits, adultes et enfants, tant au Brésil que chez nous, dans la Grande Région ! Déjà en 2006, elle organisait l’expo collective »Brazil meets SaarLorLux« à la Galerie Liel, Saarbrücken.

    L’idée de »Redondo« est née à Brasilia, en juin 2008, où parvint à Adriana une invitation du »Konschthaus beim Engel« . Elle contacta dès lors l’Instituto Camoes à Luxembourg, avec lequel elle organisait des ateliers pour enfants lusophones, ainsi que Lino Galvão, artiste portugais vivant au Grand-duché et le peintre luxembourgeois Albert Edon, qui vit et travaille en Belgique depuis plus de vingt ans. Point commun : la rondeur des motifs : Adriana les ondes, Lino les disques et Albert les natures mortes. « Redondo » est né. Mais l’acteur surprise, ou plutôt les acteurs surprise de cette expo extraordinaire sont

    ... des enfants

    de 1ère, 2e, 3e, 4e et 5e de l’École Européenne, dont nous découvrons une sélection d’oeuvres abstraites nées de l’atelier dirigé par Adriana Woll. Inutile de dire que ces petits chef-d’oeuvres expriment non seulement le talent des très jeunes artistes, mais reflètent également le regard et le savoir-faire de leur maîtresse d’atelier. Mais il est temps que je vous présente

    Albert Edon.

    Né à Luxembourg en 1959, Albert a entamé des études d’instituteur et a enseigné deux ans, avant d’aller en 1982 étudier Sciences sociales à l’ULB, où il a obtenu sa licence. De nouveau enseignant en 1987 à 1998 à l’Ecole européenne de Bruxelles-Uccle il en démissionne en 1998 pour se consacrer entièrement à l’art. Devenues passion avant de les affiner par de nombreux stages en Angleterre, en France et en Belgique, ainsi que par des cours en académie ou individuels, la peinture puis la sculpture, il les perfectionne, confie-t-il sur son site www.albertedon.be/page_template.php, »... par une pratique régulière dans son atelier à la recherche inlassable d’un idéal inaccessible« .
    Sa peinture, d’abord (1994 -97) influencée par un certain réalisme industriel et architectural, s’étale sur des tableaux format »paysage« assez classiques. En 1997-98 il »découvre« (?) le format bandes verticales, qu’il réunit en triptyques, où les sujets font tendre, par juxtaposition et effet miroir, l’ensemble vers l’abstrait. Suit l’année des banderoles individuelles puis, après une longue pause, celle de la sculpture, dont il nous présente aujourd’hui quelques bronzes d’une facture assez classique et d’une rare beauté. 2007 voit son retour à la peinture. »... après une longue période de deuil« , écrit-il, »cela fut comme une explosion d’émotions et de couleurs. Les premières oeuvres contenaient, telles des vanités, des références (...) à la mort. Celles-ci ont vite laissé la place à une joie retrouvée de vivre et de peindre (…) j’essaie de réaliser par la peinture ce qui dans la vie n’est justement pas possible, à savoir le rêve de Faust : garder présent un moment de beauté et de bonheur« . Et voilà qui nous donne de splendides tableaux format bande verticale, où éclatent des fragments de nature... morte ? Certainement pas ; plutôt domptée, présentée pour et par l’homme tout en formes et couleurs d’un réalisme saisissant.

    Lino Galvão,

    notre troisième artiste est né en 1961 à Soure, au Portugal, vit aujourd’hui au Grand-duché, a fréquenté en 1982-83 l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Nancy et de 1983 à 87 l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts à Paris. Il a pratiqué de 1988 à 1994 à l’Atelier Gibraltar (Communauté d’artistes) et de 1998 - 2000 à l’Atelier Schleifmillen. Depuis 2005 il crée et travaille dans son Atelier à Levelange. Parlons-en de son travail hors normes ! Les »tableaux« ou « sculptures » de Lino Galvão sont des disques dessinés, peints, gravés (?), assemblés avec un goût exquis et un art consommé, où l’on retrouve la spiritualité des illustrations de poteries antiques, l’art des fresques de la pré-renaissance et les techniques mécaniques modernes.
    Sur son site www.linogalvão.com/ je lis notamment : »... le travail de Lino Galvão est basé sur le cercle, leitmotiv de ses créations. Galvão nomme ses oeuvres « les machines à voyager dans le temps ». Elles sont à mi-chemin entre la sculpture et la peinture. De face, un cercle découpé en (couronnes) qui tournent à des vitesses différentes dans le même sens. Si le spectateur tente de contourner l’oeuvre, il aperçoit le mécanisme vissé au mur qui entraîne de ses rouages les différents disques. La peinture voyage ainsi dans l’espace et dans le temps, puisqu’il y a mouvement et attente devant une image jamais statique. (...) Quand il crée ses peintures, qui sont aussi par leurs mécaniques une sculpture, il a le sens de plusieurs dimensions...« . Que vous dire de plus, amis lecteurs ? Courez vite voir ! L’expo ne dure que jusqu’au 14 février.

