Carole Melmoux-Philippot expose à La Galerie fruits, fleurs, femmes et paysages

Carole Melmoux-Philippot nous apprend que, née le 16 janvier 1971 à Etampes, elle fréquente, enfant déjà, l’Atelier de la vigne d’Etampes, où elle suit les cours de Gaëtan Ader et Patricia Legendre. (1) Elle pratique également la danse classique, puis est admise au Conservatoire National Supérieur de Paris, tout en suivant sa scolarité au lycée Racine. Après le baccalauréat, elle hésite à se présenter aux Beaux-arts et décide de poursuivre des études classiques à la Sorbonne, où elle obtient une maîtrise de Lettres Modernes. Mais l’amour de l’art et particulièrement de la peinture, ne l’a pas lâchée. Après avoir, comme tant de talents en herbe, accepté un moment de « filer droit », de s’incliner devant le « primum vivere deinde philosophari », elle revient à sa passion, retourne en 1997 à l’atelier d’Etampes et suit l’enseignement de Philippe Lejeune. Cette introduction biographique était elle indispensable ? Non, bien sûr, mais elle nous permet de situer, de mieux comprendre et d’aimer davantage la peinture de Carole Melmoux-Philippot.

La danse classique d’abord. Certes, aucune ballerine ou petite souris parmi les toiles exposées. Cependant, en dépit de leur immobilité, toutes les figures féminines qui peuplent aujourd’hui La Galerie (2), auraient pu être danseuses. Leur immobilité ne représente en effet que l’instant, le désir d’envol. Qu’elles soient assises devant une porte-fenêtre ouverte comme dans « L’attente de Rose », debout dos au mur sur une table basse comme dans « La femme perdue » (Barbara ?), ou pensives et mi-dévêtues comme « Nadia » elles semblent – nymphes ou futures apsaras – toutes prêtes à s’élancer, à répondre à l’appel de quelque sacre printanier.

L’influence de l’Atelier d’Etampes ensuite… Plus encore que celle du maître – Philippe Lejeune – dont le style diffère tout compte fait beaucoup de l’impressionnisme aérien de l’élève, c’est l’ambiance Atelier de la vigne que l’on peut découvrir dans ses oeuvres. N’y a-t-il pas en effet comme un air de famille entre « Le port militaire de Brest » ou le « Souvenir d’atelier » de « notre » artiste et certaines « vues d’Evry », respectivement « ... d’atelier » de Franck Senaud ? Donc pas d’empreinte Philippe Lejeune à proprement parler, nulle servitude à un genre ou style ; rien qu’un figuratif sans contraintes, dont il affirmait : « La plus grande liberté de l’École d’Etampes a été de refuser l’intégrisme de la peinture informelle. »

Et enfin, sa formation littéraire, eût pu, certes, n’eût été l’Atelier de la vigne, la forger dramaturge, mais, ses mots étant le plus souvent couleurs, elle choisit d’être peintre, ses tableaux fleurissant sur toile plutôt que sur les planches. « Comment peindre la réalit-é ? » demande-t-elle sur le site www.artactif.com/melmoux. « Ne pas tout dire, ne pas décrire et ne penser qu’à la couleur et à la touche ? … » Songe-t-elle à ses turquoise, à ses olive, ocres et autres sépia, discrètement étalés en harmonies subtiles ? Et la voilà qui ajoute, un peu plus loin : « Par la peinture, l’intériorité s’exprime en se couvrant du voile de l’esthétique comme peut l’être la passion de Phèdre chez Racine... » Mais aussi : « ... le peintre est la voix, une voix qui s’affirme, qui s’efface et qui reste en retrait, comme un acteur qui joue le rôle principal et qui renonce à dire ce que finalement le tableau finit par exprimer... » et, enfin « ... Seul le peintre, s’il prend le temps de chercher, peut dire comment le réel, ses lectures, ses rencontres l’ont conduit vers un tableau... ».

