ArcelorMittal

 »Ils peuvent bien se passer
de dividendes pendant un an« 

Peut-on supprimer ainsi 9.000 emplois et, en même temps, distribuer 1,2 milliard de dividendes aux actionnaires ? Dirk Goemaere (Parti du travail de Belgique), qui a travaillé des années à Sidmar – aujourd’hui Arcelor Mittal –, estime que non.

 »Les travailleurs de la sidérurgie perdent des centaines d’euros par moins en raison du chômage économique. Mais les actionnaires, eux, sont déjà certains d’empocher 1,2 milliard d’euros en 2009« , réagit Dirk Goemarre. Dirk était ouvrier et délègué syndicat à Sidmar et, depuis 2000, il est conseiller communal PTB à Zelzate.

Le lendemain de la manif des 1.300 sidérurgistes européens d’ArcelorMittal à Bruxelles, la direction faisait savoir qu’en 2009, les actionnaires recevraient certainement 0,75 euro par action, cela fait un total de 1,2 milliard d’euros en dividendes. Dont 500 millions pour Lakshi Mittal qui possède à lui seul 44 % des actions.

Dirk Goemaere a aussi des questions au sujet des pertes du groupe durant la 4e trimestre de 2008. »Là, ils enregistrent une perte de 2 milliards d’euros. Mais c’est surtout la conséquence de 3,1 milliards de débits exceptionnels, comme les réductions de valeur des stocks et les participations dans les mines que Mittal avait achetées bien trop cher peu de temps avant la crise. Dans ce cas, bien sûr qu’il y a des pertes !« 
Pour l’ensemble de 2008, ArcelorMittal a réalisé un bénéfice net de 6,4 milliards d’euros. Sur un total de 320.000 travailleurs à l’échelle mondiale, cela fait 20.000 euros par travailleur.

Suprimez les dividendes, pas les emplois

Ce 1,2 milliard d’euros de dividendes pour 2009 vient s’ajouter aux 7 milliards versés l’an dernier aux actionnaires.

Mais ArcelorMittal subit un ralentissement en raison de la crise et, durant le 1er trimestre de cette année, il ne tournera plus qu’à 55 ou 60% de sa capacité. Avec, dans le sillage, beaucoup de chômage économique pour les travailleurs. »Y a-t-il encore lieu, dans de telles circonstances, de continuer á verser des dividendes ?« se demande Dirk Goemaere. »Pourquoi pas suspendre le paiement des dividendes tant que durera la crise ? En gardant cet argent dans l’entreprise, on peut adapter le revenu des travailleurs touchés par le chômage économique. Les grands actionnaires, Lakshi Mittal en tête, mais aussi de grandes banques d’affaires comme la Goldman Sachs et l’État luxembourgeois peuvent bien laisser tomber une année.« 

Il y a déjà eu des précédents. Lors de la crise de la sidérurgie dans les années 70 et 80, Arbed, l’ancienne maison mère de Sidmar, n’a plus payé de dividendes pendant dix ans. Tout l’argent a étè gardé dans l’entreprise afin de faire des investissements.

Rembourser le soutien de l’État

Dans un communiqué de presse, le porte-parole du PTB Raoul Hedebouw réagit lui aussi au versement de dividendes aux actionnaires alors qu’on supprime des emplois. Il demande au monde politique de prendre ses responsabilités : »Il faut une loi qui interdise ces licenciements ou ces fortes réductions de personnel aux entreprises qui peuvent continuer à verser des dividendes.« Le porte-parole propose en outre que, »si les entreprises refusent, on exige qu’elles remboursent le soutien reçu de l’État sous forme de réduction de cotisations sociales, de subvention directe ou de rachat de quotas de CO2 par la Région, dans le cas précis de Mittal« .

mardi 24 février 2009