Bandes dessinées

Des aventures, de l’érotisme, des trolls, de l’action et des albums de chez nous

Le graphiste Marc Angel, dont j’avais déjà dit tout le bien à propos de son talent, lors de la publication de sa dernière bande dessinée, vient de se voir confier une nouvelle création. La nouvelle BD de Marc Angel chez Insitu Création Edition (www.insitu-creation-edition.com), sortie de presse sous le titre Le trésor d’Useldange, le dernier espoir du Seigneur de Rodemack (également disponible dans sa version luxembourgeoise sous le titre De Schëmmelreider vun Useldeng), est une publication commune de la Commune d’Useldange, en collaboration avec la Communauté des communes de Cattenom et environs. En 70 pages, un mélange très réussi entre histoire, fiction et légendes, convie les lecteurs à un voyage dans le temps. Le dessin de Marc Angel est de grande qualité. L’artiste était entouré, au niveau des recherches et de la mise en scène, de Gérard Anzia, ainsi que du responsable du château d’Useldange, Tom Lehnert. Quel est le lien entre Useldange et Cattenom ? Gérard de Rodemack ! C’est son histoire aventureuse qui est racontée à travers cet envoûtant album, qui respecte foule de détails historiques. A un moment donné, le château d’Useldange sera quasiment le seul territoire qui restera à Gérard de Rodemack, celui qui a été l’un des souverains les plus puissants de la région. Alors que des brigands, bande formée par des chevaliers et des lansquenets, spécialisés dans le pillage de pauvres paysans, se sont mis en tête de retrouver le légendaire trésor des Templiers, l’aventure devient palpitante. Nos félicitations à Marc Angel pour cette publication très réussie.

Au lendemain de la guerre 14-18, un ancien soldat allemand, Werner, erre quelque part en Indochine. De la guerre il garde une blessure à l’endroit du cœur. Un ami, Georg, l’a sauvé d’un tir ennemi, mourant à sa place. Werner se sent coupable de cet épisode. Georg avait femme et enfants. Werner pense qu’il ne pourra racheter ce sacrifice que s’il parvient à trouver l’amour et fonder une famille à son tour. Dans l’Indochine française, il est surtout un paria rejeté des colons. Il vit de menus travaux, et échoue dans une petite ville du Laos, Savannakhet. Il trouve refuge dans une énorme manufacture pareille à une forteresse. Son activité est obscure : des matériaux entrent dans l’enceinte, une armée d’employés s’active. Ils sont étranges, vieux, gris, mutiques, éteints. Dans la ville, tout le monde craint la famille chinoise qui tient la manufacture. Des histoires courent à son propos. On dit qu’elle est maudite, prisonnière d’un mal tout-puissant. Les maîtres auraient une fille unique, atteinte d’une maladie rare qui lui interdit de s’exposer à la lumière du jour. La jeune fille ne sortirait de sa chambre qu’à la nuit tombée pour se promener au bord de l’étang, dans la cour intérieure. Pour vérifier ces rumeurs, Werner se cache dans le jardin et attend la nuit. Une bien étrange relation va naître. Le récit de la bande dessinée de Loo Hui Phang et de Philippe Dupuy, publiée chez Futuropolis (www.futuropolis.fr) sous le titre Nuages et pluie est hypnotique. Le dessin est tout en douceur, avec des scènes de grand érotisme. Loo Hui Phang est née au Laos. Elle grandit en Normandie où elle suit des études de Lettres modernes et de Cinéma. L’artiste vient de rentrer d’une résidence d’artiste à Taipei où elle a travaillé, entre autres, avec l’artiste taïwanaise Tsai Ming Liang. Philippe Dupuy est actuellement à l’atelier lyrique de l’Opéra de Paris pour les derniers réglages d’Orphée de Monteverdi.

Chez Soleil (www.soleilprod.com) beaucoup de belles et agréables surprises vous attendent : le tome 5 de Ekhö monde miroir vient de paraître sous le titre Le secret des Preshauns. Cet album est très riche en révélations sur les origines et le fonctionnement d’Ekhö. Fourmille, Yuri et Sigisbert sont en route pour Rome, la ville éternelle où règne le pontife qui dirige ces créatures souvent aimables et parfois monstrueuses que sont les Preshauns. Fourmille espère y trouver la réponse à la question : que fait-elle sur Ekhö ? Elle va rapidement comprendre que les Preshauns cachent un grand secret, et qu’elle-même est une pièce dans un jeu complexe. L’auteur de l’histoire est Christophe Arleston, le dessinateur Alessandro Barbucci. Nous retrouvons Christophe Arleston comme auteur et Jean-Louis Mourier comme dessinateur du tome 21 de Trolls de Troy, publié sous le titre L’or des Trolls. Des chercheurs d’or pataugent dans la rivière proche du village troll. Ayant capturé Gnondpom et Tyneth, ils exigent du village de les laisser tranquilles pour travailler. Très vite, la fièvre de l’or s’empare de la région et des hordes avides déferlent sur le village. Réfugiés dans la montagne, les Trolls doivent trouver un moyen de récupérer leur village. C’est l’or lui-même qui leur apportera la solution. Ils en distribuent jusqu’à ce qu’il ne vaille plus rien et que l’économie d’Eckmül s’écroule. Restons chez nos amis publiés chez Soleil et je vous propose la lecture du 17ème album des aventures de Durango, publiées sous le titre de Jessie. Derrière cette histoire se cachent Yves Swolfs et Iko. Après un affrontement en Californie, Durango part soigner ses blessures auprès de son ami, le shérif Larry Haynes, dans la paisible ville de Hancock. Le répit sera de courte durée car un important transport de fonds est attaqué. Le coupable et le magot restent introuvables ! Au même moment, le jeune Jessie débarque en ville et cherche des noises à Maxwell, le tenant du saloon local.