    ***

    1) Le Konschthaus beim Engel est ouvert mardi à dimanche de 10 – 12 et de 13 – 19 h.

    2) Le tropicalisme ou tropicalia est un mouvement culturel apparu au Brésil en 1967. Ce courant a synthétisé divers courants sonores et lancé l’idée d’une musique universelle. Les tropicalistes contestaient le nationalisme et la musique populaire brésilienne de l’époque. Ils ont adapté le psychédélisme et le courant hippie à la réalité brésilienne.

    Giulio-Enrico Pisani

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    Après le deuil, la fête !

    José Ensch : invitation à la pérennité

    Prémonition ou ondes télépathiques ? Va savoir ce que José put m’envoyer en ce mois de mai 2006, lorsque je m’apprêtais à vous présenter dans notre Zeitung, amis lecteurs, ses »Prédelles pour un tableau à venir« qui venaient de sortir dans la »Collection 99« des Éditions Estuaires ! M’inspira-t-elle les mots : »Ils n’étaient pas trop nombreux, à suivre en 2002 le convoi censé amener Estuaires, décédée dans la fleur de l’âge – 16 ans, n’est-ce pas malheureux, ma bonne Dame ! – au cimetière des poètes disparus. Seul une toute petite partie du monde entier pleurait ; et même ces rares affligés, bien avares de leur soutien du vivant de... la revue, ne se fendaient souvent que d’une larme de crocodile« ? (1)

    Comment eus-je alors su, qu’en disant »Estuaires« je pressentais »Source« et sa brève éclipse suivie d’une résurgence qui allait faire fi du temps : José Ensch ! Et comment me serais-je douté deux ans plus tard, qu’avec son recueil »L’aiguille aveugle« les dés étaient jetés. (2) Modeste prosateur, j’ignorais encore que la poésie est immortelle. Ma tristesse bornée me fit croire à l’irréversible, et mes mots la reflétèrent : »On n’arrive pas encore à vraiment croire qu’elle nous ait quitté, José »Je me vois encore courir (...) par les rues (...) après qu’à des milliers de kilomètres d’ici des amis communs m’eussent prévenu, paniqués, ne plus avoir de ses nouvelles. Son téléphone restait muet, et pour cause. On était début février de cette année 2008. Et je la vois encore me dédicacer dix ans plus tôt son »Dans les cages du vent« qu’elle m’avait offert avec son bon sourire discret et ses mots sobres, modestes, exquis : »à Giulio, confrère en poésie, avec l’amitié de José Ensch« . D’autant plus généreuse, qu’à l’époque, en 1998, je commençais à peine à être publié !« 

    Et cela n’a pas cessé : sa générosité modeste et son génie discret nous la gardent, José, sa poésie, sempervirente, toujours présente. Alors, lorsqu’un an et deux jours après son crochet par l’Olympe des poètes s’ouvrira...

    vendredi 6 février 2009 à 19 h.
    Sous le haut patronage de Madame Octavie Modert,
    Secrétaire d’État à la culture, à l’Enseignement supérieur et
    à la Recherche, au Centre Culturel
    de Rencontre de l’Abbaye de Neumünster, (3)
    la soirée d’hommage à José Ensch,

    il est hors de question, que nous considérions cette manifestation, comme étant purement évocatoire. J’exclus d’y voir la célébration d’un deuil préliminaire à l’oubli, sorte d’artificieux »in memoriam« tourné vers le regret et le passé. Jamais plus qu’aujourd’hui, en effet, celle que nous pouvons considérer avec fierté comme notre poétesse nationale, poétesse dont le rayonnement dépassa les frontières du Luxembourg, jamais n’aura-t-elle été davantage parmi nous qu’en ce jour, où ses amis, camarades, collègues, confrères et consoeurs viendront assister à la présentation de deux livres, voire les présenter. L’un sera le recueil
     »Les façades« , (4) qui réunit les poèmes de José Ensch, écrits entre septembre 2007 et janvier 2008, préface : Michèle Nosbaum

    José Ensch nous y confie notamment avec des mots tout simples mais à l’interaction subtile, harmonieuse, car longuement recherchée, qu’ »...Il a gravé son deuil sur une pierre/mais il ne s’est pas effondré/stèle lui-même/défiant la mort/celle qui n’existe pas« , ou, ailleurs : »Ciel couché, ciel debout/et danse l’enfant/paré des bijoux de la morte...« . Songeait-elle en écrivant ces vers à cette mort que les poètes ne connaissent pas ?

