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    Subtilité de femme et force gaspillée

    Marie Taillefer et Joachim Ladefoged à la galerie Clairefontaine

    C’est dans l’Espace 1 de la galerie, (1) que nous découvrons l’exposition »Photography meets painting« de Marie Taillefer, (2) à la fois photographe de génie et peintre de talent. Née en Savoie en 1978, elle vit et travaille à Paris. Photographe de mode pour le pain quotidien, elle a pourtant accumulé, dés sa sortie de l’école photogra-phique de Vevey, plein de prix, de distinctions et d’expositions. Aujourd’hui, place Clairefontaine, elle charme le visiteur dès son passage devant la vitrine de la galerie, où l’accueille Diane la chasseresse, surprise en pleine action par l’objectif de la photographe puis retouchée et enjolivée par l’artiste peintre. Diane, voilà qui est parfaitement approprié, car ce tableau exquis, qui ne figure pourtant pas parmi mes préférés, signe pour ainsi dire quasiment toute l’exposition.

    Volontairement ou subconsciemment dédiée à la femme, la série de tableaux que Marie Taillefer présente chez Clairefontaine nous en dévoile deux bonnes douzaines de facettes : ici coquette, là coquine, ailleurs domina, ou tout ça à la fois. Elle peut être glamour, sensuelle, froide, distante, tendre, fatale, charmeuse, puérile, autoritaire, ensorcelante, mystérieuse, garçonne, suffragette, sans visage, Galliano, Lacroix, butterfly, charnelle, onirique et j’en passe. Que de charme, que d’élégance et que de savoir-faire !

    L’artiste sait parfaitement adapter l’expression de ses modèles aux styles Balenciaga Dries Van Noten et autres butterfly. Ses modèles interprètent des personnages que Marie Taillefer insère dans des rhapsodies de couleurs parfois fragiles et amorties, parfois vives, voire éclatantes, mais à l’interaction toujours superbement harmonieuse. La plupart du temps, ses photos-tableaux sont, comme je l’ai expliqué plus haut, des clichés retouchés et arrangés à la peinture. Mais il y a des exceptions. Je pense au no 5 : »Kera, Dior« ou aux nos 21, 22, 23 et 24 de la série »Help, The Beatles« , qui sont de pures photographies.

    Un autre genre d’exception vous frappera sans doute aussi, amis lecteurs. L’homme. Vous trouverez son à peu près unique représentant au no 18 : »The Sikh« , dûment pourvu de barbe et de turban. Il fait un peu penser à un nabab qui se serait perdu dans les vestiaires des rédactions d’ELLE ou de Marie-Claire. Quoiqu’il en soit, »Photography meets paintings« recèle bon nombre de petites merveilles. Danger !? Le coup de foudre. Il peut vous frapper partout dans la salle, ici ou là. Moi, j’ai eu droit à mes frémissements dans la colonne vertébrale devant, justement, le no 5 : »Kera, Dior« , ainsi que face à deux tableau non accrochés, non numérotés et posés au sol devant la porte-fenêtre du fond : »Ophélie« et »Eaux Fortes« . La densité et la beauté formelle de ces deux oeuvres néo-impressionnistes est telle, qu’elles valent à elles seules déjà le déplacement.

    Quant aux clichés surdimensionnées de la collection »Mirror« du photographe Joachim Lagefoged, que l’on peut visiter dans l’Espace 2, (3) de la galerie, il n’y a, à une exception près, pas grand-chose de bon à en dire. Voici quelques mots extraits du site www.independent.co.uk/arts... que je vous traduis tant bien que mal de l’anglais : »Biceps de Popeye (...), bronzage exagérés : ces gens hypertrophiés se sont entraînés pour un concours scandinave de body-building en se débarrassant de la dernière once de graisse (...) difficile de ne pas être rebuté par leur apparence asexuée« . Et morne, ajouterai-je pour faire bonne mesure, parfois même monstrueuse, à quoi contribue d’ailleurs l’agrandissement excessif de ces tristes portraits.

