Le 17 septembre de Marc Wagner : «Question of balance»

Guère n’est besoin d’être grand angliciste pour essayer de comprendre l’idée qu’exprime le titre de cette nouvelle exposition de Marc Wagner. Balance entre deux tendances picturales? Deux aspects de la personnalité de l’artiste? Entre deux styles? Une opposition, comme entre jour et nuit, ville et campagne, ciel et terre, ici et ailleurs, à l’instar de tant d’autres opposés et/ou compléments? Et pourquoi pas comme bucolique, vaste, clair, lumineux versus citadin, sombre, mystérieux, parfois inquiétant? Eh bien ça, ce sera à vous de le découvrir, amis lecteurs, en même temps que certaines allusions, voire pointes d’humour (1)... lors du vernissage à la Galerie d’Art Schortgen (2), samedi 17 septembre de 15 à 18 h, en présence de l’artiste. Mais sachez dès à présent, que ce coloriste exceptionnel parvient à rendre, à travers les ombres et lumières de nos paysages champêtres ou citadins luxembourgeois, toute la puissance chromatique et figurative d’un Douanier Rousseau ou d’un Gauguin en un bouquet de profondeur-passion comme on en rencontre rarement.

Que ce vernissage promette d’être l’évènement artistique du mois dans le petit monde pictural luxembourgeois, ne fait pas de doute. Non seulement ouvre-t-il la saison artistique de la ville, après une période de quasi-vide vouée aux voyages, au sud, au dolce farniente, au plein-air, ou à d’autres évasions, mais encore est-ce avec l’un des plus étonnants peintres néo-impressionnistes de ce siècle. Enfin, du moins jusqu’à présent, bien sûr, car l’artiste ne se consacre vraiment à la peinture traditionnelle (sur toile (3)) que depuis 2005, toute sa vie ayant toutefois déjà été liée à l’art dans bien de ses innombrables expressions. Et son existence fertile et mouvementée d’artiste autodidacte indépendant, créatif, volontaire et volontariste, imprévisible et aventureux, qui mène la danse et la barque à sa guise, en témoigne.

Né en 1948 à Luxembourg, c’est grâce aux reproductions d’art reçues contre des bons dans les emballages de pâtes Soubry et collectionnées par son père, aquarelliste amateur, que Marc se verra introduire avec ses deux plus jeunes frères dès l’enfance dans l’histoire de l’art, de Michel-Ange à Picasso. Après le lycée et des études d’ingénieur technicien en électrotechnique qui l’ont fait renoncer malgré lui aux beaux-arts, Marc travaille dans une agence de publicité comme dessinateur technique, mais sans jamais cesser de dessiner et peindre en dilettante. Son boulot: mise au net de logos, lettrages, décors et campagnes publicitaires. Il apprend les secrets et règles de la typographie, des couleurs pour l’imprimerie, de la reprographie. Ça lui plait, mais il veut davantage et choisit l’indépendance. Il continue à travailler pour l’agence en freelance, mais assiste aussi un lettreur dans la réalisation de panneaux publicitaires et lettrages pour vitrines, tout au pinceau et à la laque, et aide notamment Pit et Anne Weyer (4) à réaliser des décors de théâtre.

Même très réduite par mes soins, cette bio de Marc Wagner pourra vous paraître longuette, mais elle est essentielle à la compréhension de sa peinture dont elle constitue la principale clef. «J’ai accumulé rapidement toutes sortes d’expériences professionnelles dans ces domaines», nous confie-t-il. «Pour l’agence de pub, c’étaient des centaines de dessins à l’encre de chine et en perspective, meubles, électroménager, maisons, mélange de dessins techniques et à main levée pour des annonces publicitaires dont j’ai aussi fait la typo et la mise en page». Puis, déjà plus proche du grand art: «... J’ai contribué à des projets de Lou Theisen (sculpture bronze), Will Lofy (peintures murales), pris des cours de dessin de nu et nature morte (...) chez Anna Recker, donné 2 expositions au Minihilton à Clausen, réalisé des décors d’envergure et des stands d’exposition».

