Chronique eschoise

Le jour où le bobo s’est fait voler son beau vélo...

Il était une fois un beau vélo tout terrain italien de marque Colnago, non pas un de ces surdimensionnés et supersophistiqués Mountainbike actuels, mais un élégant V.T.T. classique de la première génération doté de freins cantilever et de gros pneus Ballon au cadre bleu clair argenté et au graphisme losangé qu’on voyait souvent sillonner les rues d’Esch et qui avec son maître au guidon formait un équipage sympathiquement vintage et «class»... L’engin en question ne fut certes pas le «beau vélo de Ravel» bien connu de l’émission télé touristique belge, mais l’outil écolo et très pratique d’un autre ténor bien connu du barreau culturel local, lequel pour changer de direction usa du plus bel effet de manches pour filer à droite ou à gauche à la recherche de quelque dossier égaré.

On s’était habitué à voir passer dans le centre ville et en coup de vent cet indissociable duo, l’ancien Colnago et son gentil proprio, ce dernier pris par une multitude de tâches et d’obligations faisant inlassablement la navette et le grand écart entre son étude, l’Hôtel de Ville et le tribunal voire la maison de retraite où régulièrement il y eut quelque nonagénaire à féliciter et à fleurir...

Toujours pressé, insaisissable et évasif sur sa monture et en dehors au point d’en avoir fait son image de marque, maître J., plutôt que de s’embarrasser d’une voiture pour faire ses courses ou d’opter pour un de ces vélos du CIGL largement boudés par le grand public mais prisés par les petits garnements et en faire la promotion par la même occasion, préférait se servir quant à lui de son fidèle, pratique et élégant V.T.T. recyclé en City-Bike.

A force d’être dans le déni de la grivèlerie...

A la fois trop pressé et trop crédule, alors rien que de par son expérience professionnelle il aurait pu et dû se méfier, le gentleman-biker eschois aux multiples casquettes, hélas, refusant de voir du mal partout, omît de cadenasser sa monture qu’en gentil bobo-cool il avait pris l’habitude de déposer négligemment devant quelque façade ou pan de mur avant d’aller vaquer, vite fait, à ses occupations en s’enfoncant à l’intérieur d’un bâtiment communal, tribunal voire dans quelque agence de voyages afin de prendre de temps à autre un peu de recul...

Ce qui devait arriver finît par arriver un jour où, dans le prolongement de la rue Jean Jaurès, le beau vélo rétro ayant pignon sur rue sournoisement lui fut subtilisé devant une crèche de mioches qu’il tint à visiter entre deux rendez-vous, quelques divorces, une quenelle de voisins et plusieurs autres dossiers brûlants n’arrivant pourtant pas à lui faire perdre son légendaire flegme et sang-froid. Depuis ce jour maudit, l’échevin échevelé semble s’être fait une raison et on le voit circuler désormais un brin moins décontracté qu’avant sur un vieux clou – un éternel «Lejeune» doré qui lui sied à merveille... - à la valeur sentimentale encore plus grande vu qu’il lui fut donné paraît-il en cadeau à l’occasion de sa première communion... A noter que Johny Schleck en son temps courait sur un vélo de cette marque, créée par les frères Lejeune dans l’équipe Pelforth-Sauvage-Lejeune, dirigée de main de maître par Maurice Demuer. L’autre jour, au surlendemain de la cuisante défaite de sa Fola chérie contre le F6 voire F57, ne l’avons nous pas revu pédaler prestement sur son vintage superviser vite fait les Sud Gazprom et ayant tourné casaque, vêtu comme par dépit d’une marinière rayée blanc-bleu aux couleurs de l’U.S. Esch... Que l’ami Jehan sache que tout en le raillant gentiment, nous déplorons en tant que pépère fondateur du mouvement vététiste très sincèrement le vol de ce beau spécimen et que ce fait divers, loin de nous en réjouir et même si cela n’en a pas l’air, nous a au contraire fortement chagriné !

Une leçon à retenir

Echaudé par la perte de sa petite reine s’étant «fait la malle», victime sans doute de la bande organisée sévissant au pays et jetant normalement leur dévolu sur des vélos à plus de 5.000 euros, à moins que ce ne fut le nième larcin perpétré par un de ces nombreux voyous courant les rues, le trop gentil J., adepte de la mobilité douce, s’est décidé à réagir. Las de casquer sans casque, et là sa réaction a beau être humaine, elle n’en est pas moins révélatrice ― comme un aveu de l’avoué en quelque sorte ― bon Jean aux multiples casquettes s’est juré de ne plus s’y laisser reprendre !

Obligé de reconnaître «à l’insu de son plein gré» comme dirait Virenque, qu’il puisse tout de même y avoir un tout petit problème en matière de délinquance à Esch, et ne serait-ce qu’à travers ses vils voleurs de vélos... alors que d’autres, voire les mêmes qui sait... semblent détester les bagnoles au point d’y mettre le feu en narguant la police par dessus la place du marché... A noter que le même malheur est arrivé à Albert l’apothicaire quelque peu lunaire et plus que sexagénaire, qui suite à un moment d’inattention fut délesté à l’identique de son Mérida-da, le laissant tout aussi dépité et penaud. Contrairement au VIP du LSAP, celui-ci vient d’investir dans un très solide antivol de marque «Abus»... au moyen duquel désormais il arrime son mulet.

Parking «Vélovip»

En garant dorénavant son vieux clou pas glamour pour deux sous dans le hall marbré de l’Hôtel de Ville lors des sessions, voire dans celui de la piscine municipale, pardon des «Bains du Parc» au pied du tableau de Moritz Ney les lundi soir de relaxe au sauna, alors que le citoyen eschois lambda, ne bénéficiant pas de ce privilège, est tenu à ranger sa bicyclette dans les rateliers au dehors prévus pour, l’échevin de la véloculture nous semble en légère contradiction avec ce qu’il prône en matière de sécurité (poil au nez)... A quelque chose malheur sera-t-il bon ? Toujours est-il que ce faisant il est forcé de reconnaître et ne serait-ce, qu’implicitement, que contrairement à sa propre personne, tout le monde n’est pas aussi beau-beau, ni aussi gentil dans notre cité chérie, que lui et ses amis de parti essaient de nous le faire croire depuis des années...

De là à revenir à l’appellation peu flatteuse d’ «Esch la Mauvaise» comme on nommait la deuxième ville du pays non sans raison dans les années vingt, il est vrai qu’il y a plusieurs pas à ne pas franchir, même si les politiciens persistant dans le déni jusqu’à essayer de nous la présenter comme une cité radieuse et idéale, une espèce d’Esch sur Sûre en quelque sorte, feraient bien de tenir enfin compte des doléances et du ras-le-bol de ses habitants qui ont bien des raisons pour ne plus l’avoir à la bonne...

Guy van Hulle

Freitag 6. Juni 2014