Continents Noirs

Blick Bassy est né au Cameroun en 1974. Musicien dont la renommée ne cesse de grandir, auteur, compositeur, interprète, il vient de publier son premier roman chez Gallimard (www.gallimard.fr) sous le titre Le Moabi Cinéma. Le héros de ce roman est bien drôle, mais très profond. Nous accompagnons Boum Biboum et sa famille, hauts en saveur, du cœur de la forêt africaine à travers la comédie du monde. Il se demande qui a décidé qu’il fallait un visa pour aller d’un endroit à l’autre ? Est-ce que Jules Verne ou Hergé ont dit cela ? De la terre à la terre, il n’y a pas besoin de visa. De la terre à la lune, il n’y a pas besoin de visa, donc pourquoi faut-il un visa pour aller vers des jours meilleurs ? Qui est allé en Afrique pour chercher ses ancêtres pour les vendre et en faire des esclaves ? Qui ? Ont-ils eu besoin de visa pour aller dans ces pays de maltraitances ? Eux, les étrangers, les colonisateurs, n’ont pas nécessité de visa pour commettre leurs crimes innommables. Oui, ces gens-là n’ont pas eu besoin de visa pour ruiner les Africains ! L’auteur n’y va pas par quatre chemins. Il dit ce qu’il pense, il crie des évidences que la majorité des gens et de nos dirigeants ne veulent pas entendre, ne souhaitent pas entendre. Chez nous on préfère la politique de l’autruche, tandis que chez eux les souffrances engendrées n’ont pas encore pris fin. Prendront-elles seulement fin un jour !

Le peuple Baga vit en Guinée-Conakry dans un paysage dominé par la mangrove où règne un climat tropical. Autrefois, les Baga créaient et utilisaient de très nombreux masques lors de cérémonies qui s’accompagnaient de musique et de danses. Le masque symbolisait les esprits et leurs pouvoirs. Ils se manifestaient en public pour marquer des moments importants : fêtes de la récolte, mariages, funérailles, accueil de visiteurs de prestige. Les sculptures majestueuses et emblématiques des Baga ont fasciné des générations d’artistes occidentaux, comme Picasso, Giacometti, Moore... séduits par leurs propriétés formelles, monumentales et géométriques. A partir de 1930, peu d’objets rituels furent conservés, ce à cause de l’influence du christianisme, puis de l’islam. La plupart des sculptures furent alors détruites ou dispersées dans les collections publiques et privées du monde entier. Aujourd’­hui, certains masques sont toujours réalisés, mais utilisés dans un contexte différent. Les Baga réalisaient également des tambours en bois, colorés et décorés de personnages féminins et parfois d’animaux sculptés. Rythmant les cérémonies, certains tambours appartenaient et étaient joués par des femmes, d’autres par des hommes. Le tambour des hommes est décrit comme le symbole de l’initiation masculine et du pouvoir des aînés. Colossal, il était parfois nécessaire que le batteur se place sur un promontoire pour en jouer. Les tambours des femmes sont souvent portés à même la tête. David Berliner, docteur en anthropologie au Laboratoire d’Anthropologie des Mondes contemporains, vient de publier l’ouvrage Mémoires réligieuses Baga publié en co-édition par Somogy Editions d’Art (www.somogy.fr), le Musée Barbier-Mueller de Genève, et le Musée d’arts africains, océaniens, amérindiens de Marseille. L’iconographie de cette publication est formidable. Au fil des pages de cet ouvrage, le lecteur est amené à explorer les usages passés des objets Baga, mais aussi ce qui reste aujourd’hui de ces populations tribales.

Alors que je rédige le présent article, pour que vous m’accompagniez en Afrique, j’apprends la nouvelle suivante qui vient de tomber à l’instant sur France Musique : le Bénin, colonisé par la France (ce pays portait alors le nom de Dahomey), demande à la France de lui restituer ses trésors culturels et artistiques, dont une partie sont actuellement exposés au Musée du Quai Branly, à Paris. Une responsable du patrimoine muséal du Bénin n’a pas hésité à dire que son pays avait été spolié par la France et que les béninois avaient parfaitement le droit de récupérer leur histoire. Je souscris à leur revendication. Et je pense que vous aussi.

Le Libéria a vécu et connu de grands drames humains et sociaux. Par le passé, la citoyenneté libérienne était seulement accessible aux colonisateurs… Une aberration ! Puis, et jusqu’en 2003, les nombreuses ressources naturelles et humaines ont uniquement servi aux enrichissements personnels ! Aujourd’hui, ce pays est confronté à un énorme défi : lutte contre la corruption et la pauvreté, gestion des ressources naturelles... Docteur en sciences politiques et sociales à l’Université libre de Bruxelles, Liana Maria Ursa est fortement impliquée dans des activités humanitaires et de développement au Libéria. Libérienne vivant en Europe, elle vient de publier dans la collection Etudes africaines chez L’Harmattan (www.librairieharmattan.com), son livre Libéria, la difficile construction natio­nale. Il faut savoir que le Libéria possède de nombreuses ressources naturelles, tels que bois, latex, café, cacao, diamants. D’importants revenus sont procurés à l’Etat par le statut de « paradis fiscal » et de « pavillon de complaisance ». Ce dernier fait du Libéra la 2ème flotte du monde. Malgré tout, la grande pauvreté est endémique dans ce pays africain.

Michel Schroeder

vendredi 14 octobre 2016