Maurice Benoy affiche chez Schweitzer

Grâce au beau catalogue édité par la galerie Lucien Schweitzer à cette occasion (1), nous apprenons que, né le 28 juin 1921 à Steinfort, Maurice Benoy étudia au Lycée Classique d’Echternach et au Lycée de Garçons de Luxembourg. Durant la 2ème Guerre mondiale, il fut enrôlé de force. Mais il parvint à s’enfuir lors d’un séjour au Luxembourg et à se cacher jusqu’à la libération. En 1944 il entreprend des études d’architecture à l’Ecole Spéciale d’Architec­tu­re à Paris, mais change de di­rec­tion après deux ans et s’inscrit en peinture à l’Ecole Na­tionale Supérieure des Beaux-arts. Il rentre au Grand-duché en 1949 et devient chargé de cours à l’Eco­le des Arts et Métiers et à l’Ecole Professionnelle de Lu­xembourg.

Son premier instrument d’expression artistique sera donc la peinture, et c’est dans cette optique rétrospective que Lucien Schweitzer expose dans la dernière double salle de sa galerie 27 tableaux de Maurice Benoy. Comme tout authentique artiste, Benoy explora toutefois aussi d’autres directions. Vous pourrez ainsi trouver dans la galerie une tapisserie exécutée d’après l’un de ses cartons, tout comme des études de tapisserie de l’artiste. Beaucoup d’autres oeuvres sont bien sûr en possession de particuliers et peuvent avoir été emportées on ne sait où, voire perdues. Pour d’au­tres encore, il faut se déplacer à Esch/Lallange, voire à... Moscou. Et c’est dans ce contexte que j’aimerais faire appel au souvenir le Loulou Benoy, veuve de l’artiste, sou­venir publié dans le catalogue, et qui remonte à 1949, l’année du mariage de Loulou et Maurice « ... par un merveilleux jour de printemps... » :

« Un projet important en 1949 fut la table que l’ »As­so­ciation des parents des Enrôlés de force« pensait offrir (et a offert) au maréchal Staline en remerciement de la libération des prisonniers de guerre luxembourgeois. (2) ... Pour la même association et pour la même raison tu as élaboré les plans pour un monument à la mémoire des »Citoyens Soviétiques morts au Luxembourg 1940-1945« , érigé au cimetière de Lallange à Esch sur Alzette.

Cependant, l’essentiel de l’oeuvre de Maurice Benoy se développera surtout dans le domaine publicitaire, et nous apprenons, toujours dans le catalogue, que c’est en 1954, qu’il fonde la première agence de publicité au Grand-Duché. « Pendant de longues années, il est chargé de la conception des stands pour le Ministère des Affaires Economiques et du Tourisme aux foires internationales à l’étranger ». Mais ses premières expériences dans l’affiche, notamment avec le célèbre affichiste Paul Colin, dont il fréquentait l’a­te­lier, remontent aux années qua­rante. Deux témoins de cette époque : la très jolie affiche Philips, ainsi que l’aussi magistrale que géniale affiche France-soir.

C’est une page de 20 années d’histoire de l’affiche lu­xem­bourgeoise que nous présente aujourd’hui la galerie Schweitzer. Logo de l’ex­po­si­tion nationale de l’artisanat, affiches Wagner-Weber Echternach, Tombola et Loterie Nationale, Brasserie de Diekirch, Bières Henri Funck, Caves Coopératives du Sud, publicités pour le lait, le pain, le beurre, les foires de l’a­meu­blement, les championnats du monde (vélo) sur rou­te et de cyclo-cross, l’auto­mo­bi­le, le tourisme national, l’in­dustrie, etc., etc.

Il est hélas hors de question, amis lecteurs, de citer dans ces quelques colonnes tous les projets et réalisations de Maurice Benoy. La galerie et le catalogue sont là pour ça, qui présenteront à vos yeux qui pourraient se fendre d’un petit frémissement de nostalgie, les couleurs naguè­re flamboyantes, aujourd’hui parfois un peu passées, ainsi que le style de cette époque inscrite dans ce qu’on appelle « les trente glorieuses ». D’a­près les dates des tableaux et des affiches qui jalonnent le parcours du visiteur après la salle 1, réservée comme souvent surtout aux artistes de la galerie, le visiteur comprendra vite comment le peintre des années quarante a peu à peu cédé à l’affichiste et au publiciste. On peut est-il vrai regretter que son décès prématuré le 15 juillet 1987 ne lui ait pas laissé le temps de repren­dre la peinture, de développer ce don et de s’y forger un style plus personnel. Mais on ne regrettera certainement pas son changement de direc­tion en 1954, nouveau choix qui lui permit d’illustrer aussi brillamment qu’il le fit par ses affiches, une tranche de notre histoire et la marche en avant d’une époque durant laquelle nous avons pu croire que tous les espoirs étaient permis.

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1) Galerie Lucien Schweitzer, 24 avenue Monterey, Luxembourg (entre Parc et boulevard Royal), mardi à samedi de 10 à 18 h, l’exposition Maurice Benoy peut être visitée jusqu’au 21 mars.

2) Cette table a été encore admirée par notre rédacteur en chef Ali Ruckert lors de son dernier voyage à Moscou.- Sur le rapatriement des Luxembourgeois d’URSS, lire le chapitre »Rapatriement et Sport« dans mon essai biographique « Charles Marx, un héros Luxembourgeois... » p. 173-185 

Giulio-Enrico Pisani

vendredi 6 mars 2009