    Pourtant, il a une exception, et elle est de taille (décidemment, c’est la journée !). Il s’agit en fait d’un véritable chef-d’oeuvre, et l’immense hercule que l’on y voit exhiber sa splendide musculature n’a rien d’asexué, lui. Dédoublé de façon dramatique par son reflet dans un grand miroir, ce formidable athlète qui a l’air de soutenir de ses épaules le poids du monde, est digne de la plus somptueuse statuaire classique. Je pense notamment à cet Hercule de Baccio Bandinelli dressé sur la Piazza della Signoria à Florence en face du David de Michel-Ange, ou, mieux encore, à l’Atlante du 2e siècle exposé à Rome au musée Farnese. Ce phénomène sculptural, c’est la photo no 9, que vous trouverez au fond du rez-de-chaussée côté gauche : un agrandissement 189 x 120 cm qui soutient, lui tout seul, non le poids du monde, mais celui d’une exposition terne, déprimante et culminant même sur l’horrible dans l’agrandissement no 12. Dommage qu’un photographe aussi talentueux, voire génial, comme le démontrent par ailleurs ses qualités techniques en général et sa tirage no 9 en particulier, n’ait pas su limiter son exposition à ses meilleurs travaux.

    ****

    1) La Galerie Clairefontaine à Luxembourg ville est ouverte mardi – vendredi 14.30-18.30 heures et samedi 10-12 et 14-17 heures –
    (Tél. : 47 23 24, Fax. 47 25 24, galerie.claire fon taine@pt.lu, www.galerie-claire fontaine.lu).

    2) L’expo Marie Taillefer à l’Espace 1, 17 Place de Clairefontaine, peut être visitée jusqu’au 28 février. Voir aussi le site richement illustré www. marysmith.fr

    3) Galerie Clairefontaine, Espace 2, 21 rue du St-Esprit. Les photos de Joachim Lagefoged y sont exposées jusqu’au 21 février.

    Giulio-Enrico Pisani

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    Résurgences, découvertes et lumière chez Schweitzer

    Bien qu’avec son exposition « Expériences de la lumière », présentée par Lucien Schweitzer surtout dans les salles 3 et 4 de sa galerie(1), Anne Slacik soit l’incontestable reine de cette saison d’hiver 2009, je ne vous la présenterai pas tout de suite. Le fait est, que j’aime commencer par le commencement ; la première impression du visiteur accédant à une galerie pouvant influer de manière non négligeable sur sa perception subjective. C’est donc tout d’abord dans la vitrine, puis dans tout l’espace de la salle 1, ainsi que dans le petit salon entre les salles 2 et 3 que nous attendent aujourd’hui nombre de livres d’art, tableaux et sculptures : autant de résurgences d’expositions passées épicées par quelques découvertes. Le tout est certes un peu surchargé, genre caverne d’Ali Baba, mais présenté avec goût et harmonisé dans le respect des particularités artistiques présentes, ainsi que de leur inévitable interaction esthétique.

    Cependant, quel bonheur, de pouvoir retrouver parmi les artistes que je vous ai déjà présentés, notamment le sculpteur Philippe Gourier(2), avec des sculptures en partie plus anciennes, mais sûrement pas moins réussies que les dernières ! Et quel plaisir de voir et revoir les créations de l’immense peintre Vladimir Velikovic(3), qui ne cessera jamais de nous enchanter par sa magie aussi crépusculaire que tragique, à laquelle Lucien Schweitzer semble ne pas pouvoir renoncer ! Et n’oublions pas parmi les autres artistes présents (permanents) de la Galerie : Jacques Villeglé avec ses étonnants graphismes sociopolitiques (4), mais aussi Jean Miotte et Antoni Clavé que je pourrai sans doute vous faire découvrir un jour prochain.

    Parmi les artistes nouveaux pour moi, je citerai brièvement le quasi-mystique Michael Burges avec son « Virtual Space Work » et ses « Reverse Glass Paintings ». Cependant, ses trois seuls tableaux, présentés dans le petit salon à gauche du passage entre les espaces 2 et 3, ne me donnent qu’une idée très partielle de son talent. Pour cette raison, mais aussi dans l’espoir que nous aurons droit dans un futur proche à une exposition plus complète de cet artiste, je préfère vous laisser apprécier ses trois oeuvres sans autre commentaire, pour en venir enfin à...

    Mais nous voilà enfin devant notre « reine de l’hiver », Anne Slacik. Ma première impression ? Économie de formes, tout de nature, de lumière et d’infini ! Voyons tout d’abord sa somptueuse série des « Toiles Pourpres ». Généreusement exposés dans la vaste salle 2, devenue le temps de cette exposition « salle pourpre », ces tableaux s’inspirent, comme leur titres l’indiquent, de fleurs : Muscari, Astrance, Freesia, Ancolie, Zinnia ou Aconit. Mais je dis bien s’inspirent, sans plus, car à de rares exceptions près, comme l’ensorcelante et quasi-figurative série « Orchis » dans l’entre-deux-salles 1 – 2, l’artiste nous offre dans ses « Expériences de la lumière », de l’abstrait, de l’esthétique pure, du sentiment et... une profondeur sans fond.

