Olivier Garnier : peintre du « bourlinguer »

Quoi d’étonnant qu’en pénétrant dans la salle de conférence et d’exposition du Centre Culturel Français de Luxembourg(1), me revînt à l’esprit « Bourlinguer », le chef d’oeuvre de Blaise Cendrars ? La découverte, l’expédition, l’aventure : plongée au coeur d’horizons lointains de grands fonds et d’imageries exotiques ! Mais aussi plongée dans le fantastique intérieur et le fantasme. Quinze toiles magiques grand format, carrées ou rectangulaires, enferment dans leurs un à deux mètres carrés les impressions recueillies par Garnier et les rendent transformées par l’expression de son talent : ici tragique, là drolatique, ailleurs carnavalesque, toujours théâtral. Art du capté-rendu, superficielle et « fière » de l’être, la peinture d’Olivier Garnier, n’a rien de l’introspection psychanalytique chère à certains créateurs. Donc nul besoin d’être grand clerc ou multidiplômé pour l’apprécier. On peut ne pas aimer, bien sûr. Moi, j’ai aimé ; et vous ? Je suis quasi-certain qu’il en ira de même pour vous.

L’artiste, qui qualifie sur son site Internet sa peinture simplement de figurative, lorsque j’y vois bien plus un authentique expressionnisme fort de dramaturgies ressenties plutôt qu’apparentes, m’a avoué vouloir se détacher encore davantage des représentations réalistes. Qu’en sera-t-il demain ? Demain nous l’apprendra. Tout que je sais, pour l’heure, c’est que déjà ses tableaux Mille et une nuits à Cuba, Un porteur d’eau, L’amour dans les coulisses, La pieuvre 20000 lieus sous la mer, Les crabes, Le premier homme et la première femme, La sirène et autres Naufrage, pour ne citer que ceux-là, ne peuvent être qualifiés de figuratifs qu’au sens le plus large du mot. Le figuratif, ce furent sans doute ses débuts, son parcours initial, devenu peu à peu initiatique. Voilà ce que ressent le visiteur profane pris aux tripes par la formidable force de l’expression garnieresque.

Né en 1957 à Marseille, enfant et ado à Strasbourg, puis étudiant aux Beaux-arts de Nancy, aujourd’hui peintre confirmé à Paris, Olivier Garnier a également parcouru le monde en long et en large. Notamment la Turquie avec une pensée pour Pierre Loti, L’Inde, le Sri Lanka, l’Indonésie avec leurs jungles, misères, splendeurs et pagodes, le Mexique de Frida Kalho et Diego Rivera, ainsi que la mer, toujours la mer, la grand bleue, ses vagues, ses horizons, ses fonds et ses féeries... Tout cela réuni aujourd’hui sur une scène unique, sorte de cirque ou théâtre de Pangée, donc à Luxembourg, au 1er étage du 34/A rue Philippe II ! Sans prétention toutefois. Refusant tout rapport au génie, il reconnaît cependant la force du métier et la fertilité du talent. « Ma peinture est relativement superficielle mais suffisamment travaillée, à mon avis en tout cas, pour aboutir à un sentiment intimement joyeux » confie-t-il modestement sur le site www.a-comme-artiste.fr/annuaire-artiste-olivier-garnier-15798.html.

J’ai mentionné Pierre Loti et Frida Kalho. Mais c’est surtout le souffle des Cézanne, Matisse, Franz Marc et Chagall qui l’accompagne, sans s’imposer toutefois, une immense liberté à la clef : l’ouverture tous azimuts qui caractérisa notamment ce Cavalier bleu (Blauer Reiter) dont nous sommes encore à ce jour bien loin d’entendre les derniers galops. Parrainage accepté ? Je n’en sais rien. De toute façon, Garnier n’est pas homme à s’embourber dans l’héritage des maîtres, aussi riche et flatteur soient-il. Rien de figé, de dogmatique, d’académique dans son travail, rien de définitif non plus, rien, ou si peu, qui vaille aujourd’hui pour hier, ou pour demain ! Notre artiste est en mouvement permanent ; il évolue sans cesse. Peu de règles. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur son site www.olivier-garnier.com et sur la présentation de son parcours, pour s’en rendre compte. En voici quelques extraits :

« En 1999, j’ai commencé la série des « publicitaires imaginaires ». Dans ces fausses pubs, je ne cherchais pas à dénoncer la société de consommation comme aurait pu le faire une oeuvre du Pop Art mais à répertorier des images qui m’avaient marqué (...) Puis en 2000- 2001, j’ai peint avec des pigments acryliques (couleurs Leroux) et sur des formats de plus en plus grands. Au début les sujets étaient très classiques. Je peignais en extérieur (mon jardin, mes enfants) ou des thèmes qui se voulaient plus graves (...) Fin 2001, j’ai retrouvé un imaginaire plus léger. J’ai peint des scènes absurdes qui me parlaient mais qui ne sont pas près d’être rangées dans un style académique ! Une peinture figurative plutôt originale. C’étaient des petites histoires mises sur toile, chargées d’ironie (...) En 2004-2005 je me suis arrêté de peindre pour réaliser l’écriture d’un roman... »

Et ce roman, c’est « Le derrière des Okapis », qu’il présente sur www.le-derriere-des-okapis.com/public/Le-derriere-des-okapis-
chapitre-1.doc.
(2) Quant à sa pause picturale, elle devrait être temporaire, je présume, car l’absence d’Olivier Garnier du monde de l’art serait une perte indiscutable, lorsque son affirmation littéraire romanesque, elle, doit encore faire ses preuves. De toute façon, nous ne pouvons pour l’heure que nous rincer l’oeil à sa peinture, à ses images fortes, à ses couleurs, ici en mi-teintes, là chatoyantes, surtout tant que ce festin est exposé si près de chez nous. À ne manquer sous aucun prétexte !

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1) Centre Culturel Français de Luxembourg, 34/A, rue Philippe II, Luxembourg, tel. 442166.1 ; l’expo Olivier Garnier est ouverte du lundi au vendredi 14 – 17 h jusqu’au vendredi 30 janvier.

2) Pas évident. Le chargement est trop long à mon goût d’internaute impatient. Mais le bouquin étant censé sortir bientôt, je vous tiendrai au courant.

Giulio-Enrico Pisani

jeudi 22 janvier 2009