Ecritures sensibles : Gaël Brunet, Denis Langlois, Rachid O, Barbara Y Flamand

La Brune (Editions du Rouergue www.lerouergue. com) vient de fêter son quinzième anniversaire. A la Brune, aux côtés d’auteurs confirmés, comme Antoine Piazza, Pascal Morin et beaucoup d’autres, les responsables de la collection misent également sur de jeunes talents, comme, à titre d’exemple, Raphaëlle Riol ou Gaël Brunet. J’apprécie personnellement beaucoup ce mélange libre de parcours de sensibilités que je retrouve régulièrement au catalogue de cette collection. Né en 1975, Gaël Brunet vit en Bretagne. Son premier roman, Tous les trois, a été remarqué et a reçu plusieurs prix : prix de la Ville de Carhaix, Coup de cœur des libraires, Envolée des livres de Châteauroux, Prix Jeunes Eldorado, Prix des lycéens au Salon du Touquet. Le deuxième roman de Gaël Brunet vient d’être publié à la Brune au Rouergue sous le titre La battue. Depuis des années, Olivier, un trentenaire parisien, n’est pas retourné dans son village natal des Alpes. C’est sur l’insistance de sa mère, et celle de sa jeune compagne, Anouk, qu’il s’est enfin décidé à rejoindre le chalet familial, où ses parents élèvent des chèvres. Que s’est-il donc passé pour justifier une aussi longue absence et pour que son père, homme froid et autoritaire, l’accueille dans un mutisme insupportable ? Pourtant, durant ces quelques jours d’été, chacun semble vouloir faire des efforts. Il y a les retrouvailles avec la beauté du paysage, le Mont-Blanc à l’horizon. Le plaisir de renouer avec quelques amis demeurés au pays. Les souvenirs d’une enfance plutôt heureuse. Mais, dans le creux des silences familiaux, dans l’agressivité du père et la douleur de la mère, se dissimule un drame familial : la mort du fils aîné, skieur prodige destiné aux médailles olympiques, disparu lors d’une randonnée en montagne avec son frère. Que s’est-il réellement passé durant cette nuit-là dans la montagne ?

Voici un ancien avocat qui n’est pas seulement un aboyeur de textes rigides et obscurs, comme savent les pondre les pontes de l’appareil judiciaire. Denis Langlois possède un talent littéraire qui puise à l’essence de la poésie. J’ai lu son roman La maison de Marie Belland, publié à La Différence (www.ladifference.fr) quasiment en une seule longue soirée. Je me suis pourtant abstenu de le lire d’une seule traite. J’ai fermé le livre et longuement je me suis mis à réfléchir à propos de cette fameuse maison. Denis Langlois a réussi à distiller une telle dose de suspense dans son roman, que chaque scène possède sa propre magie. Des événements singuliers ponctuent le déroulement de l’action. Le lecteur ne sait plus, le lecteur ne sait pas où il va. Le lecteur tente de dérober à l’auteur des bribes qui lui permettraient de comprendre. Mais il n’y parvient pas, mais je n’y suis pas parvenu ! Puis, le lendemain soir j’ai repris la lecture. J’ai accompagné les héros dans leur quête, j’ai tenté de comprendre comment ces écrivains pouvaient vivre dans une maison qui n’existe peut-être pas.

Rachid O. publie depuis 1995. Marocain, au style simple, mais éblouissant il raconte, il se raconte, il dit son homosexualité. Son Maroc, la France, cette terre qu’il apprécie. Il raconte son père, il raconte ses premières amours. Rachid O. vient de publier chez Gallimard (www. gallimard.fr) son nouveau livre sous le titre Analphabètes. Dans ce puissant roman, l’auteur dit l’homophobie grandissante du peuple marocain. Il explique que les Marocains préfèrent bluffer le monde entier en invoquant les grands écrivains qui sont venus et revenus sur la splendeur du Maroc et ses garçons, et en ont fait un genre littéraire. Rachid O. confesse qu’il a tout de même grandi avec l’idée qu’il était un sale pédé juste destiné à se faire baiser et tuer. Pauvres homosexuels, pauvre livre vain, conclut-il, qui n’ébranlera pas un gouvernement puissant, pauvre grand pays d’analphabètes, pauvres filles et garçons les plus sexy du monde arabe, pauvre grande cuisine, pauvre paysage splendide, pauvre grande histoire. Autres chefs d’œuvre chez Gallimard : Lettre à des photographies, de Silvia Baron Supervielle ; Pour trois couronnes, de François Garde ; L’élan, de Philippe Lançon...

Nous avons déjà parlé de l’œuvre littéraire de Barbara Y. Flamand dans les colonnes de notre quotidien. Un superbe recueil de nouvelles de l’auteur vient d’être publié chez Mon Petit Editeur (www.monpetitediteur.com) sous le titre Elles ne dormiront pas sous l’aile de l’ange, suivi de La cabane de l’Inca. Superbe recueil, disais-je, tant au niveau de la grande qualité des textes, qu’au niveau de la qualité de fabrication du livre. Ce recueil a d’abord été traduit en thèque et publié à Prague. Une majeure partie de l’œuvre de Barbara Y. Flamand a trouvé éditrice en République tchèque. La directrice des « Editions Onyx » est une grande admiratrice des écrits de l’auteur. Barbara Y. Flamand a également publié auprès de deux autres éditeurs de Prague, « Futura » et « Orego ». Les écrits de cette auteure témoignent d’une grande diversité de thèmes et de tons. Un dénominateur commun imprègne ses livres : l’approche de la condition humaine sous ses divers aspects et, sous-jacente, l’interrogation sur le sens de la vie.

Michel Schroeder

mardi 27 août 2013