Depuis vingt-sept ans maintenant, le héros national Superjhemp sauve le Duché du Luxembourg de toutes sortes de cataclysmes, avatars et autres séismes ou catastrophes. Il va s’en dire que chaque aventure à laquelle Superjhemp est mêlé est bien dosée en rebondissements et permet aux lecteurs et lectrices d’exercer leurs muscles du rire, souvent aussi du fou rire. Le nouvel épisode des aventures truculentes de Superjhemp vient de paraître aux Editions Revue (www. revue.lu/ www.rogerleiner.lu) sous le titre Den little Superjhemp, dem Superjhemp seng Kannerjoren. Vu Geessen, Gussen a Gaasebouwen ! Dans cet album, l’enfance de Superjhemp est racontée, dans bien des détails. A mourir de rire, je vous le garantis. Nos garnements ont plus d’un tour dans leur sac. Leurs espiègleries et plaisanteries n’amusent toutefois pas toutes celles et ceux qui en sont les victimes. Chaque sketch est succulent et à de nombreuses reprises, je me suis esclaffé de rire. Les auteurs Roger Leiner et Lucien Czuga ont encore une fois associé leur immense talent pour nous offrir un florilège succulent. Depuis l’année 1987, les deux auteurs travaillent ensemble. A ce jour, ils ont déjà publié 33 albums. Leurs personnages sont, au fil des années, devenus des figures emblématiques de notre pays.

L’album collectif Les contes de Morne Plage, d’après l’œuvre de Malcolm de Chazal, publié chez L’Harmattan BD (www.editions-harmattan. fr), est la première BD d’auteurs de l’Océan Indien à être publiée en Europe. Christophe Cassiau-Haurie, Elanni et Djaï, Dwa, Farahaingo, Stanley Harmon, Manavvar Namdarkhan, Thierry Permal, Pov, Evan Sohun, Umar Timol et Tojo, de l’Ile Maurice et de Madagascar, sont les artistes auxquels nous devons cette admirable publication. Dans une atmosphère onirique où la magie l’emporte sur le réel, chaque histoire nous emporte d’un bout à l’autre de l’île au pays des contes. Animaux, plantes, hommes, tout cela jaillit de l’album et vous verrez la magie du conte, devenu réel, opérer. Vous découvrirez un total de huit histoires dans cette BD : Mafut le serin, Les sirènes de Morne Plage, Le poisson qui marchait sur terre, La table magique, La roche qui était un petit oiseau, La petite théière, Poutouk le nain et L’arbre qui vole. Malcolm de Chazal (1902-1981) est certainement l’artiste mauricien le plus fécond et le plus polyvalent. (Fondation Malcolm de Chazal 8, rue du Vieux-Conseil Port-Louis Île Maurice chazfund@intnet.mu/www.malcolmdechazal.mu). Les contes de Morne Plage, créés oralement par l’auteur, ont été retrouvés par une maison d’édition locale. Malcolm de Chazal éprouvait une passion pour ce lieu. L’auteur nous le décrit ainsi : «Dans le Sud-Ouest de l’île, une route en lacets nous mène parmi les flamboyants et les goyaviers-fleurs, les cactus et les tamariniers. Une belle et superbe montagne s’y juche tout au milieu. Cette montagne change de couleur comme la robe de la Belle au bois dormant et tous les enfants qui viennent en ce lieu se croient des princes charmants. Car les animaux ici leurs parlent, les arbres le soir leur font des signes avec leurs branches. On y a vu des coquillages marcher et les vagues sortir de la mer. Des choses étranges s’y produisent. Il semble que tous les contes de fées de la terre se soient réfugiés ici. Tout ce qui se passe ailleurs, ici ne se passe pas. Les couleurs n’y sont plus les mêmes ni les sons, tout est féerique». Les bandes dessinées de cet album collectif restituent, avec une fidélité surprenante, l’esprit de féerie et tout l’enchantement qui imprègnent les contes de Morne Plage. Les auteurs nous avertissent que toutes ces histoires se sont réellement passées. Le voyageur peut les entendre dans le ruisseau chantant descendant des montagnes, dans les grands bruits que font les cannes à sucre agitées par le vent, dans les bruissements du vétiver et le grand râle des récifs. Ces talentueux artistes racontent en cases et dessins les histoires vraies que les vieilles grands-mères racontent aux petits-enfants dans les chaumières et que les grandes personnes murmurent les soirs d’été. Je recommande particulièrement la découverte de cet album pour lequel j’ai éprouvé un immense coup de cœur.

