Exposition à la poussière de bois

Un danger qui pourrait être limité

Le bois est un matériau vivant, entièrement naturel, aux milles et un usages, dont la chaleur, la beauté et le caractère écologique, font de lui le plus apprécié des matériaux.

Mais n’échappant pas à la règle que rien n’est parfait sur terre, le bois a lui aussi un élément négatif, sa poussière, dont sont victimes les personnes qui le travaillent. Omniprésente dans toutes les entreprises de transformation du bois, de la scierie à la construction navale, en passant, notamment, par l’industrie du meuble et du jouet, elle peut, si les mesures qui s’imposent ne sont pas prises, engendrer divers problèmes de santé, des problèmes pulmonaires et cutanés, mais surtout le cancer des cavités nasales et sinusiennes. En France, la poussière de bois, à laquelle on estime à 300.000 le nom-bre de travailleurs qui y sont exposés, est à l’origine de 87 maladies professionnelles reconnues, et est aussi la deuxième cause de cancer professionnel après l’amiante.

Le problème se situe particulièrement au niveau de la prévention. Après une inspection réalisée, en France, auprès de 3.105 établissements, Jean-Denis Combrexelle, directeur général du travail, a déclaré que la formation et l’information des salariés »ne sont pas suffisamment assurées« , que la réglementation relative au suivi des salariés exposés est »peu appliquée« , et que la valeur limite d’exposition professionnelle contraignante est »trop rarement contrôlée« .

Ayant eut vent de ces informations, le député Marcel Oberweis a demandé à François Biltgen et à Mars Di Bartolomeo, respectivement ministres du Travail et de la Santé, ce qu’il en est au Luxembourg, combien de personnes sont exposées, combien de maladies sont reconnues et, au niveau de la règlementation, qu’en est-il de son application ainsi que des contrô-les ?

Le ministre du travail commence par expliquer que les poussières du bois, en particulier du chêne, du hêtre et de bois exotiques, peuvent occasionner des inflammations aux nez et voies respiratoires, supérieures et inférieures, pouvant évoluer vers la rhinite chronique, l’asthme ou encore un cancer du sinus. Selon l’Association d’assurance contre les accidents (AAA), le risque de cancer serait réel, dans les entreprises spécialisées, lorsque »les travaux impliquent un seul poste de travail, du chêne et du hêtre, constituant plus de 30% du volume total du bois traité.

Il fait savoir que les entreprises qui travaillent et transforment le bois au Luxembourg occupent 3.900 salariés (414 femmes) dont 15% sont exposés à la poussière. Durant les cinq dernières années, l’AAA a reconnu un cancer par an, un cas de 2008 étant actuellement en cours d’instruction. C’est le règlement grand-ducal du 30 juillet 2002 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à l’exposition à des agents cancérigènes ou mutagènes au travail. Ce règlement prévoit »une exposition professionnelle maximale de 2mg/m3 sur une période de référence de huit heures de travail« en précisant toutefois que »si les poussières de bois durs sont mélangées à d’autres poussières de bois, cette valeur limite de 2mg/m3 sur huit heures de travail s’applique à toutes les poussières de bois présentes dans le mélange. Le ministre indique que cette limite est identique à celle appliquée en Allemagne, et qu’elle est plus sévère que celle de l’Union européenne (5mg/m3), mais omet cependant de dire qu’elle est le double de celle française (1mg/m3). Il estime que cette législation est suffisante et informe que des visites sont effectuées dans les entreprises par l’Inspection du Travail et des Mines ainsi que par l’AAA, mais qu’elles ne sont cependant pas régulières actuellement. Il rappelle également que le médecin du travail contrôle les personnes exposées lors des examens périodiques.

Enfin, il ajoute que les remarques faites en France, après les inspections, sont également valables pour le Luxembourg.

I.P.I

Ivano Iogna Prat : samedi 13 juin 2009