Où donc sont passés les »maquisards« de René Weyland?

Avec quelques deux cents visiteurs en trois semaines et plus de quatre vingts invités lors de son vernissage – »vill Lett«, comme vient de le souligner l’échevin préposé à la culture – l’exposition »mémoire« de la maison Mousset a connu un succès inespéré.

Les dirigeants de la dite maison qui à priori n’a pas vocation de musée, avec à leur tête Mr. Ralph Waltmans, avaient fait bien les choses en improvisant une saisissante rétrospective d’oeuvres en partie empruntées au Musée National de la Résistance.

A côté des tableaux connus de Foni Tissen qui malgré les affres de la guerre et de son propre emprisonnement à Hinzert, ne renonça jamais aux couleurs de la vie..., les peintures »naives« et peu connues de L. Carmes montrant la place du Brill à quelques mois d’intervalle en été 1944, d’abord occupée voire décorée encore de sinistres oriflammes pour faire place début septembre de cette même année aux camions et blindés américains, nous replongèrent dans un récent passé.

Au premier étage ce furent les terribles linos du grand résistant que fut Albert Kayser qui saisirent les visiteurs à la gorge en les confrontant d’un coup avec la realité de l’occupation nazie et de son enfer concentrationnaire.

Une médaille de l’artiste lallangeoise Marie-Josée Kerschen frappée par l’Amicale Albert Ungeheuer et reprenant en miniature la sculpture »Hommage aux Bienfaiteurs« installée au parc de Mertert pouvait être visionnée dans une vitrine dans le hall d’entrée.

Et si »Les Maquisards« pouvaient trouver leur place dans le cadre de celle dédiée bientôt à Pierre Ponath!

A côté d’une sculpture bien connue de Wercollier, les Eschois de souche auraient bien voulu retrouver également dans le cadre de cette expo intitulée »Les artistes luxembourgeois et la deuxième guerre mondiale« le fameux bronze montrant deux maquisards au combat de René Weyland, un authentique »Escher Jong« qui, refusant de se laisser enrôler de force, résista pour rejoindre lui-même le maquis du côté d’Autrans dans le Nord du Vercors.

La sculpture en question pour laquelle l’artiste avait choisi un emplacement bien précis situé au coin est de la place du Brill, entre le Théâtre Municipal – où il s’occupa entre autres de l’éclairage de la scène – et le Musée de la Résistance, n’y est plus. Enlevée à la douce de son socle, pour faire place à un hideux cube en béton qui par dessus le marché empiète lui très largement sur le parvis du théâtre dont il cache la vue et casse les perspectives – si ce n’est pas une honte une telle construction sauvage – le bronze semble avoir été remisé depuis en quelque endroit obscur.

Il faudra espérer qu’il ne connaîtra pas le même sort que jadis la »Gëlle Fra« que le regretté Josy Braun a eu le mérite de retrouver parmi les encombrants sous les travées du »Stadion« ... Il en va de même pour la sculpture en pierre de l’artiste eschois F. Hulten – n’ayant, il est vrai, rien à voir avec la guerre bien que... – montrant deux jeunes orphelins et posée des années durant à l’entrée du »Kannerschlass Suessem« géré par la commune d’Esch jusqu’au jour où l’institution changea d’adresse et que l’Etat reprit l’ancien domaine du baron de Tornaco.

En ce qui concerne les maquisards de René Weyland que ses camarades d’infortune jadis appelèrent »le Géneral«, par analogie phonétique avec le général français Weygand... et remisés aux oubliettes au sens propre comme au figuré, il faudrait qu’ils retrouvent une place de choix en ville – la place du Brill étant déjà bien assez surencombrée – car telle fut une des dernières volontés de l’inoubliable René!

Guy van Hulle

Freitag 7. Februar 2014