Jérôme Cames : Nouvelles oeuvres

C’est plutôt en allemand, comme « Neue Werke », que l’exposition est annoncée, ce qui fait en quelque sorte office de titre. Et si on en revenait aux fondamentaux – enfin, presque... – de Jérôme Cames, avec une expo sans autre titre que la nouveauté des tableaux, eux-mêmes sans titre (untitled) à la Galerie d’Art Schortgen(1) ? N’est-ce pas ce que semble vouloir nous suggérer cette fois l’artiste, vieille connaissance et, pour autant que je sache, peintre fétiche de la galerie depuis une dizaine d’années ? Je veux dire depuis 2006, année de la première exposition de Jérôme que j’eus l’occasion de voir et dont je témoignai dans notre bonne vieille Zeitung vum Lëtzebuerger Vollek. J’eus en outre l’occasion de les rencontrer à ce jour cinq fois de plus – lui et son oeuvre –, c’est à dire en 2007, 2009, 2011, 2013 et 2015, toujours chez Schortgen, rencontres que je relatai (excepté en 2007) régulièrement dans nos colonnes. Bien sûr, Jérôme exposa aussi en d’autres lieux et sous d’autres cieux. Mais là, je préfère vous livrer l’intéressante bio de l’artiste que nous présente dans le « Dictionnaire des auteurs luxembourgeois » (en mettant toutefois davantage l’accent sur son activité littéraire) Nicole Sahl, conservatrice au Centre national de littérature/Lëtzebuerger Literaturarchiv à Mersch. Voilà :

« Après des études à l’école primaire à Bissen et au Lycée technique à Ettelbruck, Jérôme Cames (né à Reisdorf en 1959) suivit une formation d’infirmier anesthésiste. Il travaille à l’Hôpital Saint-Louis à Ettelbruck. Jérôme Cames, qui est également peintre, prit part à des expositions e.a. à Luxembourg (LAC 2002, CAL 2004, Galerie Schortgen 2007, 2009, 2011), à Differdange (Centre Noppeney 1997, 2000), à Trèves (Richterakademie 2009) et à Munich (Galerie Hell 2005). Préfacé par Alain Steffen, un aperçu sur son oeuvre picturale parut, sous le titre de Jérôme Cames : 1999-2011 (Esch/Alzette 2011).Dans les années 1980, Jérôme Cames publia en collaboration avec Alain Steffen deux recueils de poèmes d’amour ainsi que des récits brefs en allemand et en luxembourgeois. Ensemble Jérôme Cames et Alain Steffen dirigèrent les éditions LO à Stegen, où ils publièrent leurs propres recueils de poésie, mais aussi des ouvrages d’Eric Schneider, de Michèle Kohll et de Manon Petry. Ils ont co-écrit l’anthologie Geckeg. Gedichter, Gedanken an Texter iwwer… Mënschen…, dans laquelle plusieurs thérapeutes et infirmiers d’une unité hospitalière présentent leurs impressions de la psychiatrie ».

Notez, amis lecteurs : si j’ai attiré cette fois votre attention sur la biographie de l’artiste avant même de vous parler de ses créations, c’est qu’elle en est partie intégrante. Ainsi que nous le recommande

l’historienne et critique d’art Nathalie Becker dans son article « La vie à fleur de peau », « …appréhendons la peinture de Jérôme Cames dans toute sa dimension sensible. Elle est un véritable exutoire, un réceptacle esthétique de son monde intérieur. Elle est l’instinct et l’énergie vitale... ». Voilà qui nous permet de pénétrer subrepticement dans l’âme de cette expo, donc de ce qu’elle a de profondément « Cames ». Il est toutefois vrai – je le reconnais – avoir été au premier abord quelque peu frustré de ne pas retrouver cette fois ces sculptures d’une remarquable originalité que Jérôme nous avait présenté l’année passée et qui avaient fait ma joie, ce dont je témoignai dans mon article « Peintre et poète, Jérôme sera-t-il aussi sculpteur ? Les paris sont ouverts... ».

J’ai donc profité de la présence de Jérôme, ce 9 juillet à la galerie, pour lui demander où il en était avec la troisième dimension. À quoi il me répondit que ça ne dépendait pas seulement de lui, mais que, travaillant la sculpture avec des matériaux de récupération, il fallait savoir où en trouver, ou du moins avoir le temps et l’opportunité d’aller en chercher, ce qui n’était pas le cas pour l’heure. Eh bien, aujourd’hui, quelques jours plus tard, je me demande encore, quelle mouche m’a piqué et qu’est-ce qui m’a pris de questionner un artiste sur le pourquoi et le comment de son travail créatif, lorsque mon rôle doit se borner à vous le présenter. Remis donc vertement à ma place, non par un Jérôme bien trop gentil pour cela, mais ma propre conscience, me revoilà de retour entre ses « Untitled » du jour et leur poésie sensitive !

Cette exposition est en effet toute consacrée à ces projections poétiques micro-villageoises, qui lui sont chères et dont l’onirisme à l’harmonie chromatique parfaite éclairé d’étranges inclusions et d’incursions de mystérieux animaux volants, a sans doute beaucoup contribué à le faire apprécier dans le milieu des arts luxembourgeois. Aussi retrouverez-vous une fois de plus tout le charme de ses hameaux ruraux aux maisons, clochers et clochetons de couleurs vives, très stylisés, se pressant comme craintivement les uns contre les autres, l’air de résister à cet air du temps qui voudrait les voir appartenir à un passé muséal plutôt que préservés dans leur féerie surannée.

Pour moi, la peinture faussement figurative et faussement enfantine de Jérôme n’a absolument rien à envier aux meilleurs peintres naïfs contemporains. Je pense aux Marino di Fazio, Norberto Proietti ou autres Charlotte Lachapelle. Mais le style de Jérôme n’appartient qu’à lui. C’est un style auquel il reste fidèle, mais qu’il ne cesse d’affiner et qui, inspiré de son propre besoin de l’intime et du rassurant de ces antiques villages plus imaginés qu’oeslingois, valorise toute la magie de ses compositions. Et il n’a pas pris une ride durant ces deux lustres que durent nos épisodiques retrouvailles. Qu’en sera-t-il pour vous ?

Giulio-Enrico Pisani

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1) Galerie Schortgen, 24 rue Beaumont (parallèle Grand Rue), Luxembourg centre, mardi à samedi de 10,30 à 12,30 et de 13,30 à 18,00 h. jusqu’au 20 juillet.

vendredi 15 juillet 2016