    De son côté, comme pour confirmer cette pensée, Michèle Nosbaum nous offre dans sa préface en un raccourci poétique d’une beauté saisissante une instantanée unique : »... José, assise dans le soleil du matin, semble regarder vers un ailleurs dont elle a naguère déjà parlé. Ou bien est-ce l’ailleurs qui vient à elle ?« 

    Mais outre l’apport inestimable de ces poèmes, sur lesquels je reviendrai dans un article ultérieur, la »sempervirence« de l’oeuvre de José sera également assurée par un ami de longue date de la poétesse,
    Jalel el Gharbi, (5) qui présentera son dernier ouvrage,
     »José Ensch : Glossaire d’une œuvre. De l’amande... au vin.« (6) illustré par Iva Mrázková

    L’auteur, qui a réalisé ce glossaire »sous le regard« (ce sont ses propres mots) de la poétesse, nous confie dans son avant-propos : « Au rythme des ajouts, ce glossaire aura changé de nom, il aura mué. Je lui donne ici le titre dans la version qu’aura connue la poétesse : José Ensch : De l’amande au vin. Depuis, l’amande est devenue abeille... ». Ensuite El Gharbi pose et se pose la question : »D’où viennent les abeilles qui hantent l’oeuvre de José Ensch ? (...) l’abeille serait une hésitation entre ciel et terre (...) L’abeille est, comme le veulent maintes traditions, allégorie de l’âme« .

    Mais l’âme d’un poète, qu’est-elle d’autre que sa poésie !? Un peu plus loin l’auteur précise : »L’hommage rendu à l’abeille est signe de vénération de tout cela qui est humble. (...) le propre de tout être est d’aller au-delà de ses limites. A l’instar de l’univers poétique de José Ensch, l’abeille semble abhorrer par-dessus tout les quadratures, les limites et les frontières. (...) L’abeille planant au-dessus des océans dit que nous ne sommes pas enfermés dans les limites que nous impose notre être au monde. Un dépassement, une transcendance poétiques sont possibles.« 

    Permettez-moi encore de flasher dans le glossaire d’El Gharbi le mot DANSE (qu’illustre si élégamment l’artiste Iva Mrázková), dont il présente très poétiquement toute la poétique. »La danse qu’évoque la poésie de José Ensch se caractérise par sa portée cosmique en ce sens qu’elle engage tous les éléments, toutes les dimensions de l’être, tout l’univers...« , suggère-t-il, et il illustre ses paroles par ces vers de José Ensch : »ces chemins vers les puits couchés sans retour/aux allures d’or et d’acier alterné/comme les cadences dans les battements d’ailes/du danseur...« 

    Tout comme la poétesse dans sa conception, l’auteur va naturellement bien au-delà de ces phrases pour illustrer le mot DANSE, parmi tant d’autres qui font flamboyer la poésie enschienne. Mais tout comme pour les deux extrêmes du présent pont lexical, cette AMANDE et ce VIN dont il est question dans le sous-titre, en fait comme pour tout le reste de la présentation, il faudra bien vous déplacer, amis lecteurs, et venir honorer de votre présence cette poétesse qui n’a disparu que pour ceux qui ne la connaissent pas.

    Rappelons également qu’à l’occasion de cette soirée, la salle A 22 de l’Abbaye sera baptisée du nom de la poétesse. Claude Frisoni lira des poèmes de José Ensch. Barbara Geiser (flûte), Judith Lecuit (violoncelle), Véronique Nosbaum (chant) et Romain Nosbaum (piano), assureront l’encadrement musical. Et, cerise sur le gâteau : un vin d’honneur clôturera la soirée. L’entrée est, bien sûr, libre.

    *****

    1) mon article dans la Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 24.5.2006

    2) mon article dans la Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 5.6.2008

    3) Centre Culturel de Rencontre Abbaye de Neumünster, 28 rue Münster, L-2160 Luxembourg, tel. 262052.1

    4) paru dans la nouvelle collection « hors-série » des éditions Estuaires. Prix de souscription 15,- EUR au CCPL d’Estuaires IBAN LU90 1111 0047 4589 0000

    5) Jalel El-Gharbi enseigne à l’université de La Manouba-Tunis. Critique, poète, poétologue et essayiste, il a déjà participé, tout comme Michèle Nosbaum, Claude Bommertz, Jean-Luc Fatello, Germaine Goetzinger, Cary Greisch, Emile Hemmen, Gaspard Hons, Nik Klecker, Anise Koltz, Colette Mart, Marie-Paule Schroeder, Pit Schumacher et Josée Zeimes à la soirée d’hommage »Regard sur Regard – José Ensch 1942-2008« le 5 juin 2008 au Centre national de littérature (Maison Servais) à Mersch.

