Marc Graas : drames anthropologiques et suspense psychologique

Le style de Marc Graas est remarquable, tandis que le suspense psychologique de ses romans est époustouflant. Ainsi, rien de bien surprenant que les romans de l’auteur, figurent dans les listes de best-sellers. Un premier roman, très porteur, épuisé au bout de quelques mois, c’est là un signe qui ne trompe pas !

Marc Graas, fils du peintre Gust Graas, par ailleurs illustrateur des couvertures des livres de son fils, est psychiatre à l’Hôpital du Kirchberg.

C’est à l’aide du scalpel de psychiatre que l’auteur dessine ses personnages, leur prodiguant une profondeur, un caractère étoffé, détaillé. D’inquiétantes, les situations dans lesquelles s’enlisent certains personnages, deviennent, au fil du récit, claires, compréhensibles. Les atmosphères créées par Marc Graas sont somptueuses, énigmatiques, les descriptions annoncent un style maîtrisé pour son premier roman, un style très personnel pour son second roman. Marc Graas peut devenir à la littérature luxembourgeoise ce que furent les classiques, aujourd’hui incontournables, des lettres allemandes.

Un premier roman, publié sous le titre Die Männer im Schatten aux Editions Saint Paul (www.editions.lu) mérite notre adhésion la plus totale.

Puis, quelques mois plus tard, alors que son premier roman a été épuisé à une vitesse éclair, Marc Graas publie chez le même Editeur un second roman, particulièrement réussi, sous le titre Das Theaterstück von Norvik.

Seul un psychiatre ouvert sur l’ordre et le désordre, capable de comprendre les fonctionnements et dysfonctionnements de l’homme, de la société, comme Marc Graas, possédait les capacités requises pour écrire ce roman.

Une certaine folie ne submerge-t-elle pas le lecteur au fur et à mesure qu’il prend le risque de poursuivre la lecture ? Marc Graas, dans ses moments d’inspiration les plus créatifs, n’a-t-il pas, lui aussi, flirté avec la folie !

L’atmosphère créée par l’auteur est kafkaïenne, avec ci et là, du burlesque digne d’Ionesco. Imaginez que durant 37 années, imperturbablement, un très banal drame paysan, dont il n’existe aucune trace manuscrite, soit jouer sur scène de façon très amateur et… récolte toujours un succès retentissant !

Le public est présent, toujours présent, regardant, écoutant, scotché à la énième représentation de cette pièce paysanne. Cette situation piétine les règles élémentaires de la psychologie humaine, de la psychologie collective, de la psychologie tout court.

Après chaque représentation des actes d’une violence inouïe sont perpétrés. Les acteurs et les victimes de ces drames, ont tous fait partie des spectateurs de l’œuvre théâtrale.

Torre, un jeune scientifique décide de trouver la clef de l’énigme, de comprendre le pourquoi du comment. C’est en train qu’il se rend à Norvik, un trou à rats, perdu quelque part dans le Nord, perdu au fond de ce fjord où le soleil pointe son nez à peine 2 ou 3 heures par jour.

Torre se perd dans un labyrinthe apparemment sans issue. Il tente de sonder le mystère, les mystères, il s’enfonce, ses confrontations avec des ressentiments, des horreurs innommables, des illusions, des mystifications, des irrationalités, sont permanentes.

Cette situation diabolique le précipite dans l’angoisse et la colère.
Torre résoudra-t-il le mystère, les mystères, ou succombera-t-il au mal dévorant ?

Das Theaterstück von Norvik de Marc Graas est le roman le plus envoûtant, le plus fou, le plus sublime, le plus magistral, le plus réussi sur le plan du suspense que j’ai lu au cours de cette année. Bravo maestro.

Avant de nous quitter, je souhaiterais faire le point sur l’excellente production de romans à suspense, de thrillers, de romans policiers, d’auteurs luxembourgeois ou vivants dans notre pays, publiés ces derniers temps :

Aux Editions Saint Paul (www. editions.lu) : Das Ebenbild des Staufers de Michael Bille ; Eine Spur von Leben de Laura Laberge ; Trio mit Ziege de Susanne Jaspers ; Todesfalle Knuedler, Tatort Rollengergronn, Endstation Steeseler Plateau et Das Rousegärtchen-Komplott de Monique Feltgen.

Aux Editions Guy Binsfeld (www.editionsguybinsfeld.lu) : Häerzerkinnek de Henri Losch ; D’Messer am Réck, eng krimi-anthologie, anthologie de nouvelles policières en langue allemande, française et luxembourgeoise ; Leo und die schöne Leiche de Corinne Bauer.

Aux Editions Op der Lay (www. opderlay.lu) : De profundis… au seuil des ténèbres, je t’attendrai de Pierre De-cock ; Todeswasser de Marco Schank.

En auto-édition, le polar de Vic Fischbach Viele Weisse Westen, disponible dans les Librairies Libo, à la Librairie Ernster, ainsi qu’à la Librairie Um Fieldgen.

Michel Schroeder

mardi 20 juillet 2010