    Libre à vous bien sûr de voir dans « Indigo 6 » ou dans « Bleue » de sa série « Toiles blanches » des tornades sur la mer (salle 3), ailleurs un paisible paysage lacustre aboutissant à quelque horizon, ou que sais-je ! Un privilège du grand art abstrait n’est-il pas justement de permettre toutes les libertés d’interprétation, les évasions et enfin cette interaction, aussi connivence entre l’artiste et l’amateur invité à participer à son tour au processus créatif ? Notez toutefois, amis lecteurs, qu’au cours de sa brillante carrière picturale, Anne Slacik ne s’est nullement limitée à cet art abstrait qu’elle privilégie, et vous pourrez aisément vous en rendre compte en fouillant sur les sites Internet www.artpointfrance.org/slacik/index.htm ou bien pagesperso-orange.fr/anne.slacik/.
    Ma préférée est « Pourpre Muscaria », toile somptueuse aux mesures d’un équilibre rare (95 x 197 horizontal), d’une extrême sobriété, et à la peinture d’une densité telle que son attraction rend la désinvolture du visiteur improbable. Elle n’offre pourtant point de formes. Minimaliste même, de ces innombrables minima qui composent l’infini, la magie de ses dégradés et variations purpurines y est si captivante que nombre d’autres toiles, pourtant très belles, risquent de pâtir de la comparaison. Aussi, voudrais-je vous suggérer de visiter les salles 2 et 3 en admirant d’abord – comme saisis d’agoraphobie – les tableaux exposés aux parois à votre gauche, ce qui vous ramènera, après une visite complète des deux salles et de leurs trésors, comme « Licht – Lumière de mardi », « Licht – Lumière de mercredi » ou la série « Licht 1 » à « Licht 7 », de nouveau à la salle 2 et à son incroyable « Pourpre Muscaria ».

    Anne Slacik est née à Narbonne en 1959. Elle a suivi des études en Arts Plastiques à l’Université de Provence, puis à l’Université de Paris, où elle a obtenu le diplôme du troisième cycle et en 1984 l’agrégation en Arts plastiques, qu’elle enseigne entre 1982 et 1990. En 1991 elle se voit distinguée par le Prix de peinture de la Fondation Fénéon. Elle vit et travaille en région parisienne et dans le Gard. Depuis plusieurs années, nous apprend le galeriste, Anne Slacik collabore également à de nombreux livres d’artiste. « … les livres parlent aussi de peintures et les peintures son nourries des livres (…) La rencontre est belle parce qu’elle est humaine, et que c’est la vie. Exactement comme la peinture est la vie... », nous murmure-t-elle entre les lignes du communiqué de presse de Lucien Schweitzer. Voilà qui est presque aussi joliment dit que peint !

    ***

    Galerie Lucien Schweitzer, 24 avenue Monterey, Luxembourg (entre Parc et boulevard Royal), mardi à samedi de 10 à 18 h, exposition jusqu’au 28 février.
    Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 11.12.08 : « Philippe Gourier : Découpages et assemblages »
    Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 15.10.08 : « Corps, corbeaux, feux… de Vladimir Velickovic »
    Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 15.6.07 : « Jacques Villeglé... Graphismes Sociopolitiques »

    Giulio-Enrico Pisani

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    Olivier Garnier : peintre du « bourlinguer »

    Quoi d’étonnant qu’en pénétrant dans la salle de conférence et d’exposition du Centre Culturel Français de Luxembourg(1), me revînt à l’esprit « Bourlinguer », le chef d’oeuvre de Blaise Cendrars ? La découverte, l’expédition, l’aventure : plongée au coeur d’horizons lointains de grands fonds et d’imageries exotiques ! Mais aussi plongée dans le fantastique intérieur et le fantasme. Quinze toiles magiques grand format, carrées ou rectangulaires, enferment dans leurs un à deux mètres carrés les impressions recueillies par Garnier et les rendent transformées par l’expression de son talent : ici tragique, là drolatique, ailleurs carnavalesque, toujours théâtral. Art du capté-rendu, superficielle et « fière » de l’être, la peinture d’Olivier Garnier, n’a rien de l’introspection psychanalytique chère à certains créateurs. Donc nul besoin d’être grand clerc ou multidiplômé pour l’apprécier. On peut ne pas aimer, bien sûr. Moi, j’ai aimé ; et vous ? Je suis quasi-certain qu’il en ira de même pour vous.

