Fang Zhaolin, une symphonie pastorale chinoise de toute beauté

Cimes et pins.


Je suis très heureux de vous faire découvrir une très grande artiste chinoise, Fang Zhaolin. Je suis fou amoureux de cette peinture qui engendre chez moi une douce inspiration pour composer des poèmes paysagers. A travers la présente monographie, je voudrais vous donner à voir, à goûter, à apprécier, à découvrir, la peinture de cette artiste exceptionnelle, une artiste à l’inspiration remplie d’émotions profondes.

Ses œuvres sont une symphonie pastorale chinoise, un appel vers les sommets les plus beaux. Je suis enchanté par les cimes voluptueusement enrobées de nuages que l’on voit dans les peintures de l’artiste. Cette peinture invite à une ascension symbolique. Son invitation au voyage nous permet d’accompagner Fang Zhaolin dans sa quête des vérités premières, nous permet de cheminer avec elle, en communion avec elle et en communion avec la nature. La Voie, le Tao, nous sont ouverts grâce à une peinture fondamentalement profonde et sincère.

Peindre, pour Fang Zhaolin, c’est d’abord peindre la montagne, convoquer des visions d’ensemble, faire coexister des échelles différentes, donner l’impression d’espaces démultipliés, mais peindre la montagne ce n’est pas seulement représenter la montagne, c’est aussi la gravir à l’image de ces pèlerins qui, chaque année, par d’interminables escaliers, accèdent au Taishan. Atteindre les sommets, là où ils se confondent avec les nuages. Découvrir des horizons improbables toujours recommencés. Se noyer dans la brume humide qui donne à la lumière éclat et douceur...

Bien que Fang Zhaolin soit aujourd’hui décédée, les étincelles de son esprit artistique continuent de transmettre lumière et chaleur au monde qu’elle a toujours aimé.

Citoyenne du monde, l’artiste ne s’est jamais lassée de parcourir la planète. Toute son œuvre, quelque part, est dédiée à la Chine, aux traditions de ce pays splendide.

Elle a remporté le Grand Prix Zhongshan Cup du Chinese Painting Institute and Chinese Artists Joint Association, le Prix du Tokyo Fuji Art Museum, a été nommée Bronze Bauhinia Star au HKSAR (Hong Kong Special Administrative Region) Governement de Hong Kong, a été élue peintre de l’année 1991 par la Hong Kong Artists Guild, est diplômée en littérature à l’Université de Hong Kong, est professeur honoraire à la Jiaotong University de Shanghai, est docteur honoris causa de la Soka University de Tokyo, Japon (pour ne citer que ces prix et distinctions !).

Parmi les principales expositions de l’artiste : Tokyo, Londres, Lausanne, Malaisie, Allemagne, Oxford, Boston, New York, Montréal, San Francisco, Singapour, Californie, Washington, Australie, Pékin, Shanghai, Hong-Kong, Shenzhen, Hangzhou, Wuxi...

Actuellement et jusqu’au 10 décembre se tient l’exposition Fang Zhaolin au Musée des Arts asiatiques de Toulon (Jules Verne). A l’occasion de cette exposition exceptionnelle, les Editions Alternatives (www.editionsalternatives .com) viennent de publier, sous la direction de Jean-Paul Desroches, le très bel album Fang Zhaolin, le voyage intérieur. Les autres auteurs de cette publication sont Guillemette Coulomb, Hubert Falco, Yann Tainguy, Rémi Kertenian, Marie-Paule Deblanc-Magnée et Zhao Xun. La direction artistique de la publication a été assurée par Wang Feng et Long Zhijun. Le Musée Xuyuan des Beaux Arts de Pékin, le Musée des Beaux Arts de Jinan, l’Association des recherches sur Fang Zhaolin, ainsi que le Musée des Beaux Arts de Verviers, ont largement contribué à ce que l’exposition toulonnaise soit un sommet artistique hors du commun. Cette exposition a déjà été proposée en Angleterre et en Belgique. Dès l’année prochaine, c’est à Milan qu’elle aura lieu, puis à la Cité interdite de Pékin.

Fang Zhaolin est née en 1914, elle est décédée en 2006. Lorsqu’elle s’est éteinte, elle était une nonagénaire érudite, de grande sensibilité, une artiste accomplie à l’esprit ouvert et généreux. Fang Zhaolin a perdu son mari, Fang Sinkao, alors qu’elle n’était âgée que de 35 ans. 8 enfants sont nés de ce couple. Son enfance a été marquée par l’assassinat de son père. Elle a terminé ses études à l’Université de Shanghai, ainsi qu’à celle de Manchester. Marié en 1938, le couple vécut quelques temps en Norvège, puis à New York, lorsque la Seconde Guerre mondiale arriva. Le couple se fixa à Hong Kong. Lors du décès de son mari, elle fut seule à diriger leur société d’import-export et à s’occuper de l’éducation de leurs enfants.

