Mirna Sišul et Raimund Göbner : la lumière et la joie

Excepté les deux superbes expositions Lucien Clergue et François Schortgen, en fait deux rétrospectives, je dois dire qu’à moins d’en avoir raté une très spéciale, la première partie de la saison artistique 2017-18 ne m’a pas vraiment épaté. Mais à présent que les fêtes et les congés sont du passé et que la nouvelle année est bien entamée, il me semble que les galeristes de Luxembourg ville ont bien l’intention d’enchanter nos promenades citadines d’hiver et ensuite printanières par quelques gâteries artistiques. En effet, outre une splendide exposition à la Galerie Clairefontaine, sur laquelle je reviendrai très prochainement, la Galerie d’art Schortgen ouvre le bal avec une artiste peintre extraordinaire et un sculpteur remarquable (1). De plus, son directeur, Jean-Paul Schortgen, m’a justement annoncé vouloir nous faire découvrir prochainement d’exceptionnels artistes venus d’Ukraine et de Russie. Mais, en attendant, commençons déjà par retrouver la gaité lumineuse de Mirna Sišul.

Comment, en effet, mieux éclairer la morne grisaille de notre janvier luxembourgeois, sinon en allant quérir pour nous plein de lumière au sud, près des rives de la Méditerranée ? Aussi est-ce bien de l’Adriatique et, plus précisément, de la Croatie, que Schortgen nous ramène Mirna Sišul, cette même artiste qui nous enchanta déjà il y a deux ans. Et je suis certain qu’une fois de plus ses nouvelles créations éclaireront aussi bien votre visite que toute la journée où elle aura eu lieu d’un optimisme joyeux, qui vous fera voir la vie sous ce côté charmant qui a ses raisons que la raison ne connaît point (2). C’est en effet en Croatie, à Rijeka, au bord de la Mer Adriatique, que Mirna Sišul a vu le jour en 1977, a grandi, passé son enfance, fréquenté une école secondaire d’arts appliqués et s’est diplômée ensuite de l’Académie des Arts plastiques. Et c’est toujours à Rijeka qu’elle réside et travaille aujourd’hui en tant que créatrice d’art indépendante, alliant avec brio et succès peinture, design et décoration.

Ce qui frappe d’emblée chez l’artiste peintre en elle, c’est son exubérance, la vivacité de sa palette, l’imagination débordante mais harmonieuse de ses mises-en scène où des éléments figuratifs le disputent trait par trait à une certaine abstraction, où ils s’inscrivent avec gaité, harmonie et finesse. C’est une cascade de joie, ici subtile, là exubérante, mais toujours communicative, qu’elle déverse littéralement par chacune de ses oeuvres dans l’esprit du spectateur. Mais comment définir et où situer précisément le style de Mirna Sišul ? Hmm... Est-ce bien utile que d’enfermer des créateurs dans un style ou une école ? Et cela, lorsque de nos jours toujours plus nombreux sont les artistes qui explosent allègrement les classifications établies par les experts ? Tout au plus pourrions-nous nous risquer à inscrire le feu d’artifice « sišulien » dans la vaste galaxie d’un pop’art mâtiné d’abstrait, de Dada et de symbolisme, avec un clin d’oeil au graffiti, au street-art et à cette trans-avant-garde italienne ouverte sur tous les possibles...

Quoiqu’il en soit, son travail semble rencontrer depuis ses débuts, il y a une quinzaine d’années, un joli succès. Elle a en effet obtenu dans bon nombre des régions où elle a exposé une véritable kyrielle de prix et distinctions (une cinquantaine, dont au moins quinze premiers prix). Aussi peut-on se demander, dans quelle mesure Mirna Sišul n’est pas en passe de créer, sans vraiment le rechercher, un nouveau style ou genre. En tout cas, ce n’est pas faute de bouger. Durant la quinzaine d’années écoulée, elle a déjà participé à trois douzaines d’expositions individuelles et à un grand nombre d’expositions collectives, aussi bien en Croatie, qu’en Slovaquie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Hongrie, Italie, Belgique et au Luxembourg. De plus, ses créations se retrouvent un peu partout dans de nombreuses collections publiques ou privées.

Aujourd’hui, deux ans après sa précédente visite au Luxembourg, Mirna Sišul s’adresse à vous de nouveau avec son pop-art lumineux, que le galeriste qualifie avec beaucoup de justesse de « ... simple, espiègle et intelligible... ». Quoiqu’il me soit très difficile cette fois d’effectuer un choix parmi tous ces tableaux ayant en commun la qualité rare d’être merveilleusement naïfs tout en évitant le sentimentalisme facile, le gnangnan, je vous en signalerai tout de même trois qui mont vraiment ébloui. Je pense notamment au trio d’acryliques sur toile n° 40, « When you smile the whole world stops », n° 36, « Heaven is a place on earth with you » et n° 18, « Come fly with me » (3). De joyeux tableaux à déguster comme toute l’exposition, sans modération. Autant pour Mirna Sišul ! Mais nous allons pas nous quitter, amis lecteurs, sans que je vous aie touché un mot de l’excellent sculpteur sur bois

Raimund Göbner,

dont les travaux, exposés le plus souvent sur des socles, occupent ci et là la 3ème dimension de la galerie. Relevant la plupart du temps d’un genre artisanal populaire, ces jolis artefacts témoignent, à défaut d’un goût exquis, d’un savoir-faire remarquable pouvant exceptionnellement – je pense à « Zuckerstreuer » (saupoudreur de sucre) – même relever du grand art. La plupart de ses autres sculptures constituent par ailleurs des objets décoratifs aussi intéressants qu’agréables, voire amusants, à regarder. Et voici, à peine abrégée, la présentation du galeriste, à laquelle je n’ai vraiment rien à ajouter : « Raimund Göbner est un artiste allemand, né en 1969 à Augsburg. Il a d’abord commencé par faire un apprentissage comme sculpteur de pierre. Ensuite il poursuit ses études en histoire de l’art, archéologie et éducation artistique à l’Université d’Augsbourg. Il vit et travaille à Donauwörth et à présenté ses créations dans près d’une cinquantaine d’expositions ».

Les sculptures de Raimund Goebner sont créées à partir de bois de tilleul ; ensuite il les peint en employant la technique de la détrempe (tempéra) à l’oeuf sur bois. (...) Généralement en mouvement (...) elles représentent des situations de tous les jours sous toutes leurs facettes (...). Que ce soit une femme dans la salle de bain se brossant les dents, (...) une autre qui tombe de son vélo, deux jeunes femmes dans leur cabriolet, ces situations sont représentées avec humour et beaucoup de charme ». Parmi les plus joyeux exemples de ce savoir-faire dans la figuration de cette réjouissante cocasserie et de l’omniprésent mouvement, je vous signalerai sa sculpture n° 9, « Tanzpaar », (couple dansant), dont je vous montre en photo aussi bien la vue recto que la vue verso.

Giulio-Enrico Pisani

*** 1) Galerie Schortgen Artworks, 24, rue Beaumont, Luxembourg centre. Exposition Mirna Sišul et Raimund Göbner mardi à samedi de 10h30 à 12h30 et de 13h30 à 18h. jusqu’au 7 février.

2) Pardonnez-moi, Monsieur Pascal, cet emprunt à votre pensée la plus célèbre (le coeurr a ses raisons que la raison ne connaît point) !

3) « When you smile the whole world stops », « Heaven is a place on earth with you », « Come fly with me », signifient respectivement « Quand tu souris le monde entire s’arrête », « Le paradis est une place sur terre avec toi » et « Viens, vole avec moi ».

vendredi 19 janvier 2018