Projet Go4lunch

Projet à but commercial ?

Go4lunch a été obligé de cesser ses activités le vendredi 12 décembre. Les demandeurs d’asile et toute l’équipe vous remercient de votre soutien tout au long de notre projet-pilote ! Voilà ce que l’on peut lire aujourd’hui lorsque l’on visite le site web de Go4lunch. C’est tout ce qui reste d’un projet comme on en voit peu, et qui ne méritait vraiment pas une telle fin. Il y a peu, la ministre de la Famille, Marie-Josée Jacobs, a répondu à la question parlementaire du député Marc Angel, dans laquelle celui-ci a demandé pourquoi le gouvernement à cessé de soutenir ce projet, qu’il qualifie d’ »exemplaire« , pour avoir permis le rapprochement entre les demandeurs d’asile et les autres résidents du Luxembourg  ? La ministre commence par rappeler que les cofinancements du Fonds européen pour les réfugiés, ainsi que du Fonds européen d’intégration des résidents des pays tiers, mis en place par le Commissariat du gouvernement aux étrangers qu’elle dirige, sont limités à trois ans. Elle souligne aussi que le projet Go4lunch a bénéficié durant trois ans d’un cofinancement à parts égales, du Fonds européen pour les réfugiés et du budget du Commissariat du gouvernement aux étrangers, se contentant de dire du projet qu’ »il a eu le mérite de contribuer à l’activation et à la formation d’un certain nombre de demandeurs de protection internationale (DPI)« . Quant aux raisons, elle déclare que les personnes travaillant dans le cadre du projet, n’étaient pas rémunérées mais recevaient des chèques cadeaux d’une valeur très inférieure au salaire minimum légal. Selon elle, la poursuite du projet aurait engendré des coûts, du fait qu’ils auraient dû être engagés par le biais d’une autorisation d’occupation temporaire avec payement du salaire social minimum. De plus, comme elle considère qu’il s’agit d’un projet »à but commercial« , il aurait dû, après une phase initiale de trois ans, s’autofinancer en grande partie. Son second argument, est que l’employabilité des personnes formées dans cette initiative n’a pas pu être retracée.

Et enfin, elle fait savoir que dans le cas de projets à »finalité commerciale« , il existe des restrictions en matière de financement public. Il est clair qu’un élément important à la base de ces justifications est qu’il s’agit d’un projet à but commercial.

Mais comment est-il possible de dire que ce projet à un but ou une finalité commerciale  ? Serait-ce qu’offrir un cours de langue et une formation de base, en restauration et à la vente, aux demandeurs d’asile est une activité commerciale  ? Mettre fin à l’oisiveté et à l’isolation auxquelles ils sont condamnés (interdiction de travailler), qui constitue une véritable torture pour ces personnes, ou encore leur permettre de s’intégrer plus facilement au travers des contacts qui se faisaient entre eux et les autres résidents, sont des activités commerciales  ?

Go4lunch représentait-il un danger pour les autres acteurs de ce secteur ?

Lorsque la ministre dit »un certain nombre de DPI« , se rappelle-t-elle, qu’en trois ans, 130 personnes ont bénéficié de ce projet  ?

Que sont devenues, près de deux mois après la fermeture, les 12 personnes qui y travaillaient à ce moment ? Une, régularisée, a trouvé un emploi dans la restauration. Les autres, comme tous les DPI, font ce que tout être humain ferait quand à chaque moment on peut venir le prendre et l’enfermer, avant de l’expulser, au mieux, vers sa famille qui tente de survivre à la misère.

La fermeture de Go4lunch et le découragement découlant de l’absence de réponse positive à leur demande d’asile on découragé et renforcé les craintes d’expulsion de bon nombre de DPI. Parmi eux, des musiciens de l’Africulture group qui a décidé de ce fait de mettre fin à ses activités. D’autres musiciens continuent malgré tout à faire connaître leur culture en donnant, ci et là, notamment dans des écoles, des cours de djembé (Pour infos, contacter l’Asti). Malheureusement, l’un d’entre eux, enfermé au Centre pénitentiaire, attend d’être embarqué sur un vol vers le Ghana.

Ils laissent un grand vide derrière eux, pas seulement pour les bons moments que l’on a passé grâce à eux, mais surtout pour la chaleur humaine qu’ils transmettaient et la grande dignité dont ils faisaient preuve. Leur hymne, »We shall not be moved« , restera gravé dans les mémoires de ceux qui l’ont entendu et chanté en chœur avec eux.

Rien ne peut justifier une telle décision  !

I.P.I

Ivano Iogna Prat : samedi 7 février 2009