    L’artiste, qui qualifie sur son site Internet sa peinture simplement de figurative, lorsque j’y vois bien plus un authentique expressionnisme fort de dramaturgies ressenties plutôt qu’apparentes, m’a avoué vouloir se détacher encore davantage des représentations réalistes. Qu’en sera-t-il demain ? Demain nous l’apprendra. Tout que je sais, pour l’heure, c’est que déjà ses tableaux Mille et une nuits à Cuba, Un porteur d’eau, L’amour dans les coulisses, La pieuvre 20000 lieus sous la mer, Les crabes, Le premier homme et la première femme, La sirène et autres Naufrage, pour ne citer que ceux-là, ne peuvent être qualifiés de figuratifs qu’au sens le plus large du mot. Le figuratif, ce furent sans doute ses débuts, son parcours initial, devenu peu à peu initiatique. Voilà ce que ressent le visiteur profane pris aux tripes par la formidable force de l’expression garnieresque.

    Né en 1957 à Marseille, enfant et ado à Strasbourg, puis étudiant aux Beaux-arts de Nancy, aujourd’hui peintre confirmé à Paris, Olivier Garnier a également parcouru le monde en long et en large. Notamment la Turquie avec une pensée pour Pierre Loti, L’Inde, le Sri Lanka, l’Indonésie avec leurs jungles, misères, splendeurs et pagodes, le Mexique de Frida Kalho et Diego Rivera, ainsi que la mer, toujours la mer, la grand bleue, ses vagues, ses horizons, ses fonds et ses féeries... Tout cela réuni aujourd’hui sur une scène unique, sorte de cirque ou théâtre de Pangée, donc à Luxembourg, au 1er étage du 34/A rue Philippe II ! Sans prétention toutefois. Refusant tout rapport au génie, il reconnaît cependant la force du métier et la fertilité du talent. « Ma peinture est relativement superficielle mais suffisamment travaillée, à mon avis en tout cas, pour aboutir à un sentiment intimement joyeux » confie-t-il modestement sur le site www.a-comme-artiste.fr/annuaire-artiste-olivier-garnier-15798.html.

    J’ai mentionné Pierre Loti et Frida Kalho. Mais c’est surtout le souffle des Cézanne, Matisse, Franz Marc et Chagall qui l’accompagne, sans s’imposer toutefois, une immense liberté à la clef : l’ouverture tous azimuts qui caractérisa notamment ce Cavalier bleu (Blauer Reiter) dont nous sommes encore à ce jour bien loin d’entendre les derniers galops. Parrainage accepté ? Je n’en sais rien. De toute façon, Garnier n’est pas homme à s’embourber dans l’héritage des maîtres, aussi riche et flatteur soient-il. Rien de figé, de dogmatique, d’académique dans son travail, rien de définitif non plus, rien, ou si peu, qui vaille aujourd’hui pour hier, ou pour demain ! Notre artiste est en mouvement permanent ; il évolue sans cesse. Peu de règles. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur son site www.olivier-garnier.com et sur la présentation de son parcours, pour s’en rendre compte. En voici quelques extraits :

    « En 1999, j’ai commencé la série des « publicitaires imaginaires ». Dans ces fausses pubs, je ne cherchais pas à dénoncer la société de consommation comme aurait pu le faire une oeuvre du Pop Art mais à répertorier des images qui m’avaient marqué (...) Puis en 2000- 2001, j’ai peint avec des pigments acryliques (couleurs Leroux) et sur des formats de plus en plus grands. Au début les sujets étaient très classiques. Je peignais en extérieur (mon jardin, mes enfants) ou des thèmes qui se voulaient plus graves (...) Fin 2001, j’ai retrouvé un imaginaire plus léger. J’ai peint des scènes absurdes qui me parlaient mais qui ne sont pas près d’être rangées dans un style académique ! Une peinture figurative plutôt originale. C’étaient des petites histoires mises sur toile, chargées d’ironie (...) En 2004-2005 je me suis arrêté de peindre pour réaliser l’écriture d’un roman... »

    Et ce roman, c’est « Le derrière des Okapis », qu’il présente sur www.le-derriere-des-okapis.com/public/Le-derriere-des-okapis-
    chapitre-1.doc.
    (2) Quant à sa pause picturale, elle devrait être temporaire, je présume, car l’absence d’Olivier Garnier du monde de l’art serait une perte indiscutable, lorsque son affirmation littéraire romanesque, elle, doit encore faire ses preuves. De toute façon, nous ne pouvons pour l’heure que nous rincer l’oeil à sa peinture, à ses images fortes, à ses couleurs, ici en mi-teintes, là chatoyantes, surtout tant que ce festin est exposé si près de chez nous. À ne manquer sous aucun prétexte !