    6) Éditions de l’Institut Grand-ducal, section des Arts et des Lettres, diffusion/distribution mediArt, 31 Grand-rue, L-1661 Luxembourg,
    tel. : 2686191, 38,- EUR.

    Giulio-Enrico Pisani

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    Subtilité de femme et force gaspillée

    Marie Taillefer et Joachim Ladefoged à la galerie Clairefontaine

    C’est dans l’Espace 1 de la galerie, (1) que nous découvrons l’exposition »Photography meets painting« de Marie Taillefer, (2) à la fois photographe de génie et peintre de talent. Née en Savoie en 1978, elle vit et travaille à Paris. Photographe de mode pour le pain quotidien, elle a pourtant accumulé, dés sa sortie de l’école photogra-phique de Vevey, plein de prix, de distinctions et d’expositions. Aujourd’hui, place Clairefontaine, elle charme le visiteur dès son passage devant la vitrine de la galerie, où l’accueille Diane la chasseresse, surprise en pleine action par l’objectif de la photographe puis retouchée et enjolivée par l’artiste peintre. Diane, voilà qui est parfaitement approprié, car ce tableau exquis, qui ne figure pourtant pas parmi mes préférés, signe pour ainsi dire quasiment toute l’exposition.

    Volontairement ou subconsciemment dédiée à la femme, la série de tableaux que Marie Taillefer présente chez Clairefontaine nous en dévoile deux bonnes douzaines de facettes : ici coquette, là coquine, ailleurs domina, ou tout ça à la fois. Elle peut être glamour, sensuelle, froide, distante, tendre, fatale, charmeuse, puérile, autoritaire, ensorcelante, mystérieuse, garçonne, suffragette, sans visage, Galliano, Lacroix, butterfly, charnelle, onirique et j’en passe. Que de charme, que d’élégance et que de savoir-faire !

    L’artiste sait parfaitement adapter l’expression de ses modèles aux styles Balenciaga Dries Van Noten et autres butterfly. Ses modèles interprètent des personnages que Marie Taillefer insère dans des rhapsodies de couleurs parfois fragiles et amorties, parfois vives, voire éclatantes, mais à l’interaction toujours superbement harmonieuse. La plupart du temps, ses photos-tableaux sont, comme je l’ai expliqué plus haut, des clichés retouchés et arrangés à la peinture. Mais il y a des exceptions. Je pense au no 5 : »Kera, Dior« ou aux nos 21, 22, 23 et 24 de la série »Help, The Beatles« , qui sont de pures photographies.

    Un autre genre d’exception vous frappera sans doute aussi, amis lecteurs. L’homme. Vous trouverez son à peu près unique représentant au no 18 : »The Sikh« , dûment pourvu de barbe et de turban. Il fait un peu penser à un nabab qui se serait perdu dans les vestiaires des rédactions d’ELLE ou de Marie-Claire. Quoiqu’il en soit, »Photography meets paintings« recèle bon nombre de petites merveilles. Danger !? Le coup de foudre. Il peut vous frapper partout dans la salle, ici ou là. Moi, j’ai eu droit à mes frémissements dans la colonne vertébrale devant, justement, le no 5 : »Kera, Dior« , ainsi que face à deux tableau non accrochés, non numérotés et posés au sol devant la porte-fenêtre du fond : »Ophélie« et »Eaux Fortes« . La densité et la beauté formelle de ces deux oeuvres néo-impressionnistes est telle, qu’elles valent à elles seules déjà le déplacement.

    Quant aux clichés surdimensionnées de la collection »Mirror« du photographe Joachim Lagefoged, que l’on peut visiter dans l’Espace 2, (3) de la galerie, il n’y a, à une exception près, pas grand-chose de bon à en dire. Voici quelques mots extraits du site www.independent.co.uk/arts... que je vous traduis tant bien que mal de l’anglais : »Biceps de Popeye (...), bronzage exagérés : ces gens hypertrophiés se sont entraînés pour un concours scandinave de body-building en se débarrassant de la dernière once de graisse (...) difficile de ne pas être rebuté par leur apparence asexuée« . Et morne, ajouterai-je pour faire bonne mesure, parfois même monstrueuse, à quoi contribue d’ailleurs l’agrandissement excessif de ces tristes portraits.

