Du Mexique à Harlem : des romans passionnants

Juan Manuel Servin est considéré, à juste titre, comme un des écrivains les plus représentatifs de l’hyperréalisme. Dans son nouveau roman, il raconte Eden Sandoval, paria solitaire et désabusé qui mène une vie d’errance et de désoeuvrement dans les rues d’une mégalopole anonyme. Une lassitude dévorante le pousse à chercher des divertissements. Un combat de chiens finit par réveiller son intérêt, à tel point qu’il finit par y participer lui-même. L’auteur dresse dans ce roman, à l’atmosphère sombre, le portrait d’une humanité dévoyée dont les actes sont motivés par l’ennui et le ressentiment. Ce climat de violence et de haine est dépeint au moyen d’une écriture sans concessions, aux accents céliniens, qui tend à épouser les mouvements d’une conscience immergée dans le flot de la vie urbaine. Chambres pour personnes seules de Juan Manuel Servin, auteur mexicain, a été publié aux Editions Les Allusifs. (www. lesallusifs.com)

Catherine Laborde raconte l’histoire de sa mère, Maria del Pilar. C’est un prénom. D’août 1944 à mai 1945, elle a attendu le retour de l’homme qu’elle aimait, arrêté par les nazis. En 1972, elle a écrit ses souvenirs dans un grand cahier, puis le cahier a été oublié. Trente cinq ans plus tard, Catherine découvre, grâce à ce cahier, l’engagement, la jeunesse, la liberté, l’insouciance, la violence, la passion de sa mère. Catherine Laborde raconte aujourd’hui sa mère, une histoire d’amour en temps de guerre. Cela a donné un livre, fort, beau, délicat : Maria del Pilar, publié aux Editions Anne Carrière. (www.anne-carriere.fr)

En 1914, pendant la révolution mexicaine menée par Emilio Zapata, le gouvernement du Mexique a oublié, sur l’île de Clipperton, une garnison de soldats installés avec femmes et enfants. Ils y meurent tous du scorbut à l’exception de trois femmes et de huit enfants sauvés par un navire le 18 juillet 1917. On retrouve alors sur l’île le gardien du phare, mort la veille, assassiné par les femmes dont il avait abusé pendant plus de deux ans. Ana Garcia Bergua met en scène cet épisode historique à travers la voix de deux protagonistes de cette sordide affaire. Avec son roman L’île aux fous, publié au Mercure de France, elle nous livre une fresque très originale où le Mexique se lit à toutes les pages.

Beyrouth, après la guerre civile. Boutros est vigile dans un cinéma abandonné. Il aperçoit une silhouette, tente de la poursuivre, fait une chute violente au fond d’un trou. Puis il perd conscience. Revenu à lui après un long temps, recueilli dans une maison souterraine creusée dans la pierre, il comprend peu à peu qu’il existe une antique ville souterraine, jadis engloutie par un tremblement de terre, mais toujours habitée. Parmi ses rencontres, Yasmina, la silhouette du cinéma avec qui se noue un amour secret. Si Boutros apprend à découvrir ce reflet trouble de la Beyrouth d’en haut, la mémoire de sa vie d’avant, marquée par la violence d’un conflit absurde, ne le quitte jamais. Après des mois sous terre, il remonte à la surface. Bouleversé par ce monde enfoui et fragile, il rompt sa promesse de ne rien révéler à ceux d’en haut. Bérythus, une ville sous terre de Rabee Jaber a été publié aux Editions Gallimard (www.gallimard.fr).

Roman épistolaire, En Cage de Kalisha Buckhanon, publié aux Editions du Rouergue (www.lerouergue.com) dans la collection doAdo-Monde, retrace les destins d’un couple de jeunes noirs de Harlem. Lors de la première lettre, Antonio, dix-sept ans, vient d’être incarcéré. Il est accusé d’avoir poignardé son père alors que ce dernier, une fois encore, battait sa mère. Avec son amoureuse, Natasha, seize ans, il entame une longue correspondance. Tandis que la jeune fille va se lancer dans des études universitaires, Antonio est conscient qu’il ne peut que s’attacher à survivre en attendant sa libération. La vie continue, Antonio finit par sortir de prison au bout de cinq ans, de son côté Natasha devient avocate. Mais que s’est-il passé un soir de l’année 1990 ?

Vincent Ravalec a arrêté l’école à 14 ans et enchaîné les petits métiers après une formation d’apprenti-menuisier. Au début des années 90, il a commencé à écrire et a connu d’emblée le succès. Nous nous souvenons avec plaisir de Un pur moment de rock’n roll et de Cantique de la Racaille. Aujourd’hui, Vincent Ravalec publie aux Editions Fayard (http://www.editions-fayard.fr), le deuxième opus de Nouvelles du Monde entier II. Les nouvelles de ce recueil explorent les faces sombres et parfois cocasses d’un monde fourmillant au point de n’être plus, toujours, très intelligibles. L’auteur sait de quoi il parle, puisque pour écrire ce livre, il a entrepris un véritable tour du monde.

Tout destinait Maria Moura à devenir la maîtresse d’un grand domaine, pourtant, à la tête d’une bande d’hommes armés elle rançonne les voyageurs sur les routes du sertao brésilien et utilise tous les moyens que lui offre cette société rude et violente pour prendre le pouvoir et assurer sa liberté. Manipulatrice, elle dresse les hommes les uns contre les autres dans des batailles rangées ou en éliminant quelque amant gênant. Rachel de Queiroz, auteur de Maria Moura, publié aux Editions Métailié, est née dans le Nord-Est du Brésil.

Michel Schroeder

vendredi 5 juin 2009