Ses maîtres furent Qian Songyan et Chen Jiucun. L’artiste Zhao Shao’ang, très apprécié à Hong Kong, l’introduisit dans les milieux artistiques. Ses fréquents voyages en Angleterre, aux Etats-Unis, au Brésil, en Europe, nourrirent son art, mais la tradition et les paysages chinois fécondèrent cet art si parfait, si beau, si exceptionnel.

Si partout dans le monde on s’accorde à dire et à écrire que Fang Zhaolin est l’une des figures de proue de la peinture chinoise du XXème siècle, c’est bien exact. Elle est, à mes yeux, une incontournable ambassadrice de l’expression artistique chinoise.

Face à une production considérable et à partir du riche fonds du Musée Xuyuan de Pékin, le livre Fang Zhaolin, le voyage intérieur, met en avant une quarantaine d’œuvres illustrant le dialogue fécond entre mer et montagne. Façonnées par un pinceau singulièrement nourri de traditions millénaires et d’antiques pratiques calligraphiques, ses grandes compositions révèlent des paysages grandioses et interpellent une Chine en devenir. Dans cet album certaines œuvres sont reproduites sur des doubles-pages, d’où l’attrait de cette publication.

Le livre nous permet de respirer, d’humer, de ressentir une Chine à la nature belle et profonde.

Une œuvre lumineuse, dense et intense

Zhao Xun, vice-présidente de l’association des recherches sur Fang Zhaolin dit à propos de l’artiste : «Dans la grande forêt de la peinture chinoise du XXème siècle, Fang Zhaolin est, sans aucun doute, un arbre imposant et touffu qui plonge profondément les racines de son art dans la Chine, comme dans une terre fertile, qui l’émeut et l’inspire sans cesse. Elle s’évertue à puiser dans la civilisation chinoise multimillénaire, et avec une noble ambition et un esprit optimiste et vaillant, elle hisse la peinture chinoise jusqu’à un sommet jamais gravi auparavant. Elle est une grand-mère, une exploratrice et praticienne qui s’éclaire elle-même et réchauffe le monde par le flambeau de l’art».

Les tableaux de l’artiste nous offrent une Chine pittoresque, vivante, avec des crêtes, des cimes, des fleuves et des sentiers. Une vie intense, vivifiante, poétique, surgit des œuvres de Fang Zhaolin, nous invitent à la méditation, à un ou à des voyages intérieurs.

Fang Zhaolin représente, avec spontanéité, innocence et fraîcheur, le sensible et le tangible, les secrets, l’intime et le sublime. Elle est amoureuse, se sent très proche des paysages d’une incroyable beauté de la Chine profonde, des hommes simples et doués pour leurs occupations. Ses tableaux sont un hymne aux monts Huang, Hua, au Yangzi, au passage des Trois-Gorges, aux terrasses du Shaanxi, à celles du Shanxi et à leurs habitats troglodytes, au majestueux Huanghe.

Dans le travail pictural de Fang Zhaolin, l’encre et le pinceau se marient avec finesse, sagesse et bonheur. Son inspiration la guide vers cette pratique très ancienne qui trouve ses racines dans la calligraphie. Elle met toute sa sensibilité au service de l’écriture puis, subtilement, elle est capable, avec beaucoup de génie et de sensibilité, de se servir de l’écriture pour exprimer sa sensibilité personnelle.

Avec les tableaux de l’artiste, nous découvrons des bords de mer, des sommets de montagnes, des cascades, des ermitages.

Une œuvre habitée par l’humain

Maître du pinceau traditionnel, Fan Zhaolin nourrit sa peinture d’innovations techniques et d’images intérieures guidées par ses émotions. La peinture de Fang Zhaolin se regarde avec le cœur, elle a d’ailleurs été réalisée avec le cœur et peut être qualifiée d’exquise.

L’artiste allait vers le paysage, se promenait dans la montagne qu’elle voulait représenter, elle souhaitait ressentir le lieu avant de le coucher sur papier ou sur toile, explorer ses mystères. Ses paysages nous entraînent dans une illusion de beauté, ils ne sont pas que paysages, ils sont les témoins de son amour pour son pays, la Chine, mais ils sont également la résurgence de la misère humaine.

Son œuvre est habitée par l’humain toujours présent, à quelques exceptions près, tant l’artiste croit en l’homme et à ses capacités à surmonter l’insurmontable.

Toute la beauté de la Chine nous est donnée à voir, mais également toute sa misère et sa douleur.

Je vous invite maintenant à parcourir l’album Fang Zhaolin, le voyage intérieur, publié aux Editions Alternatives (www.editionsalternatives.com). Au passage, je voudrais remercier Sophie Gallet de m’avoir donné la possibilité de me transformer en inconditionnel amateur de l’honorable Fang Zhaolin.

Les œuvres de l’artiste sont proposées dans ce très bel album en plusieurs chapitres : Peindre la mer, Peindre la montagne, Atteindre les sommets, Sceaux de l’artiste.

L’art de Fang Zhaolin est profondément beau.

Michel Schroeder

Mittwoch 28. September 2016