    Pourtant, il a une exception, et elle est de taille (décidemment, c’est la journée !). Il s’agit en fait d’un véritable chef-d’oeuvre, et l’immense hercule que l’on y voit exhiber sa splendide musculature n’a rien d’asexué, lui. Dédoublé de façon dramatique par son reflet dans un grand miroir, ce formidable athlète qui a l’air de soutenir de ses épaules le poids du monde, est digne de la plus somptueuse statuaire classique. Je pense notamment à cet Hercule de Baccio Bandinelli dressé sur la Piazza della Signoria à Florence en face du David de Michel-Ange, ou, mieux encore, à l’Atlante du 2e siècle exposé à Rome au musée Farnese. Ce phénomène sculptural, c’est la photo no 9, que vous trouverez au fond du rez-de-chaussée côté gauche : un agrandissement 189 x 120 cm qui soutient, lui tout seul, non le poids du monde, mais celui d’une exposition terne, déprimante et culminant même sur l’horrible dans l’agrandissement no 12. Dommage qu’un photographe aussi talentueux, voire génial, comme le démontrent par ailleurs ses qualités techniques en général et sa tirage no 9 en particulier, n’ait pas su limiter son exposition à ses meilleurs travaux.

    ****

    1) La Galerie Clairefontaine à Luxembourg ville est ouverte mardi – vendredi 14.30-18.30 heures et samedi 10-12 et 14-17 heures –
    (Tél. : 47 23 24, Fax. 47 25 24, galerie.claire fon taine@pt.lu, www.galerie-claire fontaine.lu).

    2) L’expo Marie Taillefer à l’Espace 1, 17 Place de Clairefontaine, peut être visitée jusqu’au 28 février. Voir aussi le site richement illustré www. marysmith.fr

    3) Galerie Clairefontaine, Espace 2, 21 rue du St-Esprit. Les photos de Joachim Lagefoged y sont exposées jusqu’au 21 février.

    Giulio-Enrico Pisani

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    Résurgences, découvertes et lumière chez Schweitzer

    Bien qu’avec son exposition « Expériences de la lumière », présentée par Lucien Schweitzer surtout dans les salles 3 et 4 de sa galerie(1), Anne Slacik soit l’incontestable reine de cette saison d’hiver 2009, je ne vous la présenterai pas tout de suite. Le fait est, que j’aime commencer par le commencement ; la première impression du visiteur accédant à une galerie pouvant influer de manière non négligeable sur sa perception subjective. C’est donc tout d’abord dans la vitrine, puis dans tout l’espace de la salle 1, ainsi que dans le petit salon entre les salles 2 et 3 que nous attendent aujourd’hui nombre de livres d’art, tableaux et sculptures : autant de résurgences d’expositions passées épicées par quelques découvertes. Le tout est certes un peu surchargé, genre caverne d’Ali Baba, mais présenté avec goût et harmonisé dans le respect des particularités artistiques présentes, ainsi que de leur inévitable interaction esthétique.

    Cependant, quel bonheur, de pouvoir retrouver parmi les artistes que je vous ai déjà présentés, notamment le sculpteur Philippe Gourier(2), avec des sculptures en partie plus anciennes, mais sûrement pas moins réussies que les dernières ! Et quel plaisir de voir et revoir les créations de l’immense peintre Vladimir Velikovic(3), qui ne cessera jamais de nous enchanter par sa magie aussi crépusculaire que tragique, à laquelle Lucien Schweitzer semble ne pas pouvoir renoncer ! Et n’oublions pas parmi les autres artistes présents (permanents) de la Galerie : Jacques Villeglé avec ses étonnants graphismes sociopolitiques (4), mais aussi Jean Miotte et Antoni Clavé que je pourrai sans doute vous faire découvrir un jour prochain.

    Parmi les artistes nouveaux pour moi, je citerai brièvement le quasi-mystique Michael Burges avec son « Virtual Space Work » et ses « Reverse Glass Paintings ». Cependant, ses trois seuls tableaux, présentés dans le petit salon à gauche du passage entre les espaces 2 et 3, ne me donnent qu’une idée très partielle de son talent. Pour cette raison, mais aussi dans l’espoir que nous aurons droit dans un futur proche à une exposition plus complète de cet artiste, je préfère vous laisser apprécier ses trois oeuvres sans autre commentaire, pour en venir enfin à...