    ***

    1) Centre Culturel Français de Luxembourg, 34/A, rue Philippe II, Luxembourg, tel. 442166.1 ; l’expo Olivier Garnier est ouverte du lundi au vendredi 14 – 17 h jusqu’au vendredi 30 janvier.

    2) Pas évident. Le chargement est trop long à mon goût d’internaute impatient. Mais le bouquin étant censé sortir bientôt, je vous tiendrai au courant.

    Giulio-Enrico Pisani

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    Yvan Avena, un poète à contre-courant des idéologies capitalistes

    Certains écrivent de la poésie pour paraître et apparaître dans les salons littéraires, d’autres commettent une poésie viscérale, révolutionnaire, à contrecourant des idéologies capitalistes. Yvan Avena fait définitivement partie de la deuxième catégorie.

    Yvan Avena, né à Marseille en 1930, a émigré avec ses parents en Argentine en 1940. Au début des années cinquante, il a fréquenté à Buenos Aires des artistes peintres et des poètes d’avant-garde du groupe Poésie Buenos Aires et Madi. Il a excercé son métier d’ingénieur à Paris et à Stockholm. En 1964, il a ouvert à Stockholm, la galerie Latina, puis avec son épouse il a créé une seconde galerie d’art à Antibes. Il a repris son métier d’ingénieur après l’avoir abandonné afin de se consacrer à l’art, en Guinée-Bissau.

    Yvan Avena a publié son premier livre de poèmes à Bissau en 1991 sous le titre Les poèmes du Geba. Au Guatémala où il a habité entre 1991 et 1997, il a travaillé à plein temps à l’écriture, la traduction et l’illustration de poèmes. Revenu vivre en France, il y a poursuivi sa carrière d’écrivain, avant de déménager de façon définitive à Goiânia (Golas-Brésil) où il continue ses activités poétiques et artistiques.
    Je pense que la poésie lyrique, celle qui parle avec subtilité des états d’âme et du chant des oiseaux, n’est possible et justifiée qu’en temps de paix, de liberté et de fraternité.

    La poésie d’ Yvan Avena est une poésie du désespoir ! Désespoir de voir s’écrouler toutes les illusions et rêves d’un monde plus généreux, plus juste et plus respectueux de la Vie. Désespoir d’assister à une certaine déchéance de la morale sociale, dans l’indifférence générale.
    Si certains prétendent qu’il n’y a rien à faire pour sauver le monde des multiples dégradations sociales, culturelles et humaines qui pointent à l’horizon, n’est-ce pas par fatalisme, habitude ou accoutumance au fonctionnement du système capitaliste.

    Il ne faut surtout pas fermer les yeux, ne pas regarder ailleurs ! Il ne faut pas laisser les canailles, les trafiquants, les spéculateurs, les déprédateurs et leurs complices dévaster, exploiter, détruire notre environnement sans réagir, sans protester. Le recueil de poèmes d’ Yvan Avena Indignations (Yvan Avena Cx.Postal 651 – Goi-ânia-Goias CEP 74.003-901. Brésil) n’empêchera certes pas les bombes de tomber, les enfants réfugiés de crever de faim et les politiciens de mentir, mais s’il éveille la conscience de quelques lecteurs et lectrices et que ceux-ci fassent part de leur indignation à d’autres citoyens et citoyennes, alors le poète aura partiellement gagné son pari.

    Ne faudrait-il pas éditer, imprimer et distribuer gratos des livres qui dénoncent à quel point le capitalisme bafoue l’humain, à quel point il écrase le peuple.

    Quand à elle, la poésie se doit d’être subversive. C’est presque inévitable, car étant la plus profonde et mystérieuse expression de l’âme humaine, elle s’oppose nécessairement aux contraintes liberticides institutionnelles. Tout poète qui s’exprime avec sa sensibilité, s’il est engagé et sincère, se sentira un jour menacé de procès ou de prison, car la vérité dérange les institutions figées. Il n’y a pas de grande poésie sans liberté et la liberté n’est jamais donnée. Il faut savoir la gagner.

