Drame et Tendresse au MNHA

« Drama and Tenderness – Flemish, Spanish and Italian Art of the Baroque Masterpieces from the Royal Museum of Fine Arts Antwerp, the MNHA and two major European private collections ». Voilà l’intitulé tout à la fois détaillé et lui-même passablement baroque de cette exposition qui nous attend depuis novembre 2017 au Musée National d’Histoire et d’Art. En français ça se lit « Drame et tendresse, maîtresses pièces de l’art baroque flamand, espagnol et italien du Musée royal des beaux-arts d’Anvers, du MNHA et de deux collections européennes privées majeures ». La première fois que je m’y suis rendu, l’exposition n’était pas encore entièrement installée. Aussi me suis-je promis d’y revenir plus tard. Entretemps le MNHA exposa également le résultat des fouilles archéologiques de la professeure Simonetta Stopponi, « Le lieu céleste. Les Étrusques et leurs dieux. Le sanctuaire fédéral d’Orvieto », que je vous présentai dans ces colonnes ce 13 avril (1). Puis, d’autres expositions se succédèrent ailleurs et notamment dans des galeries privées, dont je vous parlai dans notre bonne vieille Zeitung. Aussi, est-ce aujourd’hui seulement que j’ai pu revenir vers les « drames et tendresses » de la peinture baroque exposés au Marché aux poissons.

Au MNHA ils affirment disposer de cet ensemble exceptionnel d’art baroque du Musée Royal des Beaux-arts d’Anvers (KMSKA) (2), en prêt jusqu’à la réouverture du musée en octobre 2019 et qu’ils l’ont enrichi de chefs-d’oeuvre issus de deux prestigieuses collections privées européennes, ainsi que des fonds du MNHA. Cependant, si j’étais vous, amis lecteurs, je ne tarderais pas trop à m’y rendre. Si, en effet, sur le site du KMSKA on parle d’une réouverture prévue seulement en 2020 (3), un esprit malin m’a soufflé à l’oreille l’autre jour au Fëschmaart que l’on songerait à avancer quelque peu la clôture de cette exposition exceptionnelle. Est-ce parce qu’à Anvers on restaure plus rapidement que prévu ? Personne n’a l’air de bien le savoir pour
l’heure. De toute manière ce n’est pas bien grave, car nous disposons encore quoiqu’il en soit de toute cette période que nous abordons ces jours ci et qu’on appelle fraîche et ensuite froide. Profitez donc de l’aubaine dès que vous trouverez le temps (4), et ce d’autant plus facilement, que la visite est gratuite. Quel meilleur moyen pour meubler en beauté, culture et agrément un week-end pluvieux d’automne ou d’hiver !?

En effet, le musée met en dialogue (5) dans son « Drama and Tenderness... » une bonne trentaine d’oeuvres d’une qualité exceptionnelle peintes par des artistes flamands comme Rubens, Van Dyck et Jordaens avec des maîtres espagnols et italiens dont Murillo, Ribera, Zurbaran, ou Rosso Fiorentino. Le choix est vaste, car les genres sont multiples. Les portraits historiques imaginaires côtoient les scènes mythologiques, les évocations religieuses, les natures mortes et les études. Il y en a pour tous les goûts et sensibilités, le tout étant rassemblé en un bouquet harmonieux. C’est un fort bel aperçu sur la peinture baroque ouest-européenne, donc durant les XVIe et XVII siècle, qui vous fera découvrir également des peintres moins connus chez nous. Vous découvrirez notamment un Antonio Molinari (1655-1704) avec son formidable L’enlèvement d’Hélène, ou un Franciso de Burgos Mantilla (1612-1672) et ses Deux paysans devant une table servie, comme si vous en étiez. Quant aux natures mortes de Jan Davidszoon de Heem (1606-1684), Frans Francken II (1581-1642), ou Clara Peeters (1585-c. 1655), elles sont d’authentiques sources de plaisir pour les yeux.

Mes tableaux préférés sont cependant les trois portraits historiques imaginaires de José de Ribera (1591-1652), Héraclite, Thalès et Archimède, ainsi que le tableau drolatique et quasi-caricatural de Jacques Jordaens (1593-1678) : Bacchus et un Disciple. Cette dernière oeuvre a cela d’extraordinaire qu’elle rayonne d’une drôlerie tellement expressive qu’elle donne envie d’éclater de rire dès le premier coup d’oeil en dépit du sérieux que l’on doit usuellement aux salles d’un misée. Ajoutez-y les splendides tableaux Bacchus, Vénus et l’Amour de Rosso Fiorentino (1494-1541), Cupidon visitant Psyché la Nuit
d’Abraham-Bloemaert (1564-1651), l’Adoration des mages du Maître de l’annonce (6) et, parmi plusieurs oeuvres de Pierre Paul Rubens (1577-1640), son fameux L’éducation de Marie et vous conviendrez que l’opportunité est unique. À vous de jouer à présent ! Le MNHA vous attend.

Giulio-Enrico Pisani

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1) En ligne sub www.zlv.lu/spip/spip.php?article20566

2) Abréviation de Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen, actuellement en restauration, jusque (fin ?) 2019

3) www.kmska.be/fr/bezoek/KMSKAOpReis.html

4) Horaires : lundi fermé ; mardi-mercredi 10-18 h ; jeudi 10-20 h ; vendredi-dimanche 10 h-18 h

5) L’expression du musée « mettre en dialogue », exprime fort bien, combien toutes ces oeuvres sont valorisées par leur réunion en un même lieu, leur mise en parallèle et leur insertion dans le cadre culturel européen d’une époque où l’art connaissait maints styles et influences, mais aucune frontière.

6) Peintre baroque italien actif durant environ 20 ans à Naples, entre 1630 et 1650, et fervent représentant du vigoureux courant naturaliste napolitain. Il demeure, encore actuellement, plongé dans l’anonymat

(Wikipedia)
Jacob Jordaens : Deux têtes de femme et torse de guerrier

vendredi 7 septembre 2018