En réédition collector, Michel Lafon (www.michel-lafon .com) propose, en hommage à Cabu, la bande dessinée Le nez de Dorothée. Il faut savoir, m’enfin j’suis sûr que vous le saviez déjà, Le nez de Dorothée a été un sacré événement BD. Cet album signé Cabu, est inspiré par la célèbre animatrice de Récré A2. Il faut dire que depuis 1980, chaque mercredi, Cabu participait en direct à l’émission préférée des enfants. Entre Goldorak, Candy et Albator, le dessinateur s’amusait à croquer Dorothée avec un très long nez et une queue de cheval ! Son personnage est devenu aussi rapidement célèbre que l’animatrice-chanteuse elle-même. Cabu n’a jamais caché une certaine hostilité vis-à-vis de TF1 et des producteurs de l’émission Club Dorothée. Il ira jusqu’à les représenter en pachas sur des chaises à porteurs, posées sur les épaules de Dorothée et d’Hélène Rollès. Cabu ornait même les disques de Dorothée, c’est peu dire ! Il a fait l’objet d’un vidéoclip et est devenu un énorme tube avec la chanson de Corbier. Souvenez-vous : Le nez de Dorothée, Qu’on se le dise, Restera cette année, Dans sa valise. Cette BD a été publiée pour la première fois en 1986. Il s’agit d’un album marquant pour tous ceux qui ont grandi avec Dorothée et Cabu. Après la fin du Club Dorothée en 1997, Dorothée se retire de la vie publique pendant près de dix ans. Mais quand, en 2007, elle revient sur le devant de la scène, celui qu’elle a toujours surnommé Maître Cabu est présent à ses côtés. Vingt-cinq ans après la pochette de Hou la menteuse, celui-ci réalise la couverture du livre Les années Dorothée, qui retrace la carrière de star des enfants. En 2007, pour la première fois en trente ans d’amitié, Cabu conçoit un dessin inédit pour l’affiche d’un spectacle de Dorothée. Pour ses concerts à l’Olympia en 2010, il croque Dorothée aux cheveux désormais plus courts, mais au nez toujours XXL. La bande dessinée de Cabu, parue dans la foulée, fait aujourd’hui figure d’objet culte. Super, l’idée de nous proposer de posséder enfin cette BD dans notre bibliothèque. Merci à Michel Lafon. Je voudrais encore reproduire le dernier paragraphe de la préface de Dorothée que vous pourrez lire dans l’album : «Cabu, ton trait et ta rapidité faisaient notre admiration, toi qui étais aimé des autres dessinateurs de BD. Ta gentillesse nous manque tellement. A toi Cabu, reste toujours dans nos cœurs».

Le magnétique et formidable éditeur Delcourt (www. editions-delcourt.fr/ www.delcourt30ans.com) fête ses 30 ans. De très nombreux titres du catalogue de cet éditeur témoignent de l’incontestable succès de la maison. En résumé, voici les dates clefs de la maison : 1986, Fondation des Editions Delcourt ; 1993, naissance des collections Terres de légendes et Neopolis ; 1996, lancement de la collection Jeunesse ; 2001, pour ses 15 ans, la maison crée le 1er festival BD Delcourt à Bercy Village ; 2002, offensive dans le Manga ; 2003, Jimmy Corrigan de Chris Ware remporte le Prix du Meilleur album à Angoulême ; 2005, Delcourt acquiert Tonkam, éditeur historique de Manga ; 2007, création de la collection Ex-Libris, les grands classiques de la littérature mondiale adaptés en bande dessinée ; 2009, Happy Sex de Zep est vendu à plus de 400.000 exemplaires ; 2010, Les Légendaires de Patrick Sobral passe la barre du million d’exemplaires, tandis que Les blagues de Toto sont adaptées pour la télévision ; Pour leurs 25 ans, le Centre belge de la bande dessinée consacre une expositions aux Editions Delcourt ; 2013, Walking Dead et Les Légendaires deviennent les séries de BD les plus vendues en France ; 2014, Le Groupe Delcourt remporte 4 Fauves à Angoulême, dont le Fauve d’Or du meilleur album pour Come Prima d’Alfred ; 2015, Le Grand Méchant Renard de Benjamin Renner rafle 3 prix majeurs : le Prix de la BD de la FNAC, le Fauve Jeunesse à Angoulême, ainsi que le Prix des lecteurs du Journal de Mickey ; 2016, les Editions Delcourt fêtent leurs 30 ans.

Michel Schroeder

Freitag 30. September 2016