Le Douanier Rousseau – Peintre de l’exotisme et des femmes sereines

Si la reconnaissance s’est longtemps faite attendre, aujourd’hui Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau, est considéré comme l’un des meilleurs peintres naïfs.

Pas ou très peu de succès scolaires pour l’enfant Henri Rousseau et encore moins pour l’adolescent Henri Rousseau. Sa famille, endettée, ne put le soutenir dans ses ambitions d’artiste peintre. Il travailla très rapidement au service d’un avoué (officier ministériel et auxiliaire de justice).

Henri Julien Félix Rousseau est né le 21 mai 1844 à Laval, en Mayenne. Il est décédé le 2 septembre 1910 à Paris.

En amateur, dans le coin d’une pièce, il se met à peindre. Il réalise également des croquis lorsque pour son employeur, il contrôle les marchandises des bateaux. Sur son lieu de travail, on le laisse également volontiers dresser son chevalet. On le considère comme un original, mais quelque part on ne doute pas avoir affaire à un véritable génie. Dans ses paysages, il peint des personnages. Il aime beaucoup Paris. Il se met à peindre des jardins, des parcs, des paysages de campagne. L’immobilité des personnages que l’on découvre dans ses toiles procure à ses œuvres une impression de rêve.

Il est de loin l’un des premiers grands peintres du paysage urbain. Mais il reste hanté par la nature, par la forêt. Cette forêt qui sera de nos latitudes, puis deviendra forêt et jungle des lointains ailleurs.

De grandes expositions lui ont été consacrées : en 1984 et 1985 au Grand Palais à Paris, ainsi qu’au Museum of Modern Art de New York. En 2001, l’exposition qui a été organisée à Tübingen, en Allemagne, a remporté un considérable succès. En 2006, la National Gallery of Art de Washington a présenté de nombreuses peintures du Douanier Rousseau. Plus récemment une exposition intitulée «Le Douanier Rousseau, l’innocence archaïque» s’est tenue au Musée du Quai d’Orsay. L’exotisme abonde dans son œuvre, même si Henri Rousseau n’a pratiquement jamais quitté Paris. Son exotisme est imaginaire et stylisé. Il a beaucoup peint au Jardin des Plantes, au Jardin d’Acclimatation. Il a également trouvé une partie de son inspiration dans des revues illustrées, ainsi que dans des revues et ouvrages de botanique. Si certains lui reprochèrent ses couleurs vives, sa naïveté, les traqueurs de merveilleux et tous ceux qui entendaient naviguer loin des normes virent en lui un passeur, un artiste à la lisière entre raison et fantasme. Les milieux artistiques d’avant-garde sont ravis par les trente nuances de vert que l’on peut découvrir dans ses forêts inextricables, où se mêlent sans souci de vraisemblance le houx, le cactus, le paulownia, le marronnier, l’acacia, le lotus ou le cocotier.

Le Douanier Rousseau, un naïf dans la jungle

Je remercie ici les Editions Gallimard (www.gallimard.fr/ www.decouvertes-gallimard.fr) qui ont publié le livre de Gilles Plazy, Le Douanier Rousseau, un naïf dans la jungle dans la collection Découvertes Gallimard. Ce livre, concis et rempli de précieuses informations, à l’iconographie particulièrement riche, est une véritable mine au sujet du Douanier Rousseau. L’auteur propose un voyage intelligent, intime aussi, à travers l’œuvre de l’artiste. Chez le même éditeur, dans la collection Découvertes Gallimard Hors série, vous découvrirez également avec bonheur l’ouvrage Le Douanier Rousseau - Le petit livre de la jungle.

Avec son épouse Clémence, Henri Rousseau a eu sept enfants. Les deux plus jeunes ont été placés en nourrice, à cause de la fragilité de la santé de leur maman. Rousseau est également musicien. Il composera une très belle et fine valse à laquelle il donnera le nom de Clémence. Cette œuvre lui valut un diplôme de l’Académie littéraire et musicale de France.

Son voisin est un artiste renommé. Grand Prix de Rome, Félix Clément a ouvert bien des portes à Henri Rousseau, lui conseillant impérativement de toujours conserver sa naïveté.

Quadragénaire, fonctionnaire et père de famille, au moment de son apparition sur la scène de l’art, Rousseau sera encouragé par Camille Pissarro, l’initiateur des impressionnistes et par Paul Signac, un des plus vifs représentants de la nouvelle avant-garde.

Lorsque son épouse meurt en 1888, il ne se laisse pas abattre. L’année suivante il redouble d’énergie.

