Beaux livres

Aristide Maillol, art africain, Henri-Fantin Latour...

L’œuvre peinte et sculptée d’Aristide Maillol, né en 1861 à Banyuls, est à la fois claire et voluptueuse. Ce sculpteur français connut la célébrité principalement pour ses représentations de nus féminins aux corps robustes et massifs. Après des études à l’Ecole des beaux-arts de Paris, il se lia d’amitié avec les Nabis et s’adonna à la peinture, puis à la tapisserie avant de se consacrer plus exclusivement à la sculpture. Influencé par l’art de la Grèce antique, mais aussi par la sculpture égyptienne et indienne, son répertoire se limita presque entièrement à la représentation du corps féminin, dans un style privilégiant les corps sensuels et épanouis, les volumes lisses et arrondis. Il appréciait beaucoup travailler dans une métairie située en pleine nature. André Gide dit de sa sculpture Méditerranée qui lui valut la consécration bien au-delà des frontières de l’hexagone : «Elle est belle ; elle ne signifie rien. C’est une œuvre silencieuse. Je crois qu’il faut remonter loin en arrière pour trouver une aussi complète négligence de toutes préoccupations étrangères à la simple manifestation de la beauté». A l’occasion de l’exposition consacrée à Maillol, Henri Frère et Joseph-Sébatien Pons au Musée d’art moderne de Céret (www.musee-ceret.com/ www.musee-ceret-expo.com), Somogy Editions d’Art (www.somogy. fr) vient de publier un très beau livre sous le titre Aristide Maillol, Henri Frère, Joseph-Sébastien Pons, une Arcadie catalane. Vous découvrirez des artistes roussillonnais, ainsi que ses disciples, Henri Frère et Joseph-Sébastien Pons, tous généreusement inspirés par la nature catalane. Dans les années vingt, Maillol réalisa les monuments aux morts de quatre villes des Pyrénées-Orientales : Céret, Port-Vendres, Elne et Banyuls. En septembre 1939, il se retira entièrement à Banyuls avec Dina Vierny pour modèle. Henri Frère fit la connaissance de Maillol en 1908. A l’époque il était jeune artiste et professeur à Perpignan. Il voua d’amblée une grande admiration pour Maillol et partagea avec lui de nombreux moments d’amitié, nourris de leur amour commun pour la nature catalane. Henri Frère dira au sujet de Maillol : «Je regardais Maillol vivre dans son royaume avec un naturel d’un autre âge. Dans cette vie antique ainsi retrouvée, dans un univers fait de confiance pure, nous partagions le pain d’un grand poète naïf, vrai comme la nature. Tout devenait vivant autour de lui. Avec les mots les plus simples, il rendait tout sensible. C’était une source inépuisable». Né le 5 novembre 1886 à Ille-sur-Têt, Joseph-Sébastien Pons est un poète catalan. Admirateur et ami de Maillol, il lui consacra une conférence prononcée en 1930 à Montpellier. Les autres artistes dont vous découvrirez des œuvres dans ce magnifique ouvrage sont : Joszsef Rippl-Ronai, George-Daniel de Monfreid, Paul Gauguin, Edouard Vuillard, Etienne Terrus, Manolo, Joaquim Claret, Maurice Denis, Gustave Fayet, André Susplugas. Les auteurs de cette admirable publication sont : Nathalie Gallissot, Antoinette Le Normand-Romain, Olivier Lorquin, Alex Susanna i Nadal et Sébastien Frère.

En langage yoruba, «Ibeji» désigne les jumeaux, à la naissance des enfants considérés comme sacrés. Pour cette raison, si un jumeau meurt, la vie du survivant et de toute la famille sont mises en danger. On les fait renaître sous forme de statuettes commandées par les parents à de prestigieux sculpteurs des différentes régions du Nigéria et du Bénin, afin de réunir à nouveau les âmes des jumeaux. La mère continue alors à honorer l’effigie de l’enfant décédé comme s’il était vivant. Elle le lave, le nourrit au quotidien. Ces statuettes sont enduites de poudre de camwood rouge, tout comme au Nigéria et au Bénin on enduit les nourrissons pour les protéger des maladies. Ces rituels répétés durant des décennies créent des patines superbes aux tons brun clair, foncé, rouge, parfois brillantes comme des laques précieuses. Et pour les embellir on les habille de manteaux de cauris, on les pare de colliers en perles de verre, de bracelets de métal aux bras et aux chevilles. Ces statues sont de véritables œuvres d’art, une des plus belles expressions de la richesse créatrice de l’art africain. Pour illustrer le livre Ibeji Divins jumeaux - Divine twins, publié chez Somogy Editions d’Art, Xavier Richer et Hélène Joubert, ont sélectionné 80 pièces exceptionnelles de grande qualité, pour certaines centenaires, reproduites dans leurs moindres détails et provenant de collections particulières rarement exposées ou reproduites. Xavier Richer est un collectionneur averti d’art africain. Il a publié de nombreux reportages sur l’Afrique et le Moyen-Orient dans de grands magazines et chez divers éditeurs. Hélène Joubert est conservatrice en chef et responsable de l’unité patrimoniale Afrique au Musée du Quai Branly.