Mais trêve d’analyses et d’extrapolations, amis lecteurs, et revenons à La Galerie, où nous attendent deux douzaines de fort jolis tableaux, dont certains peuvent être qualifiés en toute objectivité d’authentiques chef-d’oeuvres. Comment vous transmettre mon appréciation, voire mon sentiment ? Si chacun aimait ce que tous aiment, il n’y aurait qu’ennui permanent ou envie tous azimuts. Alors, quand je vous dis qu’en entrant dans La Galerie, à votre gauche, vous serez d’emblée accueilli par de ravissantes... natures mortes dont les fleurs éparpillées, les anémones, les roses et les citrons sont plus vifs que nature, me croirez-vous ? Affaire de goût, sans doute, mais comment ne pas voir, notamment dans le n° 3, « Anémones et citrons » une véritable petite merveille, que ne renieraient ni Bonnard, ni Cézanne, ni aucun admirateur de belle peinture.

De l’autre côté de la salle, nous retrouvons une autre superbe réussite, le n° 12, « L’attente de Rose », déjà cité plus haut. Je passe la chaleur du tableau, sa finesse, ses teintes exquises, que vous saurez découvrir vous-mêmes, pour m’attacher au thème. Qu’attend-t-elle, Rose, la femme-rose ? L’amant ? le retour du passé ? le temps qui passe ? ce qui pourrait advenir ? Pourtant la femme physique me semble moins être le sujet du tableau que le jardin, l’extérieur, l’ailleurs, la rêvasserie : autant d’espaces faits de passé et de futur tout à la fois qui la transcendent dans l’oeil de l’artiste et auxquels l’artiste aspire et s’en inspire.

Autre prodige : le n°13, « Souvenir d’atelier ». Ici la fenêtre domine également. Haute, plus claire, mais opaque, elle renvoie le regard du spectateur sur l’atelier du peintre... absent. Nul signe d’activité, nul capharnaüm, rien du foutoir d’artiste : une table quasiment vide, des chaises, un chevalet, quelques rangements et... une mystérieuse visiteuse qui semble s’en détacher. Celle-ci se dresse, debout à l’extrême bord de la table, non pas essentielle telle « La femme perdue », mais format réduit, mystérieuse, fantomatique, quasi-étrangère au tableau... que son répondant humain a pourtant peint. S’est-elle sous-dimensionnée, comme dans la hiérarchie statuaire de l’Égypte antique, pour marquer son peu d’importance ou son absence autre que sentimentale, ne se voulant que visiteuse, souvenir, justement, comme en passant, mais souvenir sempervirent ? Une composition très réussie et un tableau splendide !

Et que dire du n° 21, « Nadia », dont la sobre et élégante mi-nudité, où seul le galbe d’un mollet suggère le charnel, est davantage attente (encore !) et rêverie que provocation !? Et comment passer sans le voir, le n° 10, ce « Port militaire de Brest », sujet trivial s’il en est, dont Carole Melmoux-Philippot fait toutefois un paysage splendide digne des plus grands impressionnistes !? Voilà pour ce qui est de mes tableaux préférés ; quant aux autres, ne pouvant avec la meilleure bonne volonté du monde vous les détailler tous, je vous en laisse la découverte. Il y a d’ailleurs des chances pour que vous les appréciiez tout autrement que moi. Quant à vos préférences, elles n’appartiennent qu’à vous. Qu’est-ce que cet article d’autre, qu’une fenêtre sur cour ou une porte-fenêtre sur jardin... à découvrir ?

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1) Atelier fondé dans les années soixante-dix par le célèbre peintre Philippe Lejeune à Étampes et sis – précisément – rue de la Vigne.

2) La Galerie, 10-16 place de la Gare, L-1616 Luxembourg, tel 269 570 70, (Passage Alfa, en face de la gare), expo Carole Melmoux-Philippot jusqu’au 30 avril – lundi à vendredi 11-18 h, samedi 14-18 h. Site Internet www.lagalerie.lu

Giulio-Enrico Pisani

mercredi 15 avril 2009