En pays de littérature

Tout lecteur un tant soit peu curieux, redécouvrira avec un réel plaisir l’œuvre de Georges Duhamel, publiée aux Editions Omnibus. Le premier volume a été publié sous le titre Chronique des Pasquier et comporte les livres suivants  : Le notaire du Ha­vre  ; Le jardin des bêtes sau­vages  ; Le désert de Biè-vres  ; Les Maîtres  ; Cécile par­mi nous  ; Le combat con­tre les ombres  ; Suzanne et les jeunes hommes  ; La passion de Joseph Pasquier. Le second volume, portant le titre Vie des martyrs et autres récits des temps de guerre, comporte les livres suivants de l’auteur  : Vie des martyrs ; Civilisation (Prix Goncourt 1918)  ; Les sept dernières plaies  ; Quatre ballades  ; Geor­ges et Blanche  ; Dialogue 1915. Le dernier et troisième volume vient d’être publié chez Omnibus sous le titre Vie et aventures de Salavin. Ce volume comporte les titres suivants  : Confession de minuit  ; Deux hommes  ; Journal de Salavin  ; Le club des Lyonnais  ; Tel qu’en lui-même.

Georges Duhamel s’inscrit en littérature seulement vers l’âge de 26 ans, après avoir poursuivi des études de médecine, par la publication d’un recueil de poèmes. Début 1919, paraît au «  Mercure de France  » La possession du monde, suivie des Entretiens dans le tumulte, recueil d’ar­ticles publiés dans diverses revues, durant les derniers mois de la guerre. Démobilisé vers le printemps 1919, Georges Duhamel va s’installer avec sa femme et son fils à Valmondois pour toute la belle saison. Et c’est là, dans ce calme tant espéré, qu’il va écrire le premier Salavin, publié dès l’année suivante. Confession de minuit connut un vif succès, et toute la vie du héros s’y déploie en scènes passionnantes. C’est à travers cinq romans que Georges Duhamel a donné vie, pour notre plus grand plaisir, à un personnage éton­nant, détonnant, véritable miroir d’un siècle, d’un univers. C’est là un portrait social très accompli.

Agrégé de lettres modernes, docteur ès lettres, Paul-Marie Conti bénéficie d’une grande connaissance du système éducatif, dont il a pratiqué les différents échelons, du second degré à l’Univer­si­té, en passant par les classes préparatoires aux grandes écoles. Il est l’auteur aujourd’ hui de l’ouvrage L’enseig­ne­ment du français aujourd’hui, enquête sur une discipline maltraitée, publié aux Editions de Fallois. Hélas, le fran­çais, cette matière qui devrait être par excellence celle d’une pensée libre et attachée à la beauté est devenue le lieu d’une pensée formatée, dépourvue de considérations esthétiques. L’analyse fournie par Paul-Marie Conti se veut exhaustive, dans la mesure où elle concerne aussi bien l’ap­prentissage de la langue que le sort réservé à la littérature, aussi bien la façon dont les enseignements sont dispensés au collège que celle dont ils sont délivrés au lycée. Exhaustive également parce que, au-delà de la lettre des programmes, elles s’attachent à en saisir l’esprit, souvent implicite, pour montrer de quelle idéologie enfants et professeurs sont les otages, non sans dommages pour la nation.

C’est avec beaucoup de plaisir que je viens de constater que les Editions Points/ Seuil viennent de publier La rose et autres poèmes de William-Butler Yeats. Avant de devenir l’un des fondateurs de la modernité poétique, Yeats fut comme il le disait lui-mê­me l’un des derniers romantiques, fortement marqué par l’imaginaire celtique et le sym­bo­lisme préraphaélite. Inspiré de vieilles légendes irlandaises, son premier recueil, Les errances d’Ossian, est la réinterprétation grave et exalté du mythe de Finn Mac Cumaill, guerrier magnifique. Dans Che­mins croisés, paru en 1889, année de la rencontre avec la jeune héritière anarchis­te Maud Gonne, qui refusera à quatre reprises de l’épouser, l’auteur est au faîte de sa ferveur romantique  : le thème de la beauté prête à mourir, omniprésent dans ces lignes, vient témoigner d’un abandon authentique et sans restriction aux appétences de la passion. Mais Yeats entame bientôt un nouveau cycle de son œuvre  : très impliqué dans la vie intellectuelle du monde anglo-saxon au tour­nant du XXe siècle, il envisage désormais la poésie comme un lieu de réinvention du langage littéraire, affranchi des formes et des conventions pour être mieux capable de faire surgir l’image à travers le vers. Considéré com­me le plus grand poète irlandais, récompensé par le prix Nobel de littérature en 1923, Yeats est à découvrir dans toute la diversité et la complexité de son œuvre.

Kevin Vennemann, né en 1977, vit à Berlin. Son premier roman Près de jedenew vient d’être publié aux Editions Gallimard. Deux sœurs jumelles se cachent dans une cabane en haut d’un arbre. L’une d’elle se fait la narratrice du spectacle qui se déroule sous ses yeux  : des paysans chantent, puis mettent le feu à une maison. La leur  ? Sans doute. Au milieu de l’horreur, la mémoire des jours heureux submerge la jeu­ne fille. Les étés au bord e l’étang, les pique-niques dans la clairière – mais tout est en train de partir en fumée. On est probablement à la fin des années trente… Un bonheur fa­milial mis en pièces, un vétérinaire juif calomnié, la fin de l’innocence pour deux jeunes filles. Dans une langue d’une grande fluidité, adoptant la focalisation interne du regard de l’enfant, le récit de Kevin Vennemann plonge le lecteur au cœur même de l’incompréhensible machinerie de l’horreur humaine.

Michel Schroeder

samedi 7 mars 2009