Henri Fantin-Latour (1836-1904), né à Grenoble, est un artiste surtout connu pour ses natures mortes et ses portraits de groupe. Il a également conçu de nombreuses peintures dites d’imagination. Dès l’âge de dix ans il fut l’élève de son père avant de venir étudier à Paris auprès de Lecoq de Boisbaudran de 1853 à 1854. Très attaché, dès sa jeunesse, à la restitution fidèle de la réalité, il explora également, avec délectation, une veine plus poétique qui le rapprocha des symbolistes. Adoptant un parcours chronologique, le livre Henri Fantin Latour de Leïla Jarbouai, conservatrice au Musée d’Orsay, publié dans la collection Hors Série Découvertes chez Gallimard (www.decouvertes-gallimard. fr), en coédition avec la Réunion des Musées nationaux - Grand Palais, s’ouvre sur les œuvres de jeunesse, dont les autoportraits qu’il réalise dans les années 1850-1860. Confiné dans l’atelier, Henri Fantin-Latour trouve alors ses sources d’inspiration au cœur de sa sphère privée. Ses deux sœurs sont mises en scène en liseuses ou en brodeuses, tandis que les natures mortes du peintre, savamment composées, révèlent ses exceptionnelles qualités d’observation. La décennie 1864-1874 est une période charnière dans le travail de Fantin-Latour. Le jeune artiste travaille alors intensément, innovant avec ostentation dans le portrait et la nature morte, ses deux domaines de prédilection. Jusque dans les années 1860, il fréquente régulièrement le musée du Louvre où il s’exerce à copier les maîtres anciens, Titien, Véronèse et Rembrandt. C’est d’ailleurs au Louvre qu’il rencontre, en 1857, Edouard Manet à qui il rend hommage dans l’Atelier des Batignolles et, en 1858, James Whistler dont il devient rapidement l’ami et le confident. S’il participe en 1863 au Salon des Refusés, mis en place par Napoléon III pour les artistes exclus du Salon officiel annuel, et s’il côtoie toute sa vie les peintres impressionnistes, il reste cependant en marge de leurs recherches esthétiques. Avec son tableau Hommage à Delacroix, premier de ses grands portraits de groupe, il s’inscrit dans une certaine modernité, aux côtés de Delacroix ou de Manet. Depuis sa peinture Le Toast jusqu’à Coin de table, il multiplie des œuvres ayant valeur de manifestes. La troisième partie du livre propose des séries de natures mortes et de portraits que l’artiste réalise entre 1873 et 1890. A l’exception des portraits de commande qui, progressivement, se raréfient, il qualifie alors ces toiles d’études d’après nature. Les somptueuses peintures de fleurs qu’il brosse alors par dizaines témoignent d’un talent rare dans la composition des bouquets autant que d’une exceptionnelle virtuosité dans le rendu des matières. Ses portraits, posés ou plus naturels, plus intimistes, illustrent son sens aigu de l’observation. Il fait preuve d’un style à mi-chemin de la peinture romantique et moderne. Il confère à ses toiles un réalisme quasi photographique, notamment dans ses compositions de groupe qui relèvent d’une grande intensité psychologique. Dans ses natures mortes et ses bouquets de fleurs, il fait montre d’une véritable sensibilité de poète que l’on retrouve également dans les toiles de petits formats qu’il a consacrées à Richard Wagner dont il fut un grand admirateur. L’artiste va pourtant finir par se lasser des portraits et des natures mortes. Les œuvres dites d’imagination prennent au fil des années une part croissante. Inspirées de sujets mythologiques ou odes à la beauté du corps féminin, elles surprennent chez cet artiste.

Aki Kuroda est installé en France depuis 1970. Ce japonais est un créateur exceptionnel. Il est décorateur de ballet, metteur en scène de spectacles, éditeur. Depuis les années 1990, il réalise des spectacles/performances, appelés «Cosmogarden», les Jardins du Cosmos. Sur ce projet il s’est associé des artistes travaillant dans des domaines tels que la danse contemporaine et l’architecture. A l’occasion du 400ème anniversaire de la mort de William Shakespeare, Gallimard vient de publier le très bel ouvrage Hamlet, texte de Shakespeare, illustrations d’Aki Kuroda. L’éditeur, après nous avoir déjà gâté avec Un amour de Swann, orné par Pierre Alechinsky, a donné carte blanche à cet artiste japonais qui a choisi d’investir l’univers de William Shakespeare. Etre ou ne pas être, dit Aki Kuroda, est une phrase qui a habité son enfance sans qu’il ne connaisse vraiment son contexte. Adulte, Kuroda a développé une véritable passion pour ce texte du dramaturge anglais qui a été une authentique source d’inspiration. L’artiste explique qu’il s’agit quasiment d’une collaboration entre lui et le dramaturge, en osmose, au-delà du temps et de l’espace. Cette édition intégrale, traduite de l’anglais par Jean-Michel Déprats, est accompagnée de cinquante œuvres originales d’Aki Kuroda.