En 1982 il participe avec Moritz Ney, Patricia Lippert, Charly Reinertz, Pepe Pax à la création du Konschthaus Groussgaass par Jean-Pierre Adam et donne plusieurs expositions collectives, ainsi que des cours de dessin pour l’OGBL à Pétange. Il participe aussi avec Jean-Paul Stein, sous l’égide de l’OGBL, à une rencontre «art et entreprise» – dessin et peinture sur le vif – à ARBED Esch-Belval, puis donne une expo à la Galerie Municipale d’Esch/Alzette. Il apprend chez Jean-Pierre Adam les différentes techniques de gravure et conçoit durant 5 années des séries de gravures sur la ville de Luxembourg, dont il réalise des éditions. Il commence aussi à développer des décors artistiques, qu’il expose au Salon des antiquités et arts contemporains à Luxembourg. Parallèlement il réalise des stands de foire et des projets d’exposition pour plusieurs ministères.

En 1988, Marc crée avec sa femme Simone la société «Format, communication par l’exposition» (5), qui rejoint ensuite un réseau professionnel mondial de 150 partenaires. En 2002 ils font construire un hall et un bâtiment administratif à Niederanven. Mais cette intense activité ne l’empêche pas de visiter régulièrement, lors de ses voyages, les grands musées et de nombreuses expositions, ce qui lui permettra de s’inspirer des grands classiques, mais aussi de Van Gogh, Monet, Matisse, De Chirico, Derain, Bonnard... Parmi les contemporains, il admire beaucoup David Hockney, Peter Doig, Alex Katz, Per Kirkeby et autres Neo Rauch. Mais c’est en 2005 qu’il reprend vraiment les pinceaux, expérimente ses propres idées et cherche son propre style, pour sortir fin 2010 de son aventure entrepreneuriale riche en expériences multiples et se lancer enfin de plain pied dans une nouvelle étape artistique: la peinture.

«Point de vue composition», nous confie-t-il enfin, «j’explore perceptions et fausses perspectives, vues plongeantes et cadrages. J’adore jouer avec les couleurs, et je découvre constamment de nouvelles combinaisons et compositions. Ayant expérimenté dans le passé une multitude d’outils, comme les pochoirs, tissus, éponges, pigments, tachetage, sprays, etc., je me limite pour l’instant aux pinceaux et à l’acrylique hautement pigmenté. Mes sujets, inépuisables, sont la nature et la vie sous tous ses aspects. Je perçois le monde et la société d’un oeil critique et pragmatique et tends à montrer paysages et situations inspirés de la réalité, mais j’utilise ma liberté artistique pour créer des images modelées à ma guise, parfois idéalisées, faisant abstraction des crimes environnementaux et sociétaires. Je ne peux pourtant pas m’abstenir de cacher dans mes tableaux des métaphores, des messages, mais je préfère ne pas en parler et en laisser la découverte à l’observateur». À bon spectateur, salut!

Giulio-Enrico Pisani

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1) Par exemple : «OMG» dans le titre du tableau «Luxembourg OMG» signifie «Oh, mon Dieu», exclamation possible de Goethe face au Luxembourg d’aujourd’hui. Une plaque en bas à droite de la Montée de Clausen rappelle en effet que Goethe dit le 15.10.1872 du Luxembourg: «Ici l’on trouve tellement de grandeur et de charme, tellement de sérieux et de grâce, qu’il eût été souhaitable que Poussin exprimât son merveilleux talent dans ces espaces» - image et situation de la plaque avec texte original allemand sur http://openplaques.org/plaques/30453.

2) Galerie Schortgen, 24 rue Beaumont (parallèle Grand Rue), Luxembourg centre, mardi à samedi de 10,30 à 12,30 et de 13,30 à 18,00 h., Expo Marc Wagner du 17 septembre au 8 octobre.

3) ... après esquisse au crayon, digitale sur i-pad et/ou sur carton Bristol

4) Atelier d’affichage bien connu. Voir http://mhvl.lu/exhibition/affiches-weyer/

5) Format - Exhibitions worldwide, Niederhanven

Dienstag 13. September 2016