Migrations, exils et autres réalités dans des livres

Khayar Oumar Defallah, en publiant son livre Fils de nomade, les mémoires du dromadaire aux Editions de l’Harmattan (harmattan1@wanadoo.fr), a voulu transmettre à ses enfants l’héritage d’un Tchad uni. La génération de l’auteur est sortie de sa brousse paysanne ou pastorale pour assimiler, à marche forcée, la modernité occidentale, recevoir l’indépendance telle un cadeau, s’enivrer du parfum de cette liberté retrouvée avant que les pièges infernaux des guerres civiles ne la dispersent en tendances politico-militaires se combattant les unes les au-tres. L’auteur, grâce à son écrit, nous permet de mieux comprendre le nomadisme africain et ses difficultés à s’adapter et à s’intégrer dans un système sédentaire.

En 1933, une communauté d’intellectuels, artistes et politiciens allemands juifs et non juifs, se réfugia dans le sud de la France dans l’espoir que le régime hitlérien serait de courte durée. L’ouvrage Exils méditerranées de Ulrike Voswinckel et Frank Berninger, publié aux Editions du Seuil (www.editionsduseuil.fr), est particulièrement bien documenté. Il retrace l’histoire mouvementée, déchirante, la cruelle désillusion, puis l’organisation d’un combat et de la survie, de ces individus qui furent rapidement, dès la déclaration de la guerre, considérés comme des réfugiés ennemis.

Comment est-on passé de la riche et prospère Mésopotamie à l’Irak exsangue et meurtri ? Pourquoi un pays possédant autant de richesses naturelles et démographiques est-il le théâtre de tant de tragédies depuis 20 ans ? Remontant à la création de l’Irak en 1920 par le colonisateur anglais, Pierre-Jean Luizard, auteur de l’ouvrage Comment est né l’Irak, publié aux Editions du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique), s’interroge sur les origines de la questions irakienne. Il montre comment les circonstances de la fondation de cet Etat-nation, inspiré par la pratique européenne et imposé par la force face au projet islamique transnational des religieux, ont conduit aux nombreux conflits qui secouent cette région. Ce livre est d’une actualité brûlante quand l’Amérique et la planète dressent le bilan des désastreuses années Bush.

Au lendemain de la victoire sur la dictature de Batista, Che Guevara a décidé de rédiger un manuel de guerre de guérilla, fondé sur son expérience dans la Sierra Maestra, afin d’aider à répandre les luttes subversives. Ouvrage de stratégie militaire, La guerre de guérilla de Ernesto Che Guevara, publié aux Editions Fayard, poursuit une longue tradition et a été étudié (il l’est d’ailleurs toujours) par les mouvements de guerres anti-coloniales et par les écoles militaires contre-révolutionnaires. L’édition de ce livre a été autorisée et révisée par le « Centro de Estudios Che Guevara » à la Havane. Elle com-prend un avant-propos de Harry Pombo Villegas, l’un des compagnons du Che en Afrique et en Bolivie, et l’un des rares survivants de la campagne bolivienne.

On se souvient que Guernica, ville espagnole, fut détruite par l’aviation allemande au service des nationalistes, le 26 avril 1937. Le jour où Guernica « mourut », l’humanité s’est vu infliger un de ses épisodes les plus meurtriers. En deux ans d’enquête, menées dans les années 70, Gordon Thomas et Max Morgan-Witts, auteurs du livre Les dernières heures de Guerni-ca, publié chez Nouveau Monde Editions (www. nouveau-monde.net), ont reconstitué, minute après minute, les dernières heures de Guernica, parcourant le monde entier pour recueillir les témoignages des survivants espagnols et allemands.

C’est une étrange histoire que celle des diamantaires de la vallée du Sénégal qui nous est donnée à découvrir par Sylvie Bredeloup dans l’ouvrage La diam’spora du fleuve Sénégal, sociologie des migrations africaines, publiée par les Presses Universitaires du Mirail ( www.univ-tlse2.fr/pum/ ) : des comptoirs officieux où se négocient les précieux cailloux, des activités de façade destinées à masquer des transactions illégales, des villes surgies de nulle part, des communautés humaines qui se recomposent en fonction de cette économie très spéciale. S. Bredeloup analyse la façon dont le trafic des diamants a fait naître dans cette région du monde de nouveaux espaces d’échanges et de circulation. Ces formes de mobilité inédites permettent de réinterroger l’articulation entre entreprenariat économique et dynamiques urbaines, entre solidarités migratoires et relations productives. Une recherche qui renouvelle la question migratoire en Afrique subsaharienne.

Probablement unique au monde par sa diversité et ses richesses culturelles, ses identités diverses, la région du Nord-Est brésilien est confrontée à de graves problèmes sociaux, analysés sans détour dans le livre Le Brésil du Nord-Est, richesses culturelles et disparités sociales de Patrick Howlett-Martin, publié aux Editions de l’Harmattan. (harmattan1@wanadoo.fr) Cette publication est l’une des études les plus remarquables du Brésil d’aujourd’hui, découlant d’expériences vécues dans la région du Nord-Est.

Michel Schroeder

vendredi 3 avril 2009