Jusqu’au 15 janvier 2017 se tient à Paris, au Jeu de Paume, l’exposition «Soulèvements». Le Jeu de Paume a confié la totalité de ses espaces au philosophe et historien de l’art George Didi-Huberman pour une grande exposition réunissant à la fois des œuvres anciennes et contemporaines. Cette exposition est une interrogation sur la représentation des peuples. Tout comme pour l’exposition «Atlas», Georges Didi-Huberman s’appuie sur le travail historique et théorique qu’il mène depuis quelques années en parallèle d’une série d’ouvrages intitulés L’Œil de l’histoire. «Soulèvements» est une exposition transdisciplinaire sur le thème des gestes humains qui soulèvent le monde ou se soulèvent contre lui : gestes collectifs ou individuels, gestes d’actions ou de passions, d’œuvres ou de pensées. Ce sont des gestes qui disent «non» face à un état de l’histoire considéré comme trop pesant et qu’il faut donc soulever, si ce n’est l’envoyer balader. Ce sont aussi des gestes qui disent «oui» à quelque chose d’autre : à un monde désiré meilleur, un monde imaginé ou esquissé, un monde autrement vivable ou pensable. Au fil de l’exposition, vous pourrez découvrir des peintures, dessins, gravures, installations vidéographiques, photographies, films de fiction, images documentaires, manuscrits d’écrivains, affiches... L’exposition est conçue en cinq grandes parties : éléments, gestes, mots, conflits et désirs. Sous la direction de Georges Didi-Huberman a été publié un superbe ouvrage chez Gallimard sous le titre Soulèvements. La publication contient plus de 300 illustrations, représentant des oeuvres de Daumier, Goya, Henri Cartier-Bresson, Germaine Krull, Henri Michaux, Joseph Beuys, Gilles Caron, Marcel Broodthaers, Jean-Luc Moulène, Manuel Alvarez Bravo.

Il convient tout à fait de présenter la BD de Marion Augustin et de Bruno Heitz, L’Histoire de l’Art en BD - De la Préhistoire… à la Renaissance, publiée chez Casterman (www.casterman.com) ici. Qu’est-ce que l’art ? Comment sont nées les premières œuvres ? Pourquoi certaines ont-elles traversé les siècles, quand d’autres sont tombées dans l’oubli ? Comment vivent et travaillent les créateurs ? Précise, vivante, impeccablement documentée, mise en scène avec bonheur par Bruno Heitz, cette publication propose un immense voyage dans le temps, à la découverte de la création artistique, de ses œuvres, de ses auteurs, peintres, sculpteurs et architectes. Ce premier tome aborde chronologiquement la Préhistoire (les peintures rupestres, les mégalithes), l’Egypte, la Grèce et la Rome antiques, le Moyen Age, les débuts de la Renaissance en Italie (Giotto, Donatello, Guido di Pietro, Sandro Botticelli...). En fin de livre, une intéressante iconographie vous donne la possibilité de voir une partie des œuvres dont il est question au fil des chapitres. Cet album convient aux jeunes lecteurs dès huit ans.

Historien de l’art et architecte, Nicolas Jacquet est notamment l’auteur de Versailles secret et insolite, de Secrets et curiosités des jardins de Versailles, ainsi que de Versailles privé. Michel Lafon (www.michel-lafon.com) propose aujourd’hui le nouveau livre de Nicolas Jacquet, un album, publié sous le titre Versailles, la passion d’un roi. Il ne reste que peu de choses de l’intimité de Louis XIV. L’image forcée de l’homme est celle de la grandeur et de l’autorité qui se confond avec l’idée de monarchie absolue et la gloire militaire. Le château de Versailles est le manifeste et l’écrin d’un programme politique où l’excellence des arts a été mise au service de la magnificence. Pourtant, derrière la pompe des ors rougeoyants de la galerie des Glaces, on peut découvrir un tout autre Versailles, plus intime et proche de la vraie personnalité du Roi-Soleil. L’Histoire est riche d’images, de tableaux et de témoignages qui nous livrent un autre regard sur l’homme. Riche d’illustrations inédites, ce très beau livre nous présente ainsi un Versailles originel a jamais disparu comme un Versailles inattendu. Il donne à comprendre comment s’est dessiné ce grand Versailles que Louis XIV a légué à la postérité.

Michel Schroeder

Dienstag 13. Dezember 2016