    Mais nous voilà enfin devant notre « reine de l’hiver », Anne Slacik. Ma première impression ? Économie de formes, tout de nature, de lumière et d’infini ! Voyons tout d’abord sa somptueuse série des « Toiles Pourpres ». Généreusement exposés dans la vaste salle 2, devenue le temps de cette exposition « salle pourpre », ces tableaux s’inspirent, comme leur titres l’indiquent, de fleurs : Muscari, Astrance, Freesia, Ancolie, Zinnia ou Aconit. Mais je dis bien s’inspirent, sans plus, car à de rares exceptions près, comme l’ensorcelante et quasi-figurative série « Orchis » dans l’entre-deux-salles 1 – 2, l’artiste nous offre dans ses « Expériences de la lumière », de l’abstrait, de l’esthétique pure, du sentiment et... une profondeur sans fond.

    Libre à vous bien sûr de voir dans « Indigo 6 » ou dans « Bleue » de sa série « Toiles blanches » des tornades sur la mer (salle 3), ailleurs un paisible paysage lacustre aboutissant à quelque horizon, ou que sais-je ! Un privilège du grand art abstrait n’est-il pas justement de permettre toutes les libertés d’interprétation, les évasions et enfin cette interaction, aussi connivence entre l’artiste et l’amateur invité à participer à son tour au processus créatif ? Notez toutefois, amis lecteurs, qu’au cours de sa brillante carrière picturale, Anne Slacik ne s’est nullement limitée à cet art abstrait qu’elle privilégie, et vous pourrez aisément vous en rendre compte en fouillant sur les sites Internet www.artpointfrance.org/slacik/index.htm ou bien pagesperso-orange.fr/anne.slacik/.
    Ma préférée est « Pourpre Muscaria », toile somptueuse aux mesures d’un équilibre rare (95 x 197 horizontal), d’une extrême sobriété, et à la peinture d’une densité telle que son attraction rend la désinvolture du visiteur improbable. Elle n’offre pourtant point de formes. Minimaliste même, de ces innombrables minima qui composent l’infini, la magie de ses dégradés et variations purpurines y est si captivante que nombre d’autres toiles, pourtant très belles, risquent de pâtir de la comparaison. Aussi, voudrais-je vous suggérer de visiter les salles 2 et 3 en admirant d’abord – comme saisis d’agoraphobie – les tableaux exposés aux parois à votre gauche, ce qui vous ramènera, après une visite complète des deux salles et de leurs trésors, comme « Licht – Lumière de mardi », « Licht – Lumière de mercredi » ou la série « Licht 1 » à « Licht 7 », de nouveau à la salle 2 et à son incroyable « Pourpre Muscaria ».

    Anne Slacik est née à Narbonne en 1959. Elle a suivi des études en Arts Plastiques à l’Université de Provence, puis à l’Université de Paris, où elle a obtenu le diplôme du troisième cycle et en 1984 l’agrégation en Arts plastiques, qu’elle enseigne entre 1982 et 1990. En 1991 elle se voit distinguée par le Prix de peinture de la Fondation Fénéon. Elle vit et travaille en région parisienne et dans le Gard. Depuis plusieurs années, nous apprend le galeriste, Anne Slacik collabore également à de nombreux livres d’artiste. « … les livres parlent aussi de peintures et les peintures son nourries des livres (…) La rencontre est belle parce qu’elle est humaine, et que c’est la vie. Exactement comme la peinture est la vie... », nous murmure-t-elle entre les lignes du communiqué de presse de Lucien Schweitzer. Voilà qui est presque aussi joliment dit que peint !

    ***

    Galerie Lucien Schweitzer, 24 avenue Monterey, Luxembourg (entre Parc et boulevard Royal), mardi à samedi de 10 à 18 h, exposition jusqu’au 28 février.
    Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 11.12.08 : « Philippe Gourier : Découpages et assemblages »
    Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 15.10.08 : « Corps, corbeaux, feux… de Vladimir Velickovic »
    Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 15.6.07 : « Jacques Villeglé... Graphismes Sociopolitiques »

    Giulio-Enrico Pisani

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    Olivier Garnier : peintre du « bourlinguer »

    Quoi d’étonnant qu’en pénétrant dans la salle de conférence et d’exposition du Centre Culturel Français de Luxembourg(1), me revînt à l’esprit « Bourlinguer », le chef d’oeuvre de Blaise Cendrars ? La découverte, l’expédition, l’aventure : plongée au coeur d’horizons lointains de grands fonds et d’imageries exotiques ! Mais aussi plongée dans le fantastique intérieur et le fantasme. Quinze toiles magiques grand format, carrées ou rectangulaires, enferment dans leurs un à deux mètres carrés les impressions recueillies par Garnier et les rendent transformées par l’expression de son talent : ici tragique, là drolatique, ailleurs carnavalesque, toujours théâtral. Art du capté-rendu, superficielle et « fière » de l’être, la peinture d’Olivier Garnier, n’a rien de l’introspection psychanalytique chère à certains créateurs. Donc nul besoin d’être grand clerc ou multidiplômé pour l’apprécier. On peut ne pas aimer, bien sûr. Moi, j’ai aimé ; et vous ? Je suis quasi-certain qu’il en ira de même pour vous.

