La vie au fil de romans

Avec Le bal des gueules noires, publié dans la collection de poche au Rouergue (www.lerouergue.com), Daniel Crozes a écrit un très beau roman de société. L’univers des mines de charbon est rude, surtout à l’ère de la reconversion industrielle. Les mineurs, souvent, lorsqu’ils boivent plus que de raison, cèdent à la colère. Les Polonais défient souvent les Espagnols au bras de fer, dans les cafés, encouragés par des hordes de supporters déchaînés. Le travail à la mine est dur, difficile. Mais, pour finir, la routine a raison de leurs angoisses. Finalement, ils s’habituent au grincement des câbles et des poulies, au vide et au noir, au chaud et au froid, aux odeurs âcres de la poudre, aux poussières de charbon et de silice. Tania avait un rôle essentiel au sein du Comité des femmes de grévistes. Son ami Sylvain et elle, coulent une relation sans ombre, jusqu’au jour où a lieu la rupture. Sylvain, va avoir la possibilité de démontrer son talent de trompettiste au sein de l’orchestre de bal fondé par l’un de ses copains de la mine. En quelques cinq cents pages, Daniel Crozes raconte des destins, avec leur lot de bonheurs, de difficultés, de malheurs aussi. C’est tout un monde, toute une époque qui défile sous les yeux des lecteurs, grâce à une écriture vivante, colorée, réjouissante.

Originaire de Kissidougou en République de Guinée, membre fondateur du Réseau Afrique Jeunesse de Guinée, Paul Balla Mansaré, vient de publier chez L’Harmattan (www.librairieharmattan.com) son roman Les yeux pour pleurer. Tambada, étudiant en fin de cycle, rencontre lors de ses dernières vacances à Kankan, demoiselle Madeleine, une lycéenne. Avec l’espoir de décrocher aussitôt un emploi après des brillantes études à l’Université de Conakry, Tambada se lance à la conquête de la jeune fille. C’est l’occasion pour lui de découvrir la Guinée forestière, alors victime d’attaques rebelles. Après la conquête de Madeleine, Tambada revient à Conakry, où le marché de l’emploi lui réserve une surprise désagréable. Celui-ci constitue le mal d’un pays abusé par une administration véreuse et décadente. L’auteur décrit dans son roman des scènes difficiles à vivre pour les protagonistes, ainsi que pour tous les habitants de ce pays. Gueckédou n’est plus qu’une ville fantôme. Alors que par le passé la ville grouillait de monde les jours du marché hebdomadaire, aujourd’hui des herbes sauvages se sont emparées d’une partie de la ville.

Savez-vous qu’Elin Hilderbrand écrit ses romans à la main, qu’elle est bonne cuisinière et qu’elle a la main verte ? Tout ceci, pour seulement vous dire que j’adore les romans d’Elin Hildebrand, dont le quinzième opus vient d’être publié chez Jean-Claude Lattès (www.editions-jclattes.fr) sous le titre La rumeur. Madeline King et Grace Pancik sont meilleures amies et tout le monde sur Nantucket leur envie leur couple parfait, leurs beaux enfants, leurs soirées du samedi, tous les quatre avec les maris dévoués. Située dans le sud-est de l’Etat de Massachusetts, dans l’Océan Atlantique, Nantucket est une île en forme de croissant, d’environ 23 km de long et 9 km de large. Le tourisme est la principale activité de cette île d’environ 7.000 habitants. Cet été-là quelque chose a changé et, s’il y a bien une chose que Nantucket aime encore plus que les cocktails sur la plage, c’est la bonne rumeur. Et la rumeur court, dans tous les sens : on prétend que Madeline, romancière, n’arrive plus à écrire. Que son éditeur s’impatiente, que les factures s’accumulent et que l’angoisse de la page blanche la conduit à prendre une très mauvaise décision. On dit que Grace, occupée à transformer son jardin en véritable paradis, collabore d’un peu trop près avec son séduisant paysagiste. On prétend aussi que le mari de Grace, Eddie Pancik, agent immobilier à qui tout réussit, s’est lancé dans une activité plutôt singulière. Alors que la rumeur enfle et que leur bonheur est menacé, Madeline et Grace tentent de démentir. Mais la vérité est peut-être encore plus sombre qu’elles ne le pensaient ! L’écriture d’Elin Hilderbrand transforme cette histoire en une grande fresque sociale.

Adèle Bréau croque avec humour et férocité les jeunes parents dans une trilogie romanesque incontournable, dont le troisième volet vient d’être publié aussi chez Jean-Claude Lattès (www.editions-jclattes.fr) sous le titre Les devoirs de vacances. En temps que maman de deux petits garçons, l’auteure se projette en quelque sorte dans l’univers possible de sa progéniture. Mathilde, Alice, Lucie et Eva ont traversé les tempêtes de l’année scolaire écoulée avec courage et passion. De leur côté, Christophe, Max, Jacques, Fred, Vincent et Adrien ont fait leur mue, subi ou décidé de grands changements qui ont bouleversé leur vie. Finalement, tous semblent avoir recouvré un équilibre professionnel et amoureux. Les vacances tombent à point, elles viendront fermer la parenthèse de la crise que notre petite bande de pré-quarantenaires a dû affronter. Et pourtant... alors que tous se réjouissent de ces congés ensoleillés partagés dans une immense bâtisse bretonne, ponctués de joyeuses parties de pêche, la mort subite de l’un d’entre eux va venir bouleverser ce bel équilibre retrouvé. Voici un roman brillant et splendide.

Michel Schroeder

Montag 12. September 2016