Vibrant hommage

des élèves du Lycée Classique de Diekirch aux 91 Luxembourgeois assassinés par les nazis, le 30 janvier 1945, à Slonsk

Comme chaque année, l’Amicale Albert Ungeheuer (AAU), en étroite coopération avec un lycée du pays, organise une séance académique destinée à rappeler le crime odieux de Slonsk ; 20 SS y tuèrent lâchement 819 Résistants parmi lesquels 91 Réfractaires luxembourgeois.

La démarche de l’AAU procède de la nécessité de rappeler à notre jeunesse ce que fut la barbarie du régime nazi et de la sensibiliser à l’importance de la tolérance, de la démocratie et de la dignité humaine L’hommage de ce 28 janvier 2015, celui du 70ième anniversaire de cette tragédie nationale, eut lieu au Lycée Classique de Diekirch, l’un des haut-lieux de la Résistance luxembourgeoise à l’agresseur nazi.

En présence de M. Marc Hansen, Secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, de M. le Député honoraire Fernand Diederich, de M. Jean-Paul Schaaf, Bourgmestre d’Ettelbruck, de M. Guy de Muyser, Président de la Fondation du Mémorial de la Déportation, le Directeur du Lycée classique de Diekirch, M. Marcel Kramer, prononça les paroles de bienvenue et souligna l’importance d’une telle manifestation pour le devoir de mémoire.

Pour le Président de l’AAU, M. Vincent Fally, l’année 2015 est riche en commémorations, comme celle de la libération par les troupes soviétiques du camp d’Auschwitz et celle du massacre de Slonsk. Toutefois, expliqua-t-il, par-delà les commémorations, il importe de se demander comment de telles tragédies ont pu se produire. Pour lui, la raison réside dans l’idéologie. Celle des nazis était fondée sur la négation de l’homme, sur l’antisémitisme, sur l’intolérance, sur le racisme et sur le mépris de la démocratie et de la liberté Alors que le contexte actuel marqué par la crise économique et le chômage est favorable à la résurgence des idées d’extrême-droite, il convient d’être particulièrement vigilant et intransigeant à cet égard.

M. Fally s’éleva contre le risque de banalisation du sacrifice de millions d’êtres humains, victimes du nazisme. Il s’insurgea sur le fait qu’en Europe centrale et en Europe de l’Est, des nostalgiques de la SS et des milices proches du nazisme puissent défilés et honorés leurs guides et se parer même, à certains endroits, des habits de la démocratie et de l’honorabilité.

A ses yeux, «L’Union européenne et le Conseil de l’Europe, tous deux bâtis sur les droits de l’homme et sur la dignité humaine, ne peuvent accepter de tels spectacles, ne peuvent tolérer un tel blasphème. Car fermer les yeux, c’est ignorer les victimes des actes odieux perpétrés par ces groupes.»

Le Président honoraire et fondateur de l’AAU, M. Aimé Knepper, qui connut personnellement nombre des suppliciés luxembourgeois de Slonsk, rappela que tous étaient réfractaires et avaient eu recours, pour fuir la barbarie nazie, à la filière mise en place par Albert Ungeheuer. Aimé Knepper souligna la vie parsemée de mille embûches, de mille dangers que fut celle des Réfractaires à l’enrôlement de force et celles des Déserteurs de la Wehrmacht.

Au cours de cette séance académique, des élèves du LCD mirent leurs talents musicaux au service de la mémoire, ainsi Melle Christelle Klees, MM. Chris Reuter et Max Colle. Melle Filippa Lima de Oliveira déclama le poème d’Emile Hemmen, «Être réfractaire», Melle Dania D’Amore celui de Wëllem Weis «Dräianzwanzeg Lëtzebuerger Jongen» ou Melle Daniela Goncalves Valente celui de Louis Aragon «Ballade de celui qui chante dans les supplices». M. Luc Nilles accompagné au piano par M. Christophe Nanquette chanta «Le Chant des Marais» de Rudi Goguel et «Nuit et Brouillard» de Jean Ferrat.

Alors que les élèves, Pierre Majerus, Jessica Oé, Matthieu Thiltges, Irène Weis, Steve Peffer, Rita Sietzen et Cédric Halmes égrainaient les noms des 91 Luxembourgeois massacrés à Slonsk, un de leurs collègues plaçait, pour chacun des noms cités, une rose blanche sur notre drapeau national. Ce fut un moment particulièrement émouvant Dans son allocution, M. Marc Hansen releva qu’ «Avec la Shoah, c’est-à-dire l’extermination des juifs luxembourgeois, le massacre nazi de Slonsk reste un des pires crimes de guerre perpétré envers des citoyens luxembourgeois pendant la Seconde Guerre mondiale. Jamais au cours de l’histoire bicentenaire du Grand-Duché de Luxembourg, autant de citoyens luxembourgeois ont péri en un seul endroit en si peu de temps. Aussi n’est-il que juste que notre génération continue à honorer dignement leur mémoire – c’est notre «devoir de mémoire» envers ces victimes de la terreur nazie».

Le Secrétaire d’Etat ponctua son intervention par les mots suivants : «Et nous n’avons qu’à regarder autour de nous, à nous tenir informés par la presse et les médias électroniques, pour constater qu’une société plus juste, plus tolérante et plus solidaire reste à édifier et à consolider. Un monde et une société dont le racisme et la xénophobie sont définitivement éradiqués ! Même si nos générations n’ont plus connu personnellement la guerre depuis 70 ans, le combat contre les injustices, contre les discriminations et la haine aussi dans notre société vaut d’être mené tous les jours, tous les jours à nouveau. »

Le bouquet composé des roses blanches évoquées ci-avant fut déposé au monument des Résistants du LCD. Le déroulement parfait de cette cérémonie est à mettre au crédit de Madame Julie-Suzanne Bausch, professeure-attachée à la direction du LCD, et de ses collègues. Leur engagement mérite d’être souligné !

C.

Freitag 6. Februar 2015