    L’artiste, qui qualifie sur son site Internet sa peinture simplement de figurative, lorsque j’y vois bien plus un authentique expressionnisme fort de dramaturgies ressenties plutôt qu’apparentes, m’a avoué vouloir se détacher encore davantage des représentations réalistes. Qu’en sera-t-il demain ? Demain nous l’apprendra. Tout que je sais, pour l’heure, c’est que déjà ses tableaux Mille et une nuits à Cuba, Un porteur d’eau, L’amour dans les coulisses, La pieuvre 20000 lieus sous la mer, Les crabes, Le premier homme et la première femme, La sirène et autres Naufrage, pour ne citer que ceux-là, ne peuvent être qualifiés de figuratifs qu’au sens le plus large du mot. Le figuratif, ce furent sans doute ses débuts, son parcours initial, devenu peu à peu initiatique. Voilà ce que ressent le visiteur profane pris aux tripes par la formidable force de l’expression garnieresque.

    Né en 1957 à Marseille, enfant et ado à Strasbourg, puis étudiant aux Beaux-arts de Nancy, aujourd’hui peintre confirmé à Paris, Olivier Garnier a également parcouru le monde en long et en large. Notamment la Turquie avec une pensée pour Pierre Loti, L’Inde, le Sri Lanka, l’Indonésie avec leurs jungles, misères, splendeurs et pagodes, le Mexique de Frida Kalho et Diego Rivera, ainsi que la mer, toujours la mer, la grand bleue, ses vagues, ses horizons, ses fonds et ses féeries... Tout cela réuni aujourd’hui sur une scène unique, sorte de cirque ou théâtre de Pangée, donc à Luxembourg, au 1er étage du 34/A rue Philippe II ! Sans prétention toutefois. Refusant tout rapport au génie, il reconnaît cependant la force du métier et la fertilité du talent. « Ma peinture est relativement superficielle mais suffisamment travaillée, à mon avis en tout cas, pour aboutir à un sentiment intimement joyeux » confie-t-il modestement sur le site www.a-comme-artiste.fr/annuaire-artiste-olivier-garnier-15798.html.

    J’ai mentionné Pierre Loti et Frida Kalho. Mais c’est surtout le souffle des Cézanne, Matisse, Franz Marc et Chagall qui l’accompagne, sans s’imposer toutefois, une immense liberté à la clef : l’ouverture tous azimuts qui caractérisa notamment ce Cavalier bleu (Blauer Reiter) dont nous sommes encore à ce jour bien loin d’entendre les derniers galops. Parrainage accepté ? Je n’en sais rien. De toute façon, Garnier n’est pas homme à s’embourber dans l’héritage des maîtres, aussi riche et flatteur soient-il. Rien de figé, de dogmatique, d’académique dans son travail, rien de définitif non plus, rien, ou si peu, qui vaille aujourd’hui pour hier, ou pour demain ! Notre artiste est en mouvement permanent ; il évolue sans cesse. Peu de règles. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur son site www.olivier-garnier.com et sur la présentation de son parcours, pour s’en rendre compte. En voici quelques extraits :

    « En 1999, j’ai commencé la série des « publicitaires imaginaires ». Dans ces fausses pubs, je ne cherchais pas à dénoncer la société de consommation comme aurait pu le faire une oeuvre du Pop Art mais à répertorier des images qui m’avaient marqué (...) Puis en 2000- 2001, j’ai peint avec des pigments acryliques (couleurs Leroux) et sur des formats de plus en plus grands. Au début les sujets étaient très classiques. Je peignais en extérieur (mon jardin, mes enfants) ou des thèmes qui se voulaient plus graves (...) Fin 2001, j’ai retrouvé un imaginaire plus léger. J’ai peint des scènes absurdes qui me parlaient mais qui ne sont pas près d’être rangées dans un style académique ! Une peinture figurative plutôt originale. C’étaient des petites histoires mises sur toile, chargées d’ironie (...) En 2004-2005 je me suis arrêté de peindre pour réaliser l’écriture d’un roman... »

    Et ce roman, c’est « Le derrière des Okapis », qu’il présente sur www.le-derriere-des-okapis.com/public/Le-derriere-des-okapis-
    chapitre-1.doc.
    (2) Quant à sa pause picturale, elle devrait être temporaire, je présume, car l’absence d’Olivier Garnier du monde de l’art serait une perte indiscutable, lorsque son affirmation littéraire romanesque, elle, doit encore faire ses preuves. De toute façon, nous ne pouvons pour l’heure que nous rincer l’oeil à sa peinture, à ses images fortes, à ses couleurs, ici en mi-teintes, là chatoyantes, surtout tant que ce festin est exposé si près de chez nous. À ne manquer sous aucun prétexte !