    Poètes, vos papiers ...

    Michel Schroeder

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    Des romans à suspense pour vos soirées hivernales

    Loriano Macchiavelli est un des maîtres incontestés du polar italien, un maestro incontournable si vous préférez. Il tire les ficelles de ses intrigues avec talent, intelligence et son écriture est savoureuse, frappante. Suite à un vol commis avec subtilité, le flic Sarti Antonio, alors qu’il était responsable de la sécurité d’une exposition numismatique présentant des raretés universelles, est affecté aux rondes de nuit dans le quartier du Pilastro. Le Pilastro, c’est un peu l’enfer pour ce policier. Antonio Sarti y fait la connaissance d’une femme opulente, pulpeuse, désirable, charmante. Sa conquête est maman d’un jeune garçon, un enfant futé, vif, intelligent. Le cadavre du gamin est découvert et notre ami l’enquêteur va tout mettre en œuvre pour découvrir la vérité. Qu’est- ce qui se cache derrière le paravent des bonnes consciences ? Derrière le paravent de Loriano Macchiavelli, publié aux Editions Métailié est un excellent polar, cruel et tendre.

    Un jour d’avril 1976, une jeune avocate se présente au parloir de la prison de la Santé. Maître Martine Malinbaum, 26 ans, vient d’être désignée pour défendre Jacques Mesrine, l’ennemi public N° 1. Quand elle se présente à lui, il est précédé par sa lourde réputation de criminel impitoyable. Elle n’a pour armes que sa timidité de plaideur débutant. Curieusement, il arrive un peu contracté, l’œil malicieux comme porté par le désir de plaire. Elle n’est ni impressionnée, ni même intimidée. D’emblée, elle lui impose ses conditions : pas de familiarité, ne jamais la tutoyer, ni lui demander le moindre service interdit par la déontologie de sa profession. Un rien désarçonné par la jeune femme, il la jauge un court instant et, d’un œil encore plus rieur, lui tend la main. Mais derrière le cauchemar de toutes les polices, se cache un homme seul, en veine de confidences, à défaut de stricte séduction. Maître Malinbaum garde ses distances à l’égard de celui qui, condamné à l’isolement au Quartier de Haute Sécurité cherche à s’épancher auprès de la jeune femme. Alors, il lui écrit… Trente lettres, de cœur. Elles montrent un autre Mesrine. Derrière chaque phrase, parfois naïve, on devine un prisonnier, sinon modèle, du moins un homme qui aurait laissé tomber son manteau d’orgueil. Trente ans après la mort de Mesrine, tombé dans une embuscade policière en 1979 et à l’heure où le cinéma ressuscite ses faits d’armes sur fond de violence, c’est un Mesrine intime qui se livre dans l’ouvrage Mesrine intime, lettres de prison à son avocate publié aux Editions du Rocher. Ces lettres sont présentées par sa destinatrice, Maître Martine Malinbaum.

    De l’action, du drame, des machinations, des énigmes… Une silhouette furtive hante les coulisses du Palais Garnier ; que veut-il, ce Fantôme de l’Opéra ? Que cherche le mystérieux Roi des catacombes, le chef de la pègre parisienne ? Un ululement sinistre déchire la nuit… et nous sommes emportés à Constantinople, à Smyrne, dans les champs pétrolifères de Russie. Voici, publiés dans le volume Gaston Leroux, romans mystérieux, chez Omnibus, trois grands romans d’aventures flirtant avec l’étrange, trois chefs-d’œuvre haletants éblouissants de verve et de fantaisie : Le Fantôme de l’Opéra ; Le Roi Mystère ; Le Secret de la boîte à thé.

    Un couple disparaît dans les gorges de Kakouetta, proches d’Oloron-Sainte-Marie. Michel, inspecteur chargé des affaires spéciales à la P.J, va solliciter l’aide de Muriel, chercheuse à l’unité de parapsychologie de Toulouse pour mener son enquête. L’affaire est en effet troublante car plusieurs disparitions ont déjà eu lieu à cet endroit : un radiesthésiste en 1938, une équipe de spéléologues en 1967 et en 1980 un groupe de jeunes marcheurs se sont littéralement évaporés. Les enquêteurs auront du mal à garder la tête froide car une légende pyrénéenne tenace raconte qu’un trésor inestimable aurait été déposé dans ces grottes il y a plus de douze siècles, quand les Maures envahissaient le pays… Or, ce trésor, certains ésotéristes, s’appuyant sur les textes de Nostradamus, le considèrent comme un héritage de nos lointains ancêtres de l’espace. L’or des maures de Jacques Mazeau a été publié aux Editions du Masque.

