De purs moments de littérature

Anna Maria Ortese est probablement la plus grande dame de la littérature italienne. Le port de Tolède, qui vient d’être publié aux Editions du Seuil (www.editionsduseuil.fr), est un habile et agréable mélange de roman, poésie, réflexion. L’auteur se souvient, elle se souvient de Tolède, célèbre artère, la « Via Toledo » à Naples, d’où partent vers l’ouest les quartier espagnols, les Quartieri Spagnoli. Elle nous parle de nuits de liberté et de terreur, d’immortelle douceur, elle décrit avec subtilité le bario du port, entre dans la lumière, pénètre dans les prémonitions, vogue avec ses lecteurs, avec style et brillance, dans ces méandres tortueux de la guerre qui pointe. Nous découvrons une société fermée, énigmatique, injuste, nous ferons connaissance, toujours dans une lumière fulgurante, d’individus nés perdants qui resteront perdus à jamais. 550 pages de pur bonheur littéraire…..

C’est un Casanova hors du commun que nous découvrons avec l’ouvrage Fragments de mémoire, publié aux Editions Alternatives (www.editionsalternatives.com), illustré par Brody Neuen-schwander. Entre classicisme et modernité, sobriété et baroque, le travail plastique de Neuenschwander fait parfaitement écho à l’univers foisonnant de Casanova. Une lecture spontanée, un voyage doublement artistique et littéraire.

Philosophe éminent et mélomane passionné, Bernard Williams fut l’auteur de nombreux textes décrivant tant les conditions historiques des œuvres musicales que leur portée philosophique et leur organisation thématique. Articulés autour de réflexions sur les opéras de Mozart et de Wagner, les essais contenus dans l’ouvrage Sur l’opéra, de Bernard Williams, publié chez Gallimard/Le Promeneur (www.gallimard.fr), s’intéressent aussi aux œuvres de Verdi, Strauss, Debussy ou Janacek. Deux aspects de la création musicale sont d’une importance fondamentale pour l’auteur : d’une part, les exigences de la composition, de la représentation et de la mise en scène d’opéra, de l’autre la puissance de l’immédiateté de sa prégnance émotionnelle, la capacité de la musique à toucher d’un même mouvement le cœur et l’intellect, données essentielles pour une forme esthétique qui tend vers l’œuvre d’art totale.

« Le licencié de verre » est une de ces nouvelles fascinantes que Cervantès publia à la fin de sa vie, en 1613, après huit années de maturation. A travers l’histoire de cet homme qui sombre dans la maladie, Cervantès laisse libre cours à son génie littéraire, usant de ses grandes connaissances médicales, acquises auprès de son père chirurgien, pour mieux livrer le portrait de Rodaja, qui se croit fait de verre. On retrouve cette nouvelle, ainsi que d’autres, sur le CD Nouvelles extraordinaires, lue par un comédien à l’immense talent, Michel Bouquet. Une production Frémeaux et Associés. (www.fremeaux.com ).

Manoel De Oliveira est le plus pur, le plus magique des représentants du « cinéma d’auteur portugais ». En 2008, il a obtenu la Palme d’Or pour l’ensemble de sa carrière au Festival de Cannes. Son film Christophe Colomb, l’énigme, vient de sortir en format DVD chez Epicentre-Films (www.epicentre films.com). Dès les années 40, Manuel Luciano entreprenait de découvrir la véritable identité de Christophe Colomb. Dans ses multiples voyages entre le Portugal et les Etats-Unis, toujours accompagné de sa femme, l’autre grande passion de sa vie, il a été le témoin de nombreux changements dans le temps et dans l’espace. Aujourd’hui, il est sur le point de dévoiler les mystères du célèbre explorateur. Mais un dernier voyage dans la maison qui a vu naître le grand navigateur lui est nécessaire…

Romancier, nouvelliste, poète, journaliste et polémiste, Barbey d’Aurevilly a laissé une œuvre sulfureuse d’une puissante originalité, conjuguant réalisme et fantastique. Ces romans et nouvelles mettent en scène des femmes révoltées, portées par la puissance d’un érotisme solaire autant que mortel. Dans le volume Les tourmentées de Jules Barbey d’Aurevilly, publié chez Omnibus (www.omnibus.tm.fr) nous retrouvons les textes suivants : Léa, Une vieille maîtresse, l’Ensorcelée, Les diaboliques, Une histoire sans nom.

Les œuvres complètes (1580-1649) de Pèire Godolin viennent d’être publiées aux Editions Privat. Cette édition permet de découvrir un auteur immense, passeur de l’âme occitane, mais tout autant maillon entre Montaigne et Molière, dans une Europe baroque, que l’historiographie française a voulu trop longtemps masquer. La poésie légère et profonde de Godolin est d’une inventivité fulgurante.

L’œuvre de Frank Venaille, né à Paris en 1936, se détache désormais avec évidence parmi les aventures poétiques les plus intenses de notre temps et s’affirme de livre en livre, comme l’une des voix majeures de la poésie contemporaine. L’auteur a réussi à imposer une poésie qui se place résolument du côté de ceux et celles qui croient à la communication par la poésie. Fait de rythmes différents, d’une ponctuation rageuse, son recueil publié sous le titre Ca au Mercure de France, conjugue violence et réalisme, larmes, ricanements et tendresse.

Michel Schroeder

mardi 21 avril 2009