    ***

    1) Centre Culturel Français de Luxembourg, 34/A, rue Philippe II, Luxembourg, tel. 442166.1 ; l’expo Olivier Garnier est ouverte du lundi au vendredi 14 – 17 h jusqu’au vendredi 30 janvier.

    2) Pas évident. Le chargement est trop long à mon goût d’internaute impatient. Mais le bouquin étant censé sortir bientôt, je vous tiendrai au courant.

    Giulio-Enrico Pisani

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  • Kultur

    Yvan Avena, un poète à contre-courant des idéologies capitalistes

    Certains écrivent de la poésie pour paraître et apparaître dans les salons littéraires, d’autres commettent une poésie viscérale, révolutionnaire, à contrecourant des idéologies capitalistes. Yvan Avena fait définitivement partie de la deuxième catégorie.

    Yvan Avena, né à Marseille en 1930, a émigré avec ses parents en Argentine en 1940. Au début des années cinquante, il a fréquenté à Buenos Aires des artistes peintres et des poètes d’avant-garde du groupe Poésie Buenos Aires et Madi. Il a excercé son métier d’ingénieur à Paris et à Stockholm. En 1964, il a ouvert à Stockholm, la galerie Latina, puis avec son épouse il a créé une seconde galerie d’art à Antibes. Il a repris son métier d’ingénieur après l’avoir abandonné afin de se consacrer à l’art, en Guinée-Bissau.

    Yvan Avena a publié son premier livre de poèmes à Bissau en 1991 sous le titre Les poèmes du Geba. Au Guatémala où il a habité entre 1991 et 1997, il a travaillé à plein temps à l’écriture, la traduction et l’illustration de poèmes. Revenu vivre en France, il y a poursuivi sa carrière d’écrivain, avant de déménager de façon définitive à Goiânia (Golas-Brésil) où il continue ses activités poétiques et artistiques.
    Je pense que la poésie lyrique, celle qui parle avec subtilité des états d’âme et du chant des oiseaux, n’est possible et justifiée qu’en temps de paix, de liberté et de fraternité.

    La poésie d’ Yvan Avena est une poésie du désespoir ! Désespoir de voir s’écrouler toutes les illusions et rêves d’un monde plus généreux, plus juste et plus respectueux de la Vie. Désespoir d’assister à une certaine déchéance de la morale sociale, dans l’indifférence générale.
    Si certains prétendent qu’il n’y a rien à faire pour sauver le monde des multiples dégradations sociales, culturelles et humaines qui pointent à l’horizon, n’est-ce pas par fatalisme, habitude ou accoutumance au fonctionnement du système capitaliste.

    Il ne faut surtout pas fermer les yeux, ne pas regarder ailleurs ! Il ne faut pas laisser les canailles, les trafiquants, les spéculateurs, les déprédateurs et leurs complices dévaster, exploiter, détruire notre environnement sans réagir, sans protester. Le recueil de poèmes d’ Yvan Avena Indignations (Yvan Avena Cx.Postal 651 – Goi-ânia-Goias CEP 74.003-901. Brésil) n’empêchera certes pas les bombes de tomber, les enfants réfugiés de crever de faim et les politiciens de mentir, mais s’il éveille la conscience de quelques lecteurs et lectrices et que ceux-ci fassent part de leur indignation à d’autres citoyens et citoyennes, alors le poète aura partiellement gagné son pari.

    Ne faudrait-il pas éditer, imprimer et distribuer gratos des livres qui dénoncent à quel point le capitalisme bafoue l’humain, à quel point il écrase le peuple.

    Quand à elle, la poésie se doit d’être subversive. C’est presque inévitable, car étant la plus profonde et mystérieuse expression de l’âme humaine, elle s’oppose nécessairement aux contraintes liberticides institutionnelles. Tout poète qui s’exprime avec sa sensibilité, s’il est engagé et sincère, se sentira un jour menacé de procès ou de prison, car la vérité dérange les institutions figées. Il n’y a pas de grande poésie sans liberté et la liberté n’est jamais donnée. Il faut savoir la gagner.

    Poètes, vos papiers ...

    Michel Schroeder

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