Eh oui, c’est qu’on n’en a pas fini, ou, exprimé plus poétiquement dans l’allégorie du voyageur, du pèlerin, du demandeur d’asile, on n’est pas sorti de l’auberge (1). Mais ce dont je parle ici n’a rien de poétique et ne fait que noter la dernière née parmi les dérives calamiteuses de l’angélisme des gauchistes du dimanche, bobos et autres bien casés qui plaignent avant de réaliser, émettent des avis sur ce qu’ils ignorent, jugent avant de savoir, condamnent sans réfléchir. Voici pourquoi, à mon avis, une mise au point s’impose de toute urgence. Et si je parle d’urgence c’est que le malentendu de départ s’est transformé en mésentente généralisée, i.e. à peu près à tous les niveaux parmi les pays dits développés.
Ce n’est dans notre monde « occidental », plus ou moins aisé, pacifique, installé, que peur, méfiance tous azimuts, regards en chiens de faïence, inimitié latente, discorde larvée ou manifeste, voire accusations, calomnies, âpres disputes, zizanie ouverte, jusqu’aux plus violents affrontements dans la rue, les parlements, les médias... Un peu partout, actions et réactions chauvines, xénophobes, racistes, marquées par des extrémismes tant religieux qu’athées ou agnostiques provoquent hargne, repli sur soi et actes brutaux. Fascisme et populismes de tous bords s’en repaissent avec délectation. Mais qu’est-ce qui divise à tel point des familles, des partis politiques, des nations, des continents entiers ? Qu’est-ce qui risque de compromettre à terme ententes, alliances, unions, peut même de faire exploser une UE qui, avec son mondialisme planant loin au-dessus de la tête des simples citoyens, provoque des réactions égoïstes, chauvines, racistes et nationalistes de plus en plus exacerbées ?
Vous avez –je pense – parfaitement compris, amis lecteurs et sans doute depuis belle lurette, que l’origine de cette situation plus que dramatique se trouve dans l’afflux massif de migrants demandeurs d’asile du Moyen-Orient et d’Afrique. Et peut-être en êtes vous arrivés à vous demander, qu’est-ce qui provoque cette tendance chaque jour plus manifeste à la méfiance et à la peur de l’étranger, au refus d’accorder l’hospitalité de la part de populations dont l’hospitalité était une qualité fondamentale et généralisée. Comment se fait-il que des gens qui, par le passé, vous eussent – migrant dénué de tout (2) – offert sans hésiter gite et couvert, voire, si vous le vouliez, aidé à trouver un travail, à vous établir, se ferment dans un refus hostile, têtu, peureux, comme huitres à l’approche de la dorade ?
Comment expliquer en fin de compte ce triste et dramatique état des lieux ? Cette multiplication, voire ci et là même généralisation d’aussi inqualifiables attitudes ? Oui, inqualifiables, certes, mais également injustifiables ? Souvent, mais pas toujours et, en tout cas, pas inexplicables, car il y a faute et même faute grave, pire, triple faute, fautes de trois parts, parfaitement inexcusables, car enfreignant tout d’abord d’un côté, puis, en réaction, des deux autres, les lois non dites, non écrites, naturelles et vitales de l’hospitalité. C’est effectivement en des radicales et parfois brutales violations des règles non écrites, mais allant de soi car logiques et innées à la bonne coexistence humaine, de l’hospitalité, que consistent ces trois fautes. Enfin, disons deux fautes primordiales plus une troisième d’ignorance, manque de pragmatisme et sotte bien-pensance.
La seconde faute,
donc la peur, l’égoïsme le repli sur soi du sédentaire, de l’établi, réaction à la première et, au fond, la plus explicable sinon excusable, des trois, je viens d’amplement la détailler dans les paragraphes précédents. N’y revenons pas. Nous constatons d’ailleurs que c’est elle, qui provoque en apparence le plus de remous à l’échelon politique, tant national des différents pays qu’européen d’une UE qui risque de s’y voir fracasser son fragile édifice si peu humain, car surtout économico-financier. Mais c’est
la première faute
qui nous intéresse particulièrement ici, car elle est cause tout à la fois directe et indirecte des deux autres fautes, mais aussi en interaction avec elles. Elle consiste chez le demandeur d’hospitalité et protection à ignorer le devoir de discrétion, modestie (du moins apparente), politesse, volonté d’adaptation, d’acclimatation et d’intégration, ainsi que volonté réelle de contribuer par son travail au bien du pays hôte. C’est aussi l’affichage tapageur et arrogant de ses propres usages, notamment de domination de l’homme sur la femme, mais aussi et surtout religieux (3) avec tout ce cela comporte, rien ne s’opposant à ce que ses pratiques aient lieu en privé si elles sont conformes aux lois locales.
La troisième faute,
conséquence des deux premières, mais aussi leur cause aggravante (encore l’interaction), est à mon avis également la plus pernicieuse, inexcusable et lourde de conséquences. Elle n’est en effet pas l’oeuvre de pauvres réfugiés sans repères accrochés à leurs usages et traditions, d’une part, ou de petit-bourgeois égoïstes et de prolétaires excités par les démagogues, de l’autre, mais bien de toute une élite européenne allant des cadres moyens jusqu’aux plus hauts dirigeants. C’est ces derniers que j’accuse, qui dans leurs appartements ou villas bien à l’abri de tous réfugiés extra-européens, les livrent à leur détresse morale et à des endoctrineurs douteux qui, au lieu de les encourager à s’intégrer, les poussent à se singulariser et à parfois profiter du pays hôte plutôt qu’à lui être utile. Ces bobos bienpensants sont les grands coupables de cette crise, de la réaction populiste et para-fasciste des sédentaires excédés par les violations répétées des règles élémentaires de l’hospitalité sous l’influence d’imams salafistes et autres Frères musulmans laissés libres (4) de distiller leur poison sectaire en Europe.
Giulio-Enrico Pisani
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1) Et pourtant, la première grande vague de demandeurs d’asile transméditerranéens du siècle, celle des Harraga algériens, relatée notamment par Boualem Sansal dans « Harraga » (NRF 2008) eût dû nous avertir, nous préparer, comme je l’avais suggéré avec quatre amis en 2009 dans notre essai « Nous sommes tous des migrants (si épuisé en librairie, dispo à la BNL)
2) Tout comme vous, je connais personnellement plein de cas, où des immigrés (ma famille incluse) furent accueillis partout à bras ouverts, mais firent aussi de leur côté tout ce qu’il faut pour s’acclimater et s’intégrer.
3) L’hospitalité a été un ça-va-de-soi durant toute l’histoire des civilisations, jusqu’à la fin du XXe siècle. Notre XXIe siècle est sans doute le premier, où l’hospitalité a cessé d’être une règle universelle fondamentale et n’est plus pratiquée que dans un certain nombre de pays.
4) Dans tous les pays occidentaux de l’UE et quoique Les Emirats Arabes Unis les aient placés sur leur liste d’organisations terroristes avec Al-Qaïda, Aqmi, Daesh, Boko-Haram, Ansar-Beitn et de nombreuses ONG de bienfaisance qui lui sont affiliées ou associées.