»REDONDO« 

Albert Edon, Lino Galvão, Adriana Woll et ...

Oui, c’est bien chez l’Ange, donc beim Engel(1), dans vieille ville de Luxembourg, au n°1 rue de la Loge, que j’ai découvert ces trois artistes, qui ont en commun d’habiter « ailleurs » que dans leur patrie et de s’être accordés sur le titre de l’exposition : »redondo« , déjà annoncée (en allemand) dans notre Zeitung du 3 février.
Mais au vu de la qualité exceptionnelle des trois créateurs et de leurs contributions, cet évènement mérite mieux qu’un communiqué de presse... à commencer par les dames... donc, par

Adriana Woll.

Née en 1972 à Sao Paulo au Brésil, Adriana vit aujourd’hui à Sarrebruck. Son style de peinture, le »re-tropicalismo« , se réfère autant au mouvement artistique (tout d’abord musical) des années 60, le »tropicalismo« , qu’à son évolution vers et à l’aube du 21e siècle.(2) Le matériau – toile, carton, papier ou plexiglas – est pour elle aussi important que les couleurs »psychédéliques« et les formes abstraites où domine l’arrondi et l’onirique. Magique ! Mais ce n’est pas tout. Contrairement à la majorité des artistes contemporains qui n’accordent guère d’importance aux titres, Adriana considère leurs brefs textes comme faisant partie de l’oeuvre. Allez donc découvrir sur son site www.adrianawoll.cjb.net, amis lecteurs, sa stupéfiante sarabande de chants polychromes et de paroles chantantes !

Je pense à »Dor no corpo, dor na alma« (peine au corps, peine dans l’âme), ou »Cuidado, eles sao perigosos e estao armados« (prends garde, ils sont dangereux et armés), ou »Salve a Amazonia, nao coma churrasco hoje !« (Sauvez l’Amazonie, ne mangez pas de viande au barbecue aujourd’hui). En prise avec la vie, notre artiste, avec la vie trépidante des grandes villes et des petites gens, l’âme des favelas, des gratte-ciels et des forêts, l’âme des femmes et des hommes, grands et petits, adultes et enfants, tant au Brésil que chez nous, dans la Grande Région ! Déjà en 2006, elle organisait l’expo collective »Brazil meets SaarLorLux« à la Galerie Liel, Saarbrücken.

L’idée de »Redondo« est née à Brasilia, en juin 2008, où parvint à Adriana une invitation du »Konschthaus beim Engel« . Elle contacta dès lors l’Instituto Camoes à Luxembourg, avec lequel elle organisait des ateliers pour enfants lusophones, ainsi que Lino Galvão, artiste portugais vivant au Grand-duché et le peintre luxembourgeois Albert Edon, qui vit et travaille en Belgique depuis plus de vingt ans. Point commun : la rondeur des motifs : Adriana les ondes, Lino les disques et Albert les natures mortes. « Redondo » est né. Mais l’acteur surprise, ou plutôt les acteurs surprise de cette expo extraordinaire sont

... des enfants

de 1ère, 2e, 3e, 4e et 5e de l’École Européenne, dont nous découvrons une sélection d’oeuvres abstraites nées de l’atelier dirigé par Adriana Woll. Inutile de dire que ces petits chef-d’oeuvres expriment non seulement le talent des très jeunes artistes, mais reflètent également le regard et le savoir-faire de leur maîtresse d’atelier. Mais il est temps que je vous présente

Albert Edon.

Né à Luxembourg en 1959, Albert a entamé des études d’instituteur et a enseigné deux ans, avant d’aller en 1982 étudier Sciences sociales à l’ULB, où il a obtenu sa licence. De nouveau enseignant en 1987 à 1998 à l’Ecole européenne de Bruxelles-Uccle il en démissionne en 1998 pour se consacrer entièrement à l’art. Devenues passion avant de les affiner par de nombreux stages en Angleterre, en France et en Belgique, ainsi que par des cours en académie ou individuels, la peinture puis la sculpture, il les perfectionne, confie-t-il sur son site www.albertedon.be/page_template.php, »... par une pratique régulière dans son atelier à la recherche inlassable d’un idéal inaccessible« .
Sa peinture, d’abord (1994 -97) influencée par un certain réalisme industriel et architectural, s’étale sur des tableaux format »paysage« assez classiques. En 1997-98 il »découvre« (?) le format bandes verticales, qu’il réunit en triptyques, où les sujets font tendre, par juxtaposition et effet miroir, l’ensemble vers l’abstrait. Suit l’année des banderoles individuelles puis, après une longue pause, celle de la sculpture, dont il nous présente aujourd’hui quelques bronzes d’une facture assez classique et d’une rare beauté. 2007 voit son retour à la peinture. »... après une longue période de deuil« , écrit-il, »cela fut comme une explosion d’émotions et de couleurs. Les premières oeuvres contenaient, telles des vanités, des références (...) à la mort. Celles-ci ont vite laissé la place à une joie retrouvée de vivre et de peindre (…) j’essaie de réaliser par la peinture ce qui dans la vie n’est justement pas possible, à savoir le rêve de Faust : garder présent un moment de beauté et de bonheur« . Et voilà qui nous donne de splendides tableaux format bande verticale, où éclatent des fragments de nature... morte ? Certainement pas ; plutôt domptée, présentée pour et par l’homme tout en formes et couleurs d’un réalisme saisissant.

Lino Galvão,

notre troisième artiste est né en 1961 à Soure, au Portugal, vit aujourd’hui au Grand-duché, a fréquenté en 1982-83 l’Ecole Nationale des Beaux-arts de Nancy et de 1983 à 87 l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts à Paris. Il a pratiqué de 1988 à 1994 à l’Atelier Gibraltar (Communauté d’artistes) et de 1998 - 2000 à l’Atelier Schleifmillen. Depuis 2005 il crée et travaille dans son Atelier à Levelange. Parlons-en de son travail hors normes ! Les »tableaux« ou « sculptures » de Lino Galvão sont des disques dessinés, peints, gravés (?), assemblés avec un goût exquis et un art consommé, où l’on retrouve la spiritualité des illustrations de poteries antiques, l’art des fresques de la pré-renaissance et les techniques mécaniques modernes.
Sur son site www.linogalvão.com/ je lis notamment : »... le travail de Lino Galvão est basé sur le cercle, leitmotiv de ses créations. Galvão nomme ses oeuvres « les machines à voyager dans le temps ». Elles sont à mi-chemin entre la sculpture et la peinture. De face, un cercle découpé en (couronnes) qui tournent à des vitesses différentes dans le même sens. Si le spectateur tente de contourner l’oeuvre, il aperçoit le mécanisme vissé au mur qui entraîne de ses rouages les différents disques. La peinture voyage ainsi dans l’espace et dans le temps, puisqu’il y a mouvement et attente devant une image jamais statique. (...) Quand il crée ses peintures, qui sont aussi par leurs mécaniques une sculpture, il a le sens de plusieurs dimensions...« . Que vous dire de plus, amis lecteurs ? Courez vite voir ! L’expo ne dure que jusqu’au 14 février.

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1) Le Konschthaus beim Engel est ouvert mardi à dimanche de 10 – 12 et de 13 – 19 h.

2) Le tropicalisme ou tropicalia est un mouvement culturel apparu au Brésil en 1967. Ce courant a synthétisé divers courants sonores et lancé l’idée d’une musique universelle. Les tropicalistes contestaient le nationalisme et la musique populaire brésilienne de l’époque. Ils ont adapté le psychédélisme et le courant hippie à la réalité brésilienne.

Giulio-Enrico Pisani

mardi 10 février 2009