Trois lumineux poètes belges

Barbara Y. Flamand, Guy Goffette et Paul Van Melle

Barbara Flamang n’est pas une inconnue de nos lecteurs et lectrices. Voici quelques années, nous avons présenté en nos pages le dernier livre de l’auteur. Mais avec Barbara, il n’y aura jamais de dernier livre, parce qu’elle nous surprend toujours avec une nouvelle publication. Elle a d’ailleurs à son actif une bonne trentaine de livres, parmi ceux-ci des recueils de poésie, de nouvelles et de récits, ainsi que des essais.
Si la poésie de Barbara Y. Flamand est souvent révolte, elle est toujours « amour ». Parce qu’elle dit, qu’elle chante son amour pour les humains, pour les plantes, les animaux, la nature, l’art. Avec elle l’amour prend toutes les formes. Barbara prétend d’ailleurs – et elle a mille fois raison – que l’amour est le lien qui relie au monde. Puissant et confiant, il protège le poète de la tentation d’abandonner la quête du sens et de vouer toute action à l’absurdité.

Le nouveau recueil de poèmes de Barbara Y. Flamand vient d’être publié en édition bilingue français-tchèque, sous le titre La patience du guetteur d’aube/Trpelivost lovce ứsvitu aux Editions ONYX ( www.onyxedition.com / amjtisk@seznam.com ).

Il y a tant de misère dans le monde / que le prisonnier – de droit commun- pense, en recevant sa pitance, / que sa cellule a du bon / car la liberté sans pain n’est pas la liberté. // Il y a tant de guerres dans le monde / que l’expert ès armes nucléaires voyage incognito de peur / d’être pointé du doigt par un quidam et voué aux gémonies. / Même dans les miroirs, il n’ose se regarder.// Il y a tant de douleur dans ce monde / que les anges perdent leur flegme et fondent en larmes / suppliant « Seigneur, sors de ta retraite ! ». / La réponse ne venant, ils rabattent piteusement leurs ailes.// Il y a tant de cruauté dans ce monde / que Belzébuth, dépassé, jette son titre aux orties et / se croyant, par plus malin que lui, métamorphosé en enfant de chœur, entre dans les arcanes des maffieux.// Il y a tant de mensonges dans ce monde / que l’historien officiel du Pouvoir ne sait plus / sur quel faux fixer son choix, ni comment / s’assurer un fauteuil à l’Académie. // Il y a tant de déraison en ce monde / que le bonobo chevronné rassemble ses congénères / pour réviser l’évolution des espèces et proclamer / le mérite du singe au titre d’humanité. // Il y a dans ce monde tant de judas / qui vendent les droits des peuples, / sols, sous-sols et forêts / aux dictateurs économiques, que le cœur profond de la terre / se révolte en tornades furieuses. ( Instants réflexifs – extrait du recueil « La patience du guetteur d’ombre ).

Le poème « La fin du myosotis » que Barbara Y. Flamand a écrit à la mort de sa mère est émouvant : … … Moi, qui ai capté chaque vibration de tes cils, / je t’ai fait mienne, / comme tu m’as fait tienne dès mon éclosion. / Je sais : notre vie n’est qu’un bref soupir / du souffle qui cracha les astres. / Rien d’autre ne me frappe qu’une loi naturelle. / Mais mon amour cousu dans ma chair / refuse, et hurle dans tes draps…….

Barbara Y. Flamand est une merveilleuse et délicate guetteuse d’aube, guetteuse d’amour, de poésie, d’amitié, de tendresse. Une grande poétesse, une plume sincère, une interprète de mille et un hymnes à la vie, à la sincérité, à l’honnêteté, à l’humain.
A découvrir impérativement.

C’est aux Editions Gallimard ( www.gallimard.fr ) que Guy Goffette publie son nouveau recueil de poèmes, sous le titre Tombeau du Capricorne. « Au Capricorne », petit restaurant parisien, quatre amis se retrouvent régulièrement jusqu’au jour où l’un deux, que la mémoire a trahi, se perd dans le brouillard. Si le néon du Capricorne continue de briller, la constellation des « quatre », elle, s’est défaite. Elégiaque est le chant qui monte du recueil de Guy Goffette, afin de rappeler, au-delà de l’anecdote, que l’amitié, si rare en poésie, n’est pas toujours un vain mot. Signalons la sortie de presse d’un recueil de récits du même auteur, chez le même éditeur, sous le titre Presqu’elles : Guy nous confie qu’il en est des femmes comme des îles, on ne les aborde jamais aussi facilement qu’en rêve. L’écriture de Guy Goffette est splendide.
A lire sans faute !

La poésie de Paul Van Melle est unie dans l’aube, une aube où manque encore un avenir pour les jeunes désorientés, d’un siècle à peine commencé. Paul Van Melle, auteur de nombreux recueils de poèmes (Le sel de la terre ; Naître au silence ; Le regard trouble…..), d’un roman (Aller simple pour l’Anadyr), de contes (La grande Hulpe), de jeux scéniques (Ulenspiegel….), d’essais ( La guerre picrocholine ; Bakongo ), est un fascinant et passionnant personnage, animateur du mensuel littéraire « L’Inédit Nouveau » (11, avenue du chant d’oiseaux B – 1310 La Hulpe – Belgique), responsable des Editions du Groupe de Réflexion et d’information littéraires (même adresse ).

Les Editions Chloé des Lys asbl (http://editionschloedeslys.be / chloe.deslys@scarlet.be http://chloedeslysblog.canalblog.com/) viennent de publier le recueil de poèmes Le temps du rêve de Paul Van Melle.

Van Melle dit que les paysages ne se répètent jamais. Une fleur change de vie à chaque seconde. Et de couleur. Les rivières ne coulent jamais de la même manière.

Le poète apparaît soudain dans sa vie, pressé de connaître, de se connaître, de tendre les mains vers les découvertes, ses mains d’aveugle plus précieuses désormais que ses yeux. Il fut un temps de terre, écrit-il, où ses pas le portaient au loin, où ses regards brûlés créaient des mondes, où invisible, il noyait ses passés à chaque seconde.

Pour saisir la portée immense de la poésie de Paul Van Melle, il est sans doute utile de savoir qu’un épouvantable drame a marqué sa vie : la perte de sa fille et de son épouse dans un contexte particulièrement dramatique.

La poésie de Paul Van Melle est d’une incontestable et magnifique grandeur : Je n’ai plus de regrets. Les étoiles restent inaccessibles pour le temps de ma vie terrestre et je n’en souhaite pas d’autre. Seule ma pauvre marche me permet encore de monter haut, parmi les souvenirs de l’humanité entière. Pas de nostalgie, mais la belle branche vive de mon arbre pour de nouveaux voyages vers des ciels de songes comme de lits, avec tous amours d’hier à demain.
Van Melle est et restera à jamais un éternel amoureux de l’humanité et des belles choses.

Un poète, un vrai.

Un pur poète.

Un poète de notre voisine Belgique.

A déguster sans plus attendre.

Michel Schroeder

vendredi 12 juin 2009