On entend le murmure des oiseaux, le sifflement des serpents

La première peinture exotique du Douanier Rousseau s’intitula L’orage dans la forêt vierge. Elle représente un tigre dans une forêt vierge à la végétation plus que généreuse et battue par les vents. Les grands animaliers de l’époque ont l’air de peindre tous des bêtes empaillées, tellement les animaux peints par Rousseau sont remplis d’énergie et d’exotisme.

En 1897, un mois après la mort de son fils, Rousseau peint La Bohémienne endormie, une de ses peintures les plus puissantes. Une dame africaine errante, jouant de la mandoline, ayant son récipient pour boire de l’eau à côté d’elle, dort profondément, harassée par la fatigue. Un lion passe, la flaire, mais ne la dévore pas. La lune, en haut dans le ciel, augmente la poésie de cette magnifique peinture.

Toute sa vie durant le Douanier Rousseau sera un homme généreux, solidaire des petites gens qui, comme lui, ont la vie difficile. Il peut partager sa pitance avec les plus démunis et les faire profiter de l’amélioration de l’ordinaire que lui apportent des leçons de peinture et de musique, ou la vente de tableaux. On sait que le cœur de Rousseau est à gauche, fraternel et humaniste.

Si le paysage demeura la part la plus importante de la peinture d’Henri Rousseau, elle restera longtemps la moins connue.

A l’occasion du 20ème Salon des indépendants, quelques jours après avoir reçu son diplôme de professeur titulaire de l’Association philotechnique, Rousseau expose, avec trois autres tableaux, Eclaireurs attaqués par un tigre. C’est sa deuxième œuvre à base de forêt vierge et de fauve. Elle ne passe pas inaperçue et son auteur obtient un regain de notoriété.

Avec ses deux mètres sur trois, Le lion ayant faim est l’une des œuvres les plus imposantes du Douanier Rousseau. Un lion ayant faim se jette sur une antilope, la dévore. La panthère attend avec anxiété le moment où, elle aussi, pourra en avoir sa part. Grâce à cette peinture, la reconnaissance ne sera pas mince pour l’artiste.

Dans grand nombre de ses peintures, on a l’impression d’entendre le murmure des oiseaux, ainsi que le sifflement des serpents.

La Beauté avec un B majuscule

Le manque de confort de son domicile et sa pauvreté n’empêchent cependant pas le peintre d’organiser des soirées où se rencontrent quelques écrivains et artistes, qui plus tard seront célèbres, comme Guillaume Apollinaire.

Si la gloire lui vint peu à peu, il sera presque toujours malheureux en amour.

C’est Robert Delaunay qui suggéra à sa mère de commander un tableau au Douanier Rousseau. L’artiste rencontra la dame et elle lui raconta ses souvenirs de voyage en Inde. Il en résulta le célèbre tableau intitulé La Charmeuse de serpents. La flûte de la belle dame noire a le pouvoir d’adoucir les mœurs des reptiles qui, dans la forêt vierge, représentent une menace constante. Dans ce tableau, deux énormes serpents s’approchent de la Dame avec des intentions aussi pacifiques que celles du lion qui, dans le désert, flaire une bohémienne qu’il n’ose pas toucher. On a souvent dit que Rousseau peignait la violence affamée des fauves qui s’entre-tuent et la douceur magique de femmes sereines.

Rousseau rêve d’une paix universelle dans la nature, peint l’amour qui devrait régner sur terre. Il a toujours peint avec l’intime conviction que le charme de sa peinture finirait par s’imposer.

Rousseau avait compris et adopté pour lui une vérité : en art tout est permis et légitime si chaque chose concourt à la sincère expression d’un état d’âme.

Son dernier chef-d’œuvre peint peu de temps avant de mourir, sera Le rêve. En pleine forêt vierge, une femme dort sur un divan. Rousseau expliqua que cette femme s’étant tout simplement endormie rêva qu’elle se trouvait dans une forêt vierge. De ce tableau se dégage de la Beauté… avec un B majuscule.

Parmi les plantes grasses et gonflées d’une luxuriance exotique se déroule un serpent noir et rose, et un éléphant à larges oreilles lève sa trompe vers une orange. Sur les branches en fleurs se balance un singe, et des oiseaux de neige ou de flamme s’y reposent en écoutant. Des lotus, ainsi que des nénuphars, aux feuilles veinées de rose comme celles de la vigne turque s’élèvent du sol bouillant et fertile, vers un ciel de perle.

La Beauté fut l’essence de l’inspiration du Douanier Rousseau. J’en suis convaincu.

Michel Schroeder

Donnerstag 10. November 2016