Les transfrontaliers et la crise

Pas facile d’être transfrontalier ! Il est bon de rappeler, de temps en temps, que la vie des plus de 140.000 transfrontaliers qui viennent chaque jour au Luxembourg pour y travailler n’est pas comparable à celle des autres travailleurs.

Bien souvent, lorsqu’ils arrivent sur leur lieu de travail, ils sont déjà avant de commencer leur journée, fatigués et stressés par les différentes épreuves qu’ils ont dû affronter depuis qu’ils se sont levés quelques heures plus tôt. A cela s’ajoute bien sûr, pour ceux qui ont une famille, tous les problèmes qui en découlent, qui sont loin d’être négligeables : une vie de famille réduite à sa plus simple expression, pratiquement pas de temps à consacrer à leurs enfants, etc.

Selon le député Alexandre Krieps, ce sont également eux qui sont les premiers touchés par les licenciements. Il a tenu à le souligner, à l’occasion d’une question parlementaire sur les licenciements, qu’il a adressée au ministre de la Sécurité sociale et à celui du Travail et de l’Emploi, respectivement Mars Di Bartolomeo et François Biltgen, que les chiffres relatifs aux frontaliers, ne sont pas repris dans les statistiques du chômage. Il voulait connaître notamment quelle était la répartition en matière de licenciements, entre résidents et non-résidents ?

Dans une réponse commune, ils ont tout d’abord présenté les chiffres des entrées et sorties au Centre commun de la Sécurité sociale, en 2008. On y a enregistré, sur toute l’année, 427.582 entrées et 412.716 sorties. Si en début d’année la situation était relativement équilibrée, en décembre on a enregistré 25.260 entrées pour 35.786 sorties. Cependant ils font savoir que le Centre commun de Sécurité sociale n’est pas en mesure de dire si les déclarations de sorties sont dues à des pertes d’emploi ou a des départs volontaires.

Ils expliquent que l’analyse mensuelle du Comité de conjoncture confirme que les effets de la crise se sont faits sentir à partir de décembre 2008. Le Comité de conjoncture l’a également observé au niveau des demandes de chômage partiel qui lui ont été soumises par les entreprises : 58 pour décembre 2008, 100 pour janvier 2009, 76 pour février et 114 pour mars. Au niveau de l’ADEM, le 30 novembre dernier on registrait 10.801 demandeurs d’emploi (4,7%), un chiffre qui est passé à 12.798 (5,5%) fin janvier 2009.

S’ils reconnaissent que les transfrontaliers ne figurent pas dans les statistiques nationales, ils estiment qu’il n’est pas exact de dire que ceux-ci sont les premiers touchés par la crise économique, et poursuivent : »Si on voulait faire figurer les frontaliers dans le taux de chômage, il faudrait logiquement faire figurer dans la population active celle de la Grande Région. Il en résulterait que le taux de chômage diminuerait« .

Toujours à ce propos ils précisent qu’au niveau des attestations E301 délivrées aux transfrontaliers, si la moyenne mensuelle d’attestations établies en 2008 était de 1.180, leur nombre était de 1.642 en décembre 2008 et est passé à 1.651 en janvier 2009. Là également ils soulignent que cela ne signifie pas pour autant qu’il y a eu 1.651 licenciements ou chômeurs en plus. La France exigeant une attestation E301 pour chaque occupation de courte durée, les demandes émanent très souvent de travailleurs intérimaires qui, à la fin de chaque mission de courte durée, introduisent une demande d’attestation E301. C’est ainsi qu’un travailleur peut, à lui seul, recevoir plusieurs attestations E301 en l’espace d’un mois.

I.P.I

Ivano Iogna Prat : vendredi 20 mars 2009