Doïna de Watazzi en quête de lumière !

«En quête de lumière», le titre de cette exposition présentée par l’une des plus remarquables artistes peintres du pays, est parfaitement illustré par son chef-d’oeuvre, intitulé «L’espoir». Ce titre suivi du sous-titre «Vacillement d’ombres en quête de lumière», s’inscrit justement dans la sempiternelle poursuite de ce paradoxe qu’est la lumière comme synthèse d’innocence et de connaissance: une constante en peinture depuis l’antiquité. En effet, les tendances vers l’obscurité du morbide sacré-démoniaque (1), du clair-obscur de la Renaissance (2) et du Baroque (3), puis du Romantisme (4) et de la peinture ténébriste, furent toujours minoritaires, comme placés entre parenthèses. Cependant, il est clair (et ce n’est pas un jeu de mots) que cette recherche de clarté n’est presque jamais purement matérielle, mais répond à un désir, voire même à une aspiration vers une certaine pureté et à un besoin d’absolu commun à la plupart des êtres humains.

Cette luminosité que l’on aimerait absolue relève en fait le plus souvent du spirituel, d’un idéal que l’artiste tente d’atteindre et d’exprimer de toute la force de sa créativité et de ses pauvres moyens techniques. Bien sûr, s’il ne s’agissait que de matérialiser physiquement lumière et clarté, le blanc total, complet, absolu, fusion de toutes les couleurs, symbole de perfection, s’en approchant le plus, pourrait suffire. Mais on devrait dès lors se contenter de tangible, de limité, de borné, de restreint. Aussi, ce devant quoi nous cheminons en parcourant le bel alignement des oeuvres de Doïna de Watazzi, est un univers – i l est vrai – imparfait, somme toute un art qui tend vers quelque chose d’inaccessible. Mais c’est également et surtout une symphonie magistralement lumineuse d’inspirations génératrices de tentatives et d’essais d’approcher, de poursuivre, situer, cerner, dépeindre et peindre cette clarté inaccessible: un échec qui est une réussite sans pareil.

Vous comprendrez aisément, amis lecteurs, que l’expression de cette quête surréelle ne puisse être qu’abstraite. Aucune représentation réaliste ne saurait la dépeindre. C’est quasiment une évidence. Nous retrouvons d’ailleurs ce genre de recherches également dans les abstractions romantiques de l’artiste française Michèle Frank. Mais ce qui est moins évident et par conséquent tout à l’honneur de Doïna de Watazzi, c’est la parfaite harmonie chromatique de ses compositions, où dominent le céleste et le solaire, au-delà de leurs particularités. Cette série de peintures à l’huile sur toile nous offre en effet une lumineuse panoramique qui s’échelonne depuis la captivante sobriété de «La Voie» jusqu’au romantisme tourmenté du «... Voile du jour» et à l’opulence baroque de «L’espoir». J’aimerais toutefois encore citer, parmi ses tableaux qui m’ont le plus impressionné, «Au-delà du temps» et «Lucioles» (5), ce qui ne signifie pas, bien sûr, que vous n’en préférerez personnellement pas d’autres.

Beaucoup plus significatifs et expressifs que s’ils étaient réalistes – mais comment le seraient-ils, puisque dépeignant l’immatériel? – ces tableaux démontrent une fois de plus l’extraordinaire faculté de renouvellement de cette toujours surprenante artiste. N’hésitez donc pas à suivre mes traces et à aller les admirer dès à présent et jusqu’au 20 janvier 2017 dans le grand hall du Sofitel Luxembourg Europe (6). Vous avez déjà pu apprécier certaines de ses oeuvres? Et alors? Quatre de ses expositions et deux visites de son atelier ne me firent-elles pas découvrir à chaque fois une nouvelle artiste, chaque fois aussi différente de la précédente, que son style et sa signature esthétique restaient, elles, d’une prodigieuse constance? Jadis réalistes, avant-hier surréalistes, hier impressionnistes romantiques, aujourd’hui abstraites, ses oeuvres ne manquent jamais de surprendre et d’enchanter les esprits e les yeux les plus critiques.

Née dans les années soixante à Timisoara, en Roumanie, Doïna de Watazzi exposait déjà fillette à l’Ecole des Beaux-arts d’Arad. En 1972, elle rejoignit, avec soeur et mère, son père au Maroc. Puis, en 1974, elle alla étudier en France avec sa soeur. En 1977 elle retourna au Maroc, exposa à l’Espace El Mansour à Casa, au Centre Astaldi à Conakry (Guinée) et au Centre Culturel Français à Nouakchot (Mauritanie). Mariée à Alexis de Watazzi, elle s’établit à Luxembourg en 1984. Fin de l’errance! Tout en enseignant art et dessin à l’Académie d’été, en secondant son mari dans la photographie, la cartographie et l’édition et en élevant ses enfants, elle expose sa peinture – surtout huile sur soie ou sur toile – à tour de bras. Notamment en 1988 à Breistroff la Grande et à Hagondange, où elle obtient le premier prix du salon d’automne, en 1992 à Metz, en 1996 de nouveau à Nouakchott, en 2003 à Golf de Preisch (France). Mais c’est au Luxembourg qu’elle donne toute sa mesure: expos au Cercle Munster (2x), au Centre de mode «Poem», au Théâtre d’Esch sur Alzette, aux Centres Culturels de Larochette, Rumelange et Steinfort, à l’Espace Couleurs Culturelles, au Konschthaus beim Engel (3x), à la Galerie Goerz, au Centre de Conférences de l’Office Infrastructures et Logistique, ainsi qu’à l’Ambassade de Roumanie. L’ambassadeur de Roumanie lui a d’ailleurs décerné une distinction pour les icônes réalisées en l’Eglise St. Mathieu (Pfaffenthal).

Ayant découvert par hasard Doïna de Watazzi, ou plutôt sa peinture, en février 2004 grâce à deux ou trois tableaux qui traînaient à la Galerie Goertz, située à l’époque rue des Bains, je me rendis ensuite à son atelier, où je l’interviewai et vous la présentai peu après une première fois. Plus de neuf années passèrent et je l’avais presque oubliée, lorsque je la retrouvai en juillet 2013 au Centre de Conférences de l’Office Infrastructures et Logistique Luxembourg, OIL, au Kirchberg. Rebelote en décembre 2013 au Cercle Münster, en novembre 2014 de nouveau dans son atelier et en novembre 2015 à la Galerie Celina avec le photographe collodioniste Joël Nepper. Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire, c’est que je la ré-redécouvre complètement une fois de plus et vous la représente avec un plaisir renouvelé dans cette nouvelle expérimentation en tout-abstrait d’une quête que je n’hésiterai pas à qualifier de particulièrement réussie. À votre tour!

Giulio-Enrico Pisani

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1) Comme Dieric (Dirk) Bouts ou Frans Francken.

2) Comme Le Caravage…

3) Comme Rembrandt…

4) Comme Delacroix ou David…

5) Les 5 titres complets (avec sous-titre) de ces 5 toiles sont: «La Voie», Reflets d’âmes en quête de lumière, «Le voile du jour», L’enchantement des âges en quête de lumière, «L’espoir», Vacillement d’ombres en quête de lumière, «Au delà des temps», Murmures d’un amour en quête de lumière, «Lucioles », Danse des petites étoiles en quête de lumière.

6) Sofitel, 4, rue du Fort Niedergrünewald, Luxembourg Kirchberg, tel. 43 77 61, expo jusqu’au 20 janvier 2017.

«Au delà des temps», Murmures d’un amour en quête de lumière.

Dienstag 13. Dezember 2016