    Kate Atkinson est entrée dans la littérature par la grande porte, en 1996, avec un roman fascinant qui ne ressemblait à rien de connu : Dans les coulisses du musée, qui obtint le Prix Whitbread en Grande-Bretagne et le Prix du Meilleur Livre de l’année en France. Kate Atkinson a publié quatre autres romans : Dans les replis du temps (1998) ; Sous l’aile du bizarre (2000) ; La souris bleue (2004) qui a obtenu le Prix Westminster du roman anglais ; Les choses s’arrangent, mais ça ne va pas mieux (2006) et un recueil de nouvelles en 2003, sous le titre C’est pas la fin du monde. C’est aux Editions de Fallois que vient de paraître le nouveau roman de Kate Atkison, sous le titre A quand les bonnes nouvelles. Un écrivain, Howard Mason, vit avec sa femme et ses trois enfants à la campagne. Alors qu’il est allé rejoindre sa maîtresse à Londres, sa femme, le bébé, l’aînée de ses filles, huit ans, et le chien sont massacrés par un parfait inconnu. Seule la petite Joanna, six ans, parvient à échapper au carnage en se cachant dans un champ de blé. On retrouve Jackson Brodie, le détective privé de La souris bleue remarié à une conservatrice du British Museum, et Louise Monroe, mariée à un chirurgien d’Edimbourg. Dans ce roman, il y a de nombreuses intrigues, mais la principale concerne une généraliste, Dr Hunter, pour qui Reggie Chase, orpheline de seize ans, fait du baby-sitting. On découvre peu à peu que Joanna Hunter n’est autre que la petite Joanna qui a échappé à l’horrible massacre de la première partie et que l’assassin, qui a purgé sa peine, est sur le point de sortir de prison. A partir de là, l’intrigue est menée de main de maître et le lecteur se demande jusqu’à la dernière page si Jackson est bien le père de Nathan, si Louise et lui vont enfin s’avouer leur amour mais, dans un dénouement typique de Kate Atkinson, rien ne se passe comme prévu. Le suspense ne nous lâche pas d’une semelle au fil de la lecture de ce roman exceptionnel.

    Michel Schroeder

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  • Kultur

    Beaumontpublic : Time Square

    Voilà bien une exposition placée sous le signe de l’hiver ! À trois, au
    fond même seulement deux exceptions près, les couleurs sont parties en
    vacances abandonnant les salles de la galerie Beaumontpublic(1) aux
    blancs cassés, beiges, gris et autres mi-teintes. Exception : Ellen Kooi,
    dont les saisons joyeuses se moquent du calendrier.

    Exposition collective au thème sibyllin, le Time Square de
    Beaumontpublic offre, loin du croisement de Broadway avec la Seventh
    Avenue, ainsi que des 42e et 47e rues ouest, au moins quatre artistes
    qui valent le déplacement. Les deux premiers,

    Anna et Bernhard Blume

    sont représentés par un fragment isolé et un peu tristement anodin de la géniale série « Art Abstrait : Constructivisme catholique ». Cette
    figuration d’un personnage anguleux ahanant sous ce qui pourrait être
    une croix, mais qui est en réalité un simple élément de construction,
    n’a en fait rien d’abstrait. Le couple Blume, que l’on pourrait
    qualifier d’artistes néo-constructivistes, s’y inspire, tout comme dans
    bien d’autres de ses oeuvres, du constructivisme allemand du premier
    tiers du 20ème siècle.(2) Ce talentueux duo inclut en outre dans ses
    scènes tellement d’humour et de finesse, qu’un critique d’art n’a pas
    hésité à les comparer au célèbre humoriste Loriot. Isolée, cette oeuvre
    se perd hélas un peu dans la grande salle de la galerie dominée par les
    deux splendides photographies grand format (100 x 172 cm) de la
    photographe hollandaise

    Ellen Kooi.

    Accrochées aux deux parois principales, ces deux éblouissantes féeries
    bucoliques se font face comme pour renvoyer le spectateur de l’une à
    l’autre en une sorte d’infini jeu de miroirs. Il n’y a pas de mots pour
    décrire la beauté surréelle de ces deux tableaux photographiques.
    Dommage qu’il n’y en ait cette fois que deux.(3) Il y a plus d’un an et
    demi j’écrivais « ... cette fée du Plat Pays nous aspire dans la
    profondeur de ses paysages aux teintes chatoyantes et nous en rend
    partie prenante. Reliefs saisissants, personnages (...) d’autant plus
    dramatiques qu’ils sont justement composés, horizons »hollandais« sans
    bornes, où le »voyeur« , devenu héros de la fable rejoint les »acteurs« ,
    fatalement des seconds rôles ; toute la dramaturgie des photos d’Ellen
    Kooi concourt à nous remuer les tripes après nous avoir enchanté l’oeil
    et l’esprit ». Dans le couloir de la galerie, à gauche de l’entrée, une
    autre artiste, aussi jeune que prometteuse,

    Gudny Gudmundsdottir,

    qui nous vient d’Islande, voit exposer ses croquis architecturaux en
    éventail de ce qui pourrait être ici un théâtre surréaliste, là un
    avant-projet de labyrinthe futuriste, gris sur gris. C’est une
    découverte, pour moi en, tout cas, car elle a déjà exposé au Grand-duché en 2002 et plus précisément chez Nosbaum & Reding, avec les « jeunes artistes de Hambourg ». Du même coup je découvre les « (dé)constructions volontaristes de ses dessins aériens », comme on les appelait déjà en 2005 à la Galerie Asbaek de Copenhague. Également dans le couloir, mais aussi dans la bibliothèque face à l’entrée,

    Roland Quetsch

    est de retour chez Beaumontpublic avec ses sempiternels feuillets à
    croquis vaguement humoristiques, ainsi que – nouveauté ! – un grand
    tableau passablement baroque en acier, toile, bois et acrylique, baptisé
    « Pretty random painting’ A+2008 », qui rappelle un élément de cloison de
    jardin en lames de bois croisées. De retour dans la grande salle, nous
    pouvons admirer un portrait exécuté de main de maître par

    Filip Markiewicz.

    Son modèle n’est autre que Marie-Claude Beaud. La voilà qui après avoir
    quitté, selon blog Laure Tixier, « avec le sentiment du devoir accompli »
    la direction d’un MUDAM qui s’élève en un noble »understatement« 
    architectural, toujours selon blog Laure Tixier, « aux antipodes de
    certains des traits pénibles, pour ne pas dire puants, du petit monde de
    l’art contemporain... », apparaît, pour ainsi dire nolens volens, en
    effigie, chez Beaumontpublic. Admirable ironie ! Quant aux trois derniers
    artistes de cette exposition collective,

    Yves Netzhammer, Edmond Oliveira et Su-Mei Tsé,(4)

    il se fait que cette fois je ne me situe pas vraiment sur la longueur
    d’onde de leurs réalisations. Ça ne signifie pas grand-chose, bien sûr,
    mais ne voulant pas dénigrer ce que je ne comprends pas, je me
    contenterai de m’en remettre à la présentation de la galerie, dont voici
    le texte : « La vidéo d’Yves Netzhammer ‘Furniture of Proportions’ 2008
    nous rappelle sa présence (...) dans le pavillon Suisse à la Biennale de
    Venise 2007 ! une suite d’objets et de personnages manipulés par notre
    histoire à une vitesse vertigineuse. Edmond Oliveira poursuit froidement
    sa recherche de la vie très réelle d’un monde virtuel. (...) Su-Mei Tsé
    quant à elle s’intéresse aux arrêts sur un moment et la multiplicité des
    résultats ainsi possibles. Y entrent en compte les arrêts sur
    l’histoire, le son, la respiration. Comme les échos qui paraissent
    parfois onduler en avant et en arrière, ces anticipations psychologiques
    sont la preuve d’une cogitation minutieuse et d’une réflexion bien
    pesée. » À vous de juger, amis lecteurs !

    ***

    1) Galerie Beaumontpublic, (www.beaumontpublic.com/), 21A avenue Gaston Diderich. L’exposition est ouverte jusqu’au 21 février.

    2) Sur le constructivisme allemand, lire aussi mon article dans Zeitung
    vum Lëtzebuerger Vollek du 3.1.2006 : « Karl Waldmann et le
    Constructivisme – Exposition autour d’une énigme »

    3) Pour une présentation plus complète d’ Ellen Kooi et sa précédente
    expo chez Beaumontpublic, v. mon article dans Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek du 3.5.2005

    4) Sur la remarquable (cette fois pour moi incompréhensible) artiste
    qu’est Su-Mei Tse, lire notamment mes articles du 14.4.06 et 3.4.08

    